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1— 992 — avec la rectitude et la puissance de l' expérimentation moderne. Tout est là. Quand je pose ainsi les deux domaines dans lesquels doivent graviter la Médecine, l’Idéalisme et le Matérialisme, qu’on ne croie pas que ce sont là rêveries tirées de mon imagination. Tous les maîtres ont seiiti cette distinction, et ceux qui affirment que l’hypothèse n’a rien à voir en science méconnaissent cette belle remarque de Trousseau : « Dès que vous avez un fait, un seul fait, appliquez-y tout ce que vous possédez d’intelligence, clierchez-y les côtés saillants, voyez ce qui est en lumière, laissez-vous aller aux hypothèses, courez au-devant s’il le faut1. » Le professeur Trousseau avait bien compris l’inutilité des études médicales pour la plupart de ceux qui s’y livrent avec les méthodes contemporaines et ce sont des pages entières qu’il me faudrait citer, si je voulais montrer à quel point il s’en irrite : « Comment se fait-il donc que l’intelligence devienne plus paresseuse à mesure que les notions scientifiques se multiplient, contente de recevoir etde jouir, peu soucieuse d’élaborer et d’enfanter2? » « Vous, autour de qui les moyens abondent, gâtés, énervés, rassasiés par ce qui vous est si abondamment offert, vous ne savez que recevoir et qu’engloutir et votre intelligence paresseuse étouffe d’obésité et meurt improductive. « De grâce, un peu moins de science et un peu plus d’art, messieurs3. » Voilà comment ce grand maître avait senti ces deux domaines dont je parlais tout à l’heure et il les avait dési- 1. Introduction à la Clinique de V Hôtel-Dieu, p. Xi. 2. Loc. cil., p. 38. 3. Loc. cit., p. 39. 993 —
2gnés sous les noms d’ Art de la Médecine, correspondant à l’Idéalisme, et de Science de la Médecine, correspondant au Réalisme. Tous les penseurs, je le répète, ont compris cette distinction et la physiologie proclame encore l’unité de l’imagination et de la Science par la bouche de Claude Bernard quand il dit : « La Science ne contredit pas les observations ni les données de l’Art, et je ne saurais admettra l’opinion de ceux qui prétendent que le positivisme scientifique doit tuer l’inspiration. Suivant moi, c’est le contraire qui arrivera nécessairement. « J’ai la conviction que, quand la physiologie sera assez avancée, le poète, le philosophe et le physiologiste s’entendront tous1. » De quelque manière qu’on juge Claude Bernard, il est impossible de ne pas lui reconnaître une merveilleuse sagacité dans la manière de conduire ses recherches. Il sentait admirablement la Vérité, et il est curieux de constater la justesse avec laquelle il a vu l’iniTtilité du matérialisme expérimentalement parlant : «■ Si ce n’était m’écarter du but de ces recherches, je pourrais montrer facilement qu’en physiologie, le matérialisme ne conduit à rien et n’explique rien2. » « Les propriétés matérielles des tissus constituent les moyens nécessaires à l’expression des phénomènes vitaux; mais, nulle part, ces propriétés ne peuvent nous donner la raison première de l’arrangement fonctionnel des appareils. La fibre du muscle ne nous explique, par la propriété qu’elle possède de se raccourcir, que le phénomène de la contraction musculaire ; mais cette pro- 1. Claude Bernard (Science expérimentale, p. 366). 2. Science expérimentale, p. 361 (Physiologie du cœur). 63
3priété de la contractilité, qui est toujours la même, ne nous apprend pas pourquoi il existe des appareils moteurs différents, construits les uns pour produire la voix, les autres pour effectuer la respiration, etc. ; et, dès lors, ne trouverait-on pas absurde de dire que les fibres musculaires de la langue et celles du larynx ont la propriété de parler ou de chanter, et celles du diaphragme la propriété de respirer? Il en est de même pour les fibres et cellules cérébrales; elles ont des propriétés générales d’innervalion et de conductibilité, mais on ne saurait leur attribuer pour cela la propriété de sentir, de penser, ou de vouloir. « 11 faut donc bien se garder de confondre les propriétés de la matière avec les fonctions qu’elles accomplissent. » (Claude Bernard, la Science expérimentale , p. 429. Discours de réception à l’Académie française.) J'ai voulu faire ces quelques citations pour montrer qu’on peut allier, sans être un halluciné, la matière à l’idée et la Science à l’Art; bien plus, que les Sciences générales qui sont du domaine de l’Occultisme doivent entrer pour beaucoup dans l’étude des Sciences spéciales dépendant du monde sensible. La Science occulte a donc de ce fait une utilité pratique. Au reste, les applications qu’en a faites Louis Lucas suffiront, je pense, pour convaincre les plus incrédules. Ce point admis, il nous reste à savoir quelles sont les difficultés que présente l’étude de la Science occulte et comment on peut parvenir à sa connaissance. On remarquera que, dans les applications pratiques de la Science occulte, je n’ai parlé ni des pouvoirs extraordinaires qu’on pouvait acquérir par son usage, ni de la fabrication de l’or par la pierre philosophale, et cela parce — 995 —
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1— 992 — with the rectitude and the power of modern experimentation. That is the whole matter. When I thus set out the two domains in which Medicine, Idealism and Materialism, must revolve, let it not be thought that these are mere reveries drawn from my imagination. All the masters have felt this distinction, and those who assert that hypothesis has nothing to do with science fail to recognize this fine remark of Trousseau: 'As soon as you have a fact, a single fact, apply to it all the intelligence you possess, seek out its salient points, see what stands in the light, allow yourself to indulge in hypotheses, run ahead of it if need be1.' Professor Trousseau had well understood the futility of medical studies for most of those who pursue them with contemporary methods, and there are whole pages I would have to cite were I to show how much it irritated him: 'How does it come about, then, that the intelligence grows more indolent as scientific notions multiply, content to receive and to enjoy, little concerned to elaborate and to bring forth2?' 'You, around whom means abound, spoiled, enervated, sated by what is so abundantly offered to you, you know only how to receive and to devour, and your indolent intelligence chokes with obesity and dies unproductive. 'For pity's sake, a little less science and a little more art, gentlemen3.' Such is how this great master had sensed these two domains of which I was speaking a moment ago, and how he had des- 1. Introduction à la Clinique de l'Hôtel-Dieu, p. XI. 2. Loc. cit., p. 38. 3. Loc. cit., p. 39. 993 —
2gned under the names of Art of Medicine, corresponding to Idealism, and Science of Medicine, corresponding to Realism. All thinkers, I repeat, have understood this distinction, and physiology still proclaims the unity of imagination and Science through the mouth of Claude Bernard, when he says: 'Science does not contradict the observations or the data of Art, and I cannot admit the opinion of those who claim that scientific positivism must kill inspiration. In my view, it is the opposite that will necessarily occur. 'I am convinced that, when physiology is sufficiently advanced, the poet, the philosopher and the physiologist will all come to agree1.' However one judges Claude Bernard, it is impossible not to recognize in him a marvelous sagacity in the way he conducted his research. He felt Truth admirably, and it is curious to note the accuracy with which he saw the futility of materialism, speaking experimentally: 'Were it not to stray from the purpose of these researches, I could easily show that, in physiology, materialism leads to nothing and explains nothing2.' 'The material properties of tissues constitute the necessary means for the expression of vital phenomena; but nowhere can these properties give us the primary reason for the functional arrangement of the organs. The muscle fiber, through the property it possesses of shortening, explains to us only the phenomenon of muscular contraction; but this pro- 1. Claude Bernard (Science Expérimentale, p. 366). 2. Science Expérimentale, p. 361 (Physiologie du Cœur). 63
3property of contractility, which is always the same, does not teach us why there exist different motor organs, some built to produce the voice, others to carry out respiration, etc.; and, from this, would it not seem absurd to say that the muscle fibers of the tongue and of the larynx possess the property of speaking or singing, and those of the diaphragm the property of breathing? It is the same for cerebral fibers and cells; they possess general properties of innervation and of conductivity, but one could not for that reason attribute to them the property of feeling, of thinking, or of willing. '11 One must therefore take great care not to confuse the properties of matter with the functions they perform.' (Claude Bernard, La Science Expérimentale, p. 429. Discourse of reception at the Académie Française.) I wished to make these few citations to show that one can ally, without being a hallucinator, matter with idea and Science with Art; still more, that the general Sciences which belong to the domain of Occultism must play a large part in the study of the specialized Sciences dependent on the sensible world. Occult Science thus has, by this very fact, a practical utility. Moreover, the applications that Louis Lucas made of it will suffice, I think, to convince even the most incredulous. This point granted, it remains for us to know what difficulties the study of Occult Science presents, and how one can attain knowledge of it. It will be noted that, in the practical applications of Occult Science, I have spoken neither of the extraordinary powers one could acquire by its use, nor of the making of gold through the philosopher's stone, and this because — 995 —
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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