Fetching
One moment.
Fetching
One moment.
1Toutes les lois de la pensée, comme toutes les lois de la nature , existent à la fois, les unes dans la pensée, les autres dans T univers, mais plus ou moins développées, plus ou moins claires et toujours unies , toujours mêlées entre elles dans la proportion de la connaissance dont elles sont l objet. Ce quil faut répudier absolument , c’est une manière de comprendre le progrès qui tend à détruire ï unité de l'esprit humain et celle de l’humanité elle-même. C’est cette idée chère aux positivistes , soutenue comme un dogme par Auguste Comte , que ï esprit humain est d’abord absorbé tout entier par les conceptions théologiques, que de la théologie il passe à la métaphysique qui ï envah it à son tour et qu enfin ce n est que dans les temps modernes , sans doute à partir du xixe siècle , quil s'élève à la possession et même à la notion de la science. En réclamant en faveur de la science antique , en attestant les connaissances et ï expérience féconde des âges les plus reculés de notre espèce , vous avez , monsieur, fait justice dune des erreurs capitales du positivisme , dune des prétentions les plus obstinées de l’esprit moderne. Je regrette seulement que, à titre de garants de la science de l’ antiquité, vous citiez habituellement des écrivains dont ï érudition est plus aventureuse que solide. Mais vous ne prenez pas seulement sous votre protection la science des anciens, vous croyez aussi à T existence cl’un sens caché, ou, pour me servir de VIII
2votre langage, d’un sens ésotérique des faits, des textes vénérés des livres religieux et de la nature elle-même prise dans son ensemble et dans ses détails ; en un mot, vous êtes un défenseur du mysticisme . Il faut que vous sachiez que je ne suis pas mystique quoique j’aie écr it le livre de la Kabbale. Mais le mysticisme ma toujours inspiré , dès mes premières années de réflexion , et m’inspire surtout aujourd’hui, dans un âge très avancé, le plus profond respect, j'oserai même dire un culte mêlé de tendresse. C’est qu’il est à mes yeux une protestation éloquente et absolument justifiée en principe contre tous les systèmes qui rétrécissent l’intelligence et font descendre l’dme de sa hauteur originelle. Ces systèmes, je n ai pas besoin de les nommer, ils régnent presque en maîtres dans le temps où nous vivons, ils régnent principalement sur ï esprit de la jeunesse, qui, n osant ni choisir entre eux, ni les admettre tous à la fois, parce qu’ils se contredisent , se trouve réduite à une sorte de nihilisme spéculatif. Heureusement que le cœur, dans ces nouvelles générations , vaut mieux que la tête et neutralise en partie les effets des mauvaises doctrines. Mais qu’est-ce que le cœur sinon une des formes, tout au moins un des' éléments du mysticisme, c est-à-dire le sentiment et les intuitions spontanées , jusqu’à un certain point irrésistibles de la conscience ? « Dieu sensible au cœur : » quel sens profond dans cette parole de Pascal ! C’est qùe, en effet, si Dieu ne nous touche pas, ne pénètre pas en nous, n est pas le moteur secret de nos pensées et de IX
3nos actions, il n est pas ce que la Bible appelle si bien le Dieu vivant. Il se réduit à une formule algébrique ou logique telle que ! Inconnaissable de Herbert Spencer , ï Inconscient de Hartmann ou même les Postulais delà raison pure inventés par Kant. Cependant la protestation plus ou moins vague, plus ou moins flottante du sentiment contre l'athéisme , le positivisme et le pessimisme me parait insuffisante . On ne connaît pas Dieu, et si je puis parler ainsi, on ne le possède pas et l'on n’est pas possédé par lui, tant quon ne va pas au fond des choses, dont il est non seulement l'auteur et le législateur, mais la suprême réalité, la dernière essence, dans lesquelles il réside et qu il enveloppe en nous enveloppant nous-mêmes. C est dans ces profondeurs que vous et vos collaborateurs de l’Initiation, en appelant à votre aide toutes les formes du mysticisme, celles de l’Orient comme celles de ï Occident, celles de T Inde comme celles de l’Europe, vous aimez à vous abîmer l Ces profondeurs ont leurs ténèbres et leurs dangers : je ne serais pas sincère si je vous disais que vous réussissez toujours à les éviter et que notamment la liberté humaine n’est jamais compromise avec vous ni les exigences de la vie et de la science proprement dite. Mais j e préfère de beaucoup ces audacieuses spéculations à la myopie du positivisme, au néant de la science athée et au désespoir plus ou moins hypocrite du pessimisme. Elles sont à mes yeux comme un appel énergique au sérieux de la vie, au réveil du sens du divin. Elles me représentent un
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1All the laws of thought, like all the laws of nature, exist at once, some in thought, others in the universe, but more or less developed, more or less clear, and always united, always intermingled with one another in the proportion of the knowledge of which they are the object. What must be absolutely repudiated is a way of understanding progress that tends to destroy the unity of the human spirit and that of humanity itself. It is this idea, dear to the positivists, upheld as a dogma by Auguste Comte, that the human mind is at first wholly absorbed by theological conceptions, that from theology it passes to metaphysics which in turn invades it, and that it is only in modern times, doubtless beginning with the nineteenth century, that it rises to the possession, and even to the notion, of science. In claiming in favor of ancient science, in attesting to the knowledge and the fruitful experience of the most remote ages of our species, you have, Monsieur, done justice to one of the capital errors of positivism, to one of the most obstinate pretensions of the modern spirit. I regret only that, as guarantors of the science of antiquity, you habitually cite writers whose erudition is more adventurous than solid. But you do not take under your protection only the science of the ancients; you also believe in the existence of a hidden sense, or, to use VIII
2your language, an esoteric sense of facts, of the venerated texts of religious books, and of nature itself taken as a whole and in its details; in a word, you are a defender of mysticism. You should know that I am not a mystic, although I have written the book on the Kabbalah. But mysticism has always inspired in me, from my earliest years of reflection, and inspires in me above all today, at a very advanced age, the profoundest respect — I would even dare say a cult mixed with tenderness. This is because it is, in my eyes, an eloquent and absolutely justified protest in principle against all the systems that narrow the intelligence and bring the soul down from its original height. These systems, I need not name them; they reign almost as masters in the time in which we live, they reign principally over the mind of youth, which, daring neither to choose among them nor to admit them all at once, because they contradict one another, finds itself reduced to a kind of speculative nihilism. Fortunately, the heart, in these new generations, is worth more than the head and partly neutralizes the effects of bad doctrines. But what is the heart, if not one of the forms, at the very least one of the elements, of mysticism, that is to say, feeling and the spontaneous intuitions, up to a certain point irresistible, of the conscience? "God perceptible to the heart:" what a profound meaning in this saying of Pascal! For, indeed, if God does not touch us, does not penetrate into us, is not the secret motor of our thoughts and of IX
3our actions, he is not what the Bible so aptly calls the living God. He is reduced to an algebraic or logical formula such as the Unknowable of Herbert Spencer, the Unconscious of Hartmann, or even the Postulates of pure reason invented by Kant. However, the more or less vague, more or less wavering protest of feeling against atheism, positivism, and pessimism seems to me insufficient. One does not know God, and, if I may put it so, one does not possess him and one is not possessed by him, so long as one does not go to the bottom of things, of which he is not only the author and the legislator, but the supreme reality, the ultimate essence, in which he resides and which he envelops in enveloping us ourselves. It is in these depths that you and your collaborators of l'Initiation, calling to your aid all the forms of mysticism, those of the Orient as well as those of the Occident, those of India as well as those of Europe, love to lose yourselves! These depths have their darkness and their dangers: I would not be sincere if I told you that you always succeed in avoiding them, and that, notably, human liberty is never compromised with you, nor the requirements of life and of science properly speaking. But I greatly prefer these audacious speculations to the myopia of positivism, to the nothingness of atheistic science, and to the more or less hypocritical despair of pessimism. They are, in my eyes, like an energetic call to the seriousness of life, to the awakening of the sense of the divine. They represent to me a
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
No commentary for this page.