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One moment.
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1gens, pour célébrer votre gloire. De nos jours encore, la même religion, pacifique et amoureuse, vous proclame le Dieu des armées, et chaque vainqueur court dans ses temples vous offrir des drapeaux criblés de balles, et vous chanter des actions de grâces pour le grand nombre d’ennemis que vous lui avez permis de mettre à mort. Je ne parle pas des innombrables idiots qui se privent, pour vous complaire, de toutes les pures joies que vous avez semées dans la vie, de ceux qui se macèrent, se mutilent et s’immolent pour mériter vos faveurs. De nos jours encore, dans certaines parties de cet affreux petit globe, on vous promène, chaque année, sur un char dit sacré, dont la fonction sacerdotale consiste à écraser sous ses roues les fidèles qui se couchent à terre en rangs pressés sur son passage; ailleurs, on élève au grade de saint, à grand renfort de trompettes, un malheureux qui n’a pas trouvé d’autre moyen de vous glorifier dans vos œuvres, que de se faire dévorer par les poux. Plus loin, l’idéal de la piété consiste à s’abîmer, jusqu’à ce que mort s’ensuive, dans la contemplation de son nombril. — Voilà une singulière invention, dit le bon Dieu. C’est, je crois, le premier globe où l’on ait eu l’idée d’une chose pareille. Et l’on dit, pour déprécier mon œuvre, qu’il n'y a rien de nouveau sous les soleils! Que diable peuvent-ils regarder sur leur nombril? — Sans compter, reprit le sous-préfet, toutes les sottises qu’on vous a prêtées à vous-même. Saturne, vous avez voulu manger vos propres enfants, et ce repas contre nature aurait été consommé, si leur mère ne vous eût fait avaler des quartiers de rocher à leur place ; Jupiter, vous êtes descendu sur la terre pour y faire toutes sortes de polissonneries ; Jéhovah, vous avez donné à Abraham le conseil immoral de prostituer sa femme pour de l’argent,
2366 — en la faisant passer pour sa sœur; sous le même nom, bien avant ce temps-là, ils vous ont fait condamner tous les hommes, jusqu’à la dernière génération, pour punir l’un d’entre eux qui vous avait volé une pomme ; plus tard, il est vrai, vous leur avez permis de racheter cette faute en crucifiant votre fils unique que, dans celte intention, vous aviez fait descendre parmi eux. Depuis cette époque, non contents de l’avoir crucifié, ils le mangent tous les matins. — Tout cela est absolument insensé, dit le Père éternel; cette planète est atteinte d’une affection mentale de la pire espèce. Quel remède employez-vous contre ce dérèglement cérébral? — Seigneur, nous leur administrons, en ce moment, quelques infusions de science. — Très bien. Cela opère-t-il? — Cela opère assurément. Mais ces cerveaux, trop affaiblis par les terreurs religieuses, ne peuvent supporter les réactions de la science , même absorbée à faible dose, et ils commencent à délirer d'une autre façon. — Ils vont vouloir me supprimer tout à fait pour me punir de leur avoir fait de si belles peurs, dit Fauteur de tout avec son bon sourire. Dieu merci, je suis habitué à cela. 11 n’y a guère de nébuleuses où pareille chose ne m’arrive. Prenez garde seulement que leurs savants ne deviennent aussi intolérants et aussi enragés que leurs prêtres. Mais ne vous effrayez pas si ces symptômes se manifestent, et surtout ne changez pas le médicament. Continuez la science à haute dose. Elle finit toujours par guérir le mal qu’elle a fait. C’est la meilleure drogue de ma pharmacie. Ont-ils déjà découvert le proto plasma? — Oui, Père éternel, et si vous saviez les conséquences qu’ils en tirent? — Si je ne le savais pas, je ne saurais pas tout, et, si je — 367 —
3ne savais pas tout, je ne serais pas le bon Dieu, le leur et le vôtre, quoi qu’ils en disent. Parbleu, ils en tirent la conséquence que la vie est un simple mécanisme produit par des forces complètement aveugles qui opèrent à l’aventure, sans savoir ce qu’elles font. C’est aussi bête que les religions dans lesquelles ils me représentent comme un fabricant de poteries, confectionnant un homme en terre glaise et soufflant dessus pour le faire mouvoir; aussi bête, mais pas davantage. Sauf l’aberration de l’aveugle mécanique, ils sont même plus près de la vérité. Certes, je ne méprise pas la mécanique. Je l’emploie même volontiers dans certaines parties de mes opérations. Il en est de même pour la physique et la chimie. Si je n’étais pas le grand mécanicien, le grand chimiste, le grand physicien, ni chimie, ni physique, ni mécanique n’existeraient, et si réellement je n’y voyais goutte, ainsi qu’ils le crient, les imbéciles, comment ferais-jepour leur ouvrir les yeux? Les malheureux ne se doutent pas qu’à chaque pas qu'ils font, c’est moi qu’ils découvrent, et qu’au bout de leur lorgnette, ils apercevront : quoi? le bon Dieu. — Qui sera attrapé ce jour-là? De toute éternité, j’en ris d’avance. Le directeur de la voie lactée et le sous-préfet du tourbillon jaune se mirent à rire, comme doit le faire tout subalterne, quand il voit le maître en gaîté. — Mais j’y pense, reprit le Seigneur, que faites-vous de leurs âmes, quand elles vous arrivent? J’espère que vous ne les mêlez pas à celles des mondes en bon état. — J’ai donné ordre de les parquer dans un endroit réservé, répondit le directeur. Là on s’efforce de nettoyer leurs immondices. Mais cette lessive est presque impossible, à tel point les idées fausses et les penchants vicieux sont enracinés dans ces êtres. Les uns se scandalisent de ce
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1souls, to celebrate your glory. In our own day still, the same religion, peaceful and loving, proclaims you the God of armies, and every victor runs to its temples to offer you flags riddled with bullets, and to sing you thanksgivings for the great number of enemies you have allowed him to put to death. I say nothing of the countless fools who deprive themselves, to please you, of all the pure joys you have sown in life, of those who macerate, mutilate and immolate themselves to earn your favors. In our own day still, in certain parts of this dreadful little globe, they parade you, every year, on a so-called sacred chariot, whose sacerdotal function consists of crushing beneath its wheels the faithful who lie down on the ground in tight ranks along its path; elsewhere, they raise to the rank of saint, with a great blast of trumpets, some poor wretch who has found no other way of glorifying you in your works than to have himself devoured by lice. Further on, the ideal of piety consists in wasting away, until death ensues, in the contemplation of one's navel. — There is a singular invention, said the good Lord. It is, I believe, the first globe where anyone has had the idea of such a thing. And they say, to belittle my work, that there is nothing new under the suns! What the devil can they be looking at on their navel? — Not to mention, resumed the sub-prefect, all the foolish things they have attributed to you yourself. Saturn, you wanted to eat your own children, and this unnatural meal would have been consumed, had their mother not made you swallow chunks of rock in their place; Jupiter, you came down to earth to commit all sorts of mischief there; Jehovah, you gave Abraham the immoral counsel of prostituting his wife for money,
2366 — passing her off as his sister; under the same name, long before that time, they had you condemn all mankind, down to the last generation, to punish one of them who had stolen an apple from you; later, it is true, you allowed them to redeem this fault by crucifying your only son whom, with that intention, you had brought down among them. Since that time, not content with having crucified him, they eat him every morning. — All this is absolutely insane, said the Eternal Father; this planet is afflicted with a mental disorder of the worst kind. What remedy do you employ against this cerebral disorder? — Lord, we are administering to them, at this moment, a few infusions of science. — Very well. Is it working? — It is certainly working. But these brains, too weakened by religious terrors, cannot bear the reactions of science, even absorbed in small doses, and they are beginning to become delirious in another fashion. — They will want to suppress me altogether to punish me for having given them such fine frights, said the Maker of all things with his good smile. Thank God, I am used to that. 11 there is hardly a nebula where the like does not happen to me. Take care only that their scholars do not become as intolerant and as rabid as their priests. But do not be alarmed if these symptoms appear, and above all do not change the medicine. Continue the science at a high dose. It always ends by curing the harm it has done. It is the best drug in my pharmacy. Have they already discovered protoplasm? — Yes, Eternal Father, and if you knew the consequences they draw from it? — If I did not know it, I would not know everything, and, if I — 367 —
3did not know it, I would not be the good Lord, theirs and yours, whatever they may say about it. Indeed, they draw from it the conclusion that life is a simple mechanism produced by completely blind forces that operate at random, without knowing what they are doing. That is as stupid as the religions in which they represent me as a maker of pottery, fashioning a man out of clay and blowing on it to make it move; just as stupid, but no more so. Except for the aberration of blind mechanics, they are actually closer to the truth. Certainly, I do not despise mechanics. I even employ it willingly in certain parts of my operations. The same is true for physics and chemistry. If I were not the great mechanic, the great chemist, the great physicist, neither chemistry, nor physics, nor mechanics would exist, and if I really saw nothing of it, as they cry out, the fools, how could I open their eyes for them? The wretches do not suspect that at every step they take, it is me they are discovering, and that at the end of their spyglass, they will perceive: what? the good Lord. — Who will be caught out on that day? From all eternity, I laugh about it in advance. The director of the Milky Way and the sub-prefect of the yellow whirlwind burst out laughing, as every subordinate must do, when he sees the master in good humor. — But it occurs to me, resumed the Lord, what do you do with their souls, when they arrive to you? I hope you do not mix them with those of worlds in good condition. — I have given orders to pen them up in a reserved place, replied the director. There we strive to clean out their filth. But this laundering is almost impossible, so deeply rooted are false ideas and vicious inclinations in these beings. Some are scandalized that
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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