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1— 737 — refus du maître de livrer son secret, le frappe au cœur avec sa pesante équerre. Tout étourdi, Hiram se traîne jusqu’à la porte de l’Orient où Jubelum , rendu plus furieux encore que ses complices par le refus de l’architecte, l’achève d’un coup de maillet sur le front. Les trois scélérats s’interrogèrent mutuellement et, voyant que leur plan avait échoué, n’eurent plus qu'un désir: faire disparaître les traces de leur forfait. Ils cachèrent le cadavre dans les décombres, et le lendemain au petit jour, le portèrent dans une forêt voisine où ils l’ensevelirent. Une branche d’acacia indiqua seule le tombeau du plus grand des hommes. Cependant Salomon, ne voyant pas revenir son architecte et pressentant un malheur, envoya d’abord trois maîtres à sa recherche. Ceux-ci n’ayant rien trouvé, le roi envoya de nouveau neuf maîtres qui, au bout de sept jours de recherches, découvrirent, par la branche d’acacia, le tombeau d’Hiram qui ressuscite grâce à eux dans chaque vrai franc-maçon. Les coupables, qui s’étaient échappés, ne tardèrent pas à être pris. Leur retraite fut trahie par un inconnu et l’un des quinze maîtres envoyés pour les punir tua le plus coupable d’entre eux, l’assassin d’Hiram, Abibala, dans une caverne auprès d’une source où il s’était réfugié. Un chien indiqua le lieu de retraite du scélérat. Les autres assassins se tuèrent en se précipitant du haut des carrières dans lesquelles ils s’étaient réfugiés. Les têtes des trois compagnons furent portées à Salomon. Telle est, dans ses principales lignes, la légende d’Hiram. Avant d’entreprendre l’étude des divers sens dans lesquels on peut la considérer, je dois faire quelques remarques importantes. Tout d’abord, il m’a semblé inutile de compliquer ce récit par l’introduction des enjolivements dont l’a décoré l’imagination des fabricants de rituels. Ainsi, quelques auteurs mêlent à cette légende le récit des amours d’Hiram avec Balkis, reine de Saba, et font entrer Salomon comme complice dans le meurtre d’Hiram. Une autre remarque assez curieuse c’est le changement des noms des trois scélérats dans les divers grades ; ainsi le lecteur a sans doute vu avec étonnement Jubelum devenu Abibala un peu avant la mort. Voici ce que dit le Thuileur général à ce sujet : « Les noms des trois meurtriers d’Hiram varient beaucoup dans les différents grades, et suivant les diverses applications que l’on a faites de la Maçonnerie.
2« Ce sont : Abircim, Romvel, Gravelot, ou Hobbhen, Sckterke, Austersfuth, ou Giblon , Giblas, Giblos ou Jubela , Jubelo, Jubelum, « Le Templier y voit Squin de Florian, No ffodeï, et Y Inconnu sur les dépositions desquels Philippe le Bel accusa l’ordre devant le Pape, ou bien encore les trois abominables, Philippe le Bel, Clément Y et Noffodeï. « Le Maçon couronné, le Rose-Croix de France leur substituent Judas, Caïphe et Pilate, les trois auteurs de la mort de Jésus. « Dans le Rose-Croix de Kulwining les trois assassins de la Beauté sont : Caïn, Hakan, Béni. » Disons enfin que la mort des trois scélérats est racontée différemment dans les divers rites. La forme, du reste, importe peu, le fond seul du récit doit nous intéresser dans les développements qui vont suivre. Comme toutes les histoires symboliques, la légende d’Hiram renferme plusieurs sens qui peuvent être classés en trois groupes : sens naturel, sens moral, sens psychique. 1° Sens naturel. — Au sens naturel ou physique, la légende peut être considérée sous deux aspects principaux: comme sociale, s’appliquant aux lois de la société, et comme astronomique, développant un mythe solaire. Considérons quelque peu la façon dont Hiram divise ses ouvriers, et nous verrons apparaître une des plus belles idées sociales qu’on puisse développer. Quelle protestation contre ces sociétés où l'intrigue seule mène à tout ! 11 ne faut pas de paresseux dans l’œuvre entreprise par Hiram : tous sont ouvriers. Comprenant toutefois que la liberté de l’homme doit être respectée avant tout, Hiram laisse chacun prendre dans la Société le travail qu’il peut mener à bonne fin et proclame, dès la base de son organisation, le principe : A chacun selon ses aptitudes. Les classes une fois établies, au nombre de trois, la hiérarchie sociale fait son apparition. Partout et toujours il se trouvera des dirigeants et des dirigés ; c'est une loi naturelle que des planètes gravitent autour d’un soleil, et cette loi s’observe analogiquement aussi bien dans la marche d’une famille que dans celle de l’Univers. Ici les satellites obéissent à l’impulsion solaire; là les enfants doivent se courber sous l’impulsion paternelle..
3Quel est donc le moyen établi par Hiram pour devenir membre de la classe dirigeante? Est-ce l’hérédité des titres et des charges féodales ? Non. Est-ce l’hérédité de la fortune soumettant les pauvres au despotisme d’un être immoral et abâtardi? Non. Est-ce l’intrigue donnant les places au plus protégé ? Non, mille fois non. Rien n’empêche celui qui veut le faire d’arriver au premier rang, dans la Société d’Hiram. Il suffît d’en être digne. Tout au mérite et non à l’hérédité, tout au savoir et non à la fortune, tout au concours et non à l’intrigue, telle est l’expression de la seconde formule sociale d’Hiram. A tous ceux qui prétendent que la Franc-Maçonnerie ne se rattache à aucune filiation, montrez la légende du Maître. S’ils nient l’existence possible d’une société idéale dans laquelle ne dirigent que ceux qui savent, racontez-leur avec Fabre d’Olivet et Saint- Yves d’Alveydre l’histoire de Ram et de son empire universel ; si le passé ne les intéresse plus, transportez-les au cœur des institutions de la Chine vénérable et cherchez avec eux l’emploi qui n’est pas gagné au concours 1 ! Nous pourrions montrer encore d’autres développements sociaux dans cette légende ; mais la place nous manque. Qu’il nous suffise d’indiquer et de comprendre les deux premières formules sociales d’Hiram ; A chacun selon ses aptitudes d’abord : A chacun selon son mérite ensuite 2. Le sens astronomique a été traité avec assez d’autorité par tous les auteurs maçonniques pour que je croie inutile d’y rien ajouter. C’est comme mythe solaire que les affiliés considèrent presque exclusivement la légende d'Hiram, témoin les extraits suivants: « Le soleil, au solstice d'été, provoque, chez tout ce qui respire, les chants de la reconnaissance; alors Hiram qui le représente, peut donner, à qui de droit, la parole sacrée, c’est-à-dire la vie. Quand le soleil descend dans les signes inférieurs, le muétisme de la nature commence ; Hiram ne peut donc plus donner la parole sacrée aux compagnons qui représentent les trois derniers mois inertes de l’année. 1. Voy. Fabre d’Olivet, de l'Etat social de l'Homme; Saint-Yves d’Alveydre, Mission des Juifs ; Simon, la Cité chinoise. 2. Une belle dissertation sur fa légende d’Hiram, au point de vue des trois assassins, se trouve dans Elipbas Levi, Histoire de la Magie, p. 399 et suivantes.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1— 737 — master's refusal to hand over his secret, strikes him in the heart with his heavy square. Quite stunned, Hiram drags himself to the East door, where Jubelum, made even more furious than his accomplices by the architect's refusal, finishes him off with a blow of the mallet on the forehead. The three villains questioned one another and, seeing that their plan had failed, had but one remaining desire: to make the traces of their crime disappear. They hid the corpse among some rubble, and, the next day at dawn, carried it to a nearby forest, where they buried it. A sprig of acacia alone marked the tomb of the greatest of men. Meanwhile Solomon, not seeing his architect return, and sensing a misfortune, first sent three masters to search for him. These having found nothing, the king again sent nine masters, who, after seven days of searching, discovered, by means of the sprig of acacia, the tomb of Hiram, who is resurrected, thanks to them, in every true freemason. The guilty men, who had escaped, were not long in being caught. Their hiding place was betrayed by an unknown man, and one of the fifteen masters sent to punish them killed the most guilty among them, the murderer of Hiram, Abibala, in a cave near a spring where he had taken refuge. A dog pointed out the villain's hiding place. The other assassins killed themselves by throwing themselves from the top of the quarries in which they had taken refuge. The heads of the three companions were brought to Solomon. Such is, in its main outlines, the legend of Hiram. Before undertaking the study of the various senses in which it may be considered, I must make a few important remarks. First of all, it has seemed to me needless to complicate this account with the embellishments with which the imagination of the manufacturers of rituals has decorated it. Thus, some authors mingle with this legend the tale of Hiram's love affairs with Balkis, Queen of Sheba, and make Solomon an accomplice in the murder of Hiram. Another rather curious remark is the change of the names of the three villains across the various degrees; thus the reader has doubtless seen with astonishment Jubelum become Abibala a little before his death. Here is what the Thuileur général says on this subject: « The names of the three murderers of Hiram vary greatly across the different degrees, and according to the various applications that have been made of Masonry.
2« They are: Abircim, Romvel, Gravelot, or Hobbhen, Sckterke, Austersfuth, or Giblon, Giblas, Giblos or Jubela, Jubelo, Jubelum. « The Templar sees in it Squin de Florian, No ffodeï, and the Unknown, on whose depositions Philippe le Bel accused the order before the Pope, or else again the three abominable ones, Philippe le Bel, Clément V and Noffodeï. « The crowned Mason, the Rose-Croix de France, substitutes for them Judas, Caïphe and Pilate, the three authors of the death of Jesus. « In the Rose-Croix de Kilwining the three assassins of Beauty are: Caïn, Hakan, Béni. » Let us note finally that the death of the three villains is recounted differently in the various rites. The form, moreover, matters little; only the substance of the tale need concern us in the developments that follow. Like all symbolic histories, the legend of Hiram contains several meanings that may be classified into three groups: natural sense, moral sense, psychic sense. 1° Natural sense. — In the natural or physical sense, the legend may be considered under two principal aspects: as social, applying to the laws of society, and as astronomical, developing a solar myth. Let us consider a little the way in which Hiram divides his workers, and we shall see emerge one of the finest social ideas one could develop. What a protest against those societies where intrigue alone leads to everything! 11 There must be no idlers in the work undertaken by Hiram: all are workers. Understanding, however, that man's freedom must be respected above all, Hiram lets each person take up, within Society, the work he can carry through to a good end, and proclaims, from the very foundation of his organization, the principle: To each according to his abilities. The classes once established, numbering three, social hierarchy makes its appearance. Everywhere and always there will be those who lead and those who are led; it is a natural law that planets revolve around a sun, and this law is observed analogically as much in the course of a family as in that of the Universe. Here the satellites obey the solar impulse; there the children must bend beneath the paternal impulse.
3What, then, is the means established by Hiram for becoming a member of the ruling class? Is it the heredity of titles and feudal offices? No. Is it the heredity of fortune, subjecting the poor to the despotism of an immoral and degenerate being? No. Is it intrigue, giving places to the most favored? No, a thousand times no. Nothing prevents whoever wishes to do so from rising to the first rank, within the Society of Hiram. It suffices to be worthy of it. All to merit and not to heredity, all to knowledge and not to fortune, all to competition and not to intrigue — such is the expression of Hiram's second social formula. To all those who claim that Freemasonry connects to no lineage, show them the legend of the Master. If they deny the possible existence of an ideal society in which only those who know how to lead do lead, tell them, with Fabre d'Olivet and Saint-Yves d'Alveydre, the story of Ram and his universal empire; if the past no longer interests them, transport them to the heart of the institutions of venerable China and seek with them the office that is not won by competition 1! We could show still other social developments in this legend; but space fails us. Let it suffice for us to indicate and understand the first two social formulas of Hiram: To each according to his abilities first: to each according to his merit next 2. The astronomical sense has been treated with sufficient authority by all Masonic authors that I believe it needless to add anything to it. It is as a solar myth that the affiliated almost exclusively regard the legend of Hiram, witness the following extracts: « The sun, at the summer solstice, provokes, in all that breathes, the songs of gratitude; then Hiram, who represents it, can give, to whom it is due, the sacred word, that is to say life. When the sun descends into the lower signs, the muteness of nature begins; Hiram can therefore no longer give the sacred word to the companions who represent the three last inert months of the year. 1. Voy. Fabre d'Olivet, de l'Etat social de l'Homme; Saint-Yves d'Alveydre, Mission des Juifs ; Simon, la Cité chinoise. 2. Une belle dissertation sur la légende d'Hiram, au point de vue des trois assassins, se trouve dans Eliphas Levi, Histoire de la Magie, p. 399 et suivantes.
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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