Fetching
One moment.
Fetching
One moment.
1VII Après la mort de Théodat, Étienne était devenu le chef incontesté et, le docteur de la Gnose. 8a sainteté, sa science, sa bienfaisance étaient renommées dans tout le diocèse. La Doctrine se répandait comme un fleuve. Les Ames éprises d’idéal s’y désaltéraient. Soudain la tempête agita ces eaux calmes et profondes. Un clerc aux gages d’un chevalier normand, baron du duc Richard, était venu à Orléans s’asseoir sur les bancs célèbres de l’Ecole épiscopale. Étienne et Lisois remarquèrent son intelligence, sa soif de savoir, sa candeur d'âme et l’admirent aux enseignements secrets de la Gnose. Quand ce clerc, nommé Héribert, revint chez son seigneur, il lui parla avec ardeur et foi vive de la céleste doctrine qu’il avait reçue dans le sein de l’École mystique. Le chevalier, le rude Aréfast, bien loin de goûter cette doctrine, dénonça au duc et au roi et l’enseignement et les Docteurs. Robert, esprit étroit, cœur douteux, nature servile, tremblait devant le soupçon d’hérésie. Il regardait, de plus, tout dogme ésotérique comme un attentat contre son pouvoir. Il ordonna au chevalier de se rendre à Orléans, d’espionner les Hérétiques et de lui révéler leurs noms, se réservant de les livrer à sa barbare justice. Aréfast partit, s’arrêta à Chartres et y reçut d'un chanoine de Notre-Dame, les instructions qui devaient l’aider à découvrir la secte et les sectaires. « Recommandez-vous d’Héribert, lui dit ce prêtre. Feignez d’être un Adepte. Faites-vous initier aux mystères, puis, pour la gloire de Dieu et le salut de cette couronne et de la sainte Église, dévoilez au Roi ce que vous aurez appris. »
2VIII Aréfast entra donc dans l’Église de la Gnose, reçut l’imposition des mains, prit place aux assemblées, à la table des Frères, donna et reçut le baiser de paix. C’était vers la fin de l’an 1022. Le roi Robert, qui suivait les opérations du traître, convoqua un synode de prélats et des barons. Là, siégèrent Oldoric, évêque simoniaque d’Orléans ; Léotheric et Gauzlin, archevêques de Sens et de Bourges ; Francon et Warin, évêques de Paris et de Beauvais. — «39 — Le 25 décembre, jour de Noël, les Gnostiques réunis dans la maison d’un des Frères célébraient la naissance spirituelle de l’Éon Christos dans les âmes des Pneumatiques; Àréfast priait et chantait avec eux. Tout à coup la maison fut cernée parles soldats, les frères et les sœurs furent saisis, couverts de chaînes, conduits sans délai devant le Synode qui, sous la présidence du roi et de la reine, délibérait dans le chœur de la cathédrale. Aréfast dénonça les Gnostiques. Warin, évêque de Beauvais, se leva pour combattre leurs doctrines. Alors le vénérable Étienne prononça ces paroles : « Taisez-vous, seigneur Évêque ! Faites de nous ce qu’il vous plaira. Déjà — et d’un regard inspiré et d’un geste sublime, il chercha la voûte du temple et le ciel qui brillait à travers les vitraux — déjà nous voyons notre Roi qui règne dans les Cieux. Il nous tend les bras. Il nous appelle à sa gloire. Il nous montre les joies invisibles ! » IX
3Plus rudes que le fer ! C’est ainsi que les actes du Synode qualifient ces héros. Ils durent pendant neuf heures subir les interrogatoires, les outrages, les exhortations. Mais comme ils refusaient de renier la Gnose, Robert lit dégrader les prêtres et les clercs, et les évêques prononcèrent sur eux la formule d’excommunication. Au dehors la foule fanatique grondait. Des cris de mort se faisaient entendre, et, pour contenir l’émeute, la reine Constance debout devant le portail romain, une canne à la main, entourée de courtisans, s’interposait entre la basilique et le peuple affolé. On avait dit à ce peuple que les hérétiques invoquaient le diable, brûlaient les petits enfants, donnaient leurs cendres aux malades, et se livraient entre eux dans les ténèbres des assemblées à de monstrueux accouplements, où ni le sexe, ni l’âge, ni la parenté elle-même n’étaient respectés. Quiconque a vu les foules excitées, quiconque a lu les excès de la Saint-Barthélemy, de la Ligue, des massacres de 1792 et delà Commune sait ce que l’on peut faire- des bandes brutales, crédules et cruelles. Enfin, les portes s’ouvrent et le cortège apparut, salué par des clameurs homicides. Les soldats firent un rempart de fer aux condamnés. Chose horrible ! quand le bienheureux Étienne passa devant la — 640 reine, sa pénitente, l’altière et détestable Constance le frappa au visage de sa canne et creva l’œil du martyr.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1VII After the death of Theodat, Stephen had become the undisputed chief and doctor of the Gnosis. 8a holiness, his learning, his beneficence were renowned throughout the diocese. The Doctrine spread like a river. Souls smitten with the ideal slaked their thirst in it. Suddenly the storm stirred those calm and deep waters. A clerk in the pay of a Norman knight, a baron of Duke Richard, had come to Orléans to sit on the famous benches of the episcopal School. Stephen and Lisois noticed his intelligence, his thirst for knowledge, his candor of soul, and admitted him to the secret teachings of the Gnosis. When this clerk, named Heribert, returned to his lord, he spoke to him with ardor and lively faith of the celestial doctrine he had received in the bosom of the mystic School. The knight, the rough Aréfast, far from relishing this doctrine, denounced to the duke and to the king both the teaching and the Doctors. Robert, narrow of mind, doubtful of heart, servile by nature, trembled at the suspicion of heresy. He regarded, moreover, all esoteric dogma as an attack upon his power. He ordered the knight to go to Orléans, to spy upon the Heretics and to reveal their names to him, reserving to himself the right to deliver them to his barbarous justice. Aréfast set out, stopped at Chartres and there received from a canon of Notre-Dame the instructions that were to help him discover the sect and its members. 'Commend yourself to Heribert,' this priest told him. 'Pretend to be an Adept. Have yourself initiated into the mysteries, then, for the glory of God and the salvation of this crown and of the holy Church, reveal to the King what you shall have learned.'
2VIII Aréfast thus entered the Church of the Gnosis, received the laying on of hands, took his place at the assemblies, at the table of the Brethren, gave and received the kiss of peace. It was toward the end of the year 1022. King Robert, who was following the operations of the traitor, convened a synod of prelates and barons. There sat Oldoric, simoniacal bishop of Orléans; Léotheric and Gauzlin, archbishops of Sens and of Bourges; Francon and Warin, bishops of Paris and of Beauvais. — «39 — On the 25th of December, Christmas Day, the Gnostics, gathered in the house of one of the Brethren, were celebrating the spiritual birth of the Aeon Christos in the souls of the Pneumatics; Aréfast prayed and sang with them. Suddenly the house was surrounded by soldiers, the brothers and sisters were seized, loaded with chains, led without delay before the Synod, which, under the presidency of the king and queen, was deliberating in the choir of the cathedral. Aréfast denounced the Gnostics. Warin, bishop of Beauvais, rose to combat their doctrines. Then the venerable Stephen spoke these words: 'Be silent, lord Bishop! Do with us what you will. Already' — and with an inspired glance and a sublime gesture, he sought the vault of the temple and the sky that shone through the stained glass — 'already we see our King who reigns in the Heavens. He stretches out his arms to us. He calls us to his glory. He shows us joys invisible!' IX
3Harder than iron! Thus do the acts of the Synod describe these heroes. They had to endure, for nine hours, interrogations, insults, exhortations. But as they refused to renounce the Gnosis, Robert had the priests and clerks degraded, and the bishops pronounced upon them the formula of excommunication. Outside, the fanatical crowd growled. Cries of death rang out, and, to contain the riot, Queen Constance, standing before the Roman portal, a cane in hand, surrounded by courtiers, placed herself between the basilica and the frenzied people. This people had been told that the heretics invoked the devil, burned little children, gave their ashes to the sick, and gave themselves over among themselves, in the darkness of their assemblies, to monstrous couplings in which neither sex, nor age, nor kinship itself was respected. Whoever has seen excited crowds, whoever has read of the excesses of Saint Bartholomew's, of the League, of the massacres of 1792 and of the Commune, knows what brutal, credulous and cruel mobs are capable of doing. At last the gates open and the procession appeared, greeted by murderous clamors. The soldiers formed a rampart of iron around the condemned. Horrible thing! When the blessed Stephen passed before the — 640 queen, his penitent, the haughty and detestable Constance struck him in the face with her cane and put out the martyr's eye.
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
No commentary for this page.