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1— 761 — Vous avez beau dire que vous êtes frappés de l’immense étendue de l’ignorance générale sur toutes choses ; vous avez beau définir si pertinemment cette ignorance érigée en science et dire qu’elle ne représente qu’une nomenclature grossièrement généralisée de quelques faits palpables, qu’un jargon technique inventé par les hommes pour déguiser la réalité cachée derrière ces faits, vous avez beau parler de votre foi dans les puissances infinies de la nature, vous vous contentez cependant de dépenser votre vie dans un travail qui ne fait qu’aider cette même science occidentale à engendrer les mêmes résultats sociaux. De toutes vos nombreuses questions nous discuterons tout d’abord, s’il vous plaît, celle qui est relative à l’impuissance supposée, qu’aurait montrée la fraternité des initiés en ne laissant aucune trace dans l’histoire du monde. Avec leur réserve d’aris extraordinaires, ils auraient dû, selon vous, réunir dans les écoles une partie considérable des esprits éclairés de toutes les races humaines. Sur quelles bases vous appuieriez-vous pour croire qu’ils ne l’ont pas fait? Que savez-vous de leurs efforts, de leurs succès ou de leurs insuccès ? Avez-vous des docks spéciaux pour emmagasiner des données positives sur de telles choses ? Comment votre société occidentale serait-elle capable de rassembler des preuves, relativement aux faits et gestes d’hommes qui ont mis tous leurs soins à fermer hermétiquement toute porte possible par laquelle la curiosité pût les espionner? La première condition du succès de ces hommes a été de demeurer l’inconnu et l’imprévu. Ce qu’ils ont fait, ils le savent, et ce que ceux du monde extérieur à leur cercle ont pu apercevoir, n’a jamais été — 762 —
2qu’un résultat dont la cause est demeurée voilée aux yeux. Nous n’avons jamais prétendu pouvoir conduire les nations prises en masse à tel ou tel apogée, en dépit du courant général des relations cosmiques du monde. Les cycles doivent aller jusqu’au bout de leurs cercles. Les périodes de lumière et de ténèbres se succèdent dans l’ordre intellectuel et dans l’ordre moral, aussi bien que dans l’ordre physique. Les Yougs mineurs et majeurs doivent s’accomplir conformément à l’ordre de choses établi, et nous sur les bords de la puissante marée des temps, ne pouvons modifier et diriger que quelques-uns de ses moindres courants. Si nous avions les passions imaginaires du Dieu personnel, tel que le vulgaire l’entend, si les lois universelles, immuables n’étaient que des hochets avec lesquels on pût jouer, alors, vraiment, nous aurions pu créer des conditions d’existence, qui eussent fait de cette terre une Arcadie d’âmes sublimes. Mais nous avons affaire à une loi immuable, nous sommes nous-mêmes ses créatures, et nous devons nous contenter de ce qui nous est accessible, et en être encore reconnaissants. Il y a eu des temps où une partie considérable des esprits éclairés, comme vous dites, a reçu l’enseignement, l’initiation de nos écoles. Ces temps ont existé dans l’Inde, en Perse, en Egypte, en Grèce, à Rome pour l’Occident. Mais, comme je l’ai indiqué dans une lettre à M. Sinnett, l’adepte est l’oiseau rare, l’efflorescence suprême de son époque et il y en a relativement peu dans un seul siècle. La terre est un champ de bataille non seulement pour
3les forces physiques, mais aussi pour les forces morales ; et les brutalités des passions animales, aiguillonnées par les rudes énergies du dernier groupe des agents étliérés, tendent toujours h écraser les puissances intelligibles, les forces intelligentes. Ne doit-on pas s’y attendre de la part d'hommes si étroitement liés encore à l’ordre physique d’où ils ont été évolués ? Il est également vrai que nos rangs se sont éclaircis, mais, comme je l’ai dit, la cause en est que nous appartenons à la race humaine et que, soumis au mouvement général de ses cy.cles, nous ne pouvons pas les faire rétrogresser. Pouvez-vous dire au Gange ou au Bramapoutre de remonter vers leurs sources, pouvez-vous même les maîtriser de telle sorte que leurs ondes comprimées ne débordent pas et n’inondent pas leurs rives? Non, mais vous pouvez soutirer de leur courant une partie de ces ondes, en remplir des canaux, et utiliser cette force hydraulique pour le bien de l’humanité. Il en est de même de nous qui, impuissants à arrêter le monde dans sa course et dans sa direction, pouvons cependant utiliser quelque partie de son énergie en l’attirant dans des canaux bienfaisants. Regardez-nous comme des demi-dieux et mon explication ne vous satisfera pas ; considérez-nous comme de simples hommes, un peu plus sages que les autres, grâce à des connaissances et à des études spéciales, et votre objection aura trouvé une réponse. Quel bien, dites-vous, mes compatriotes et moi pouvons-nous atteindre par cet ordre de connaissances cachées? Quand les Indiens verront que les Anglais prennent — 764 —
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1— 761 — You may well say that you are struck by the immense extent of general ignorance concerning all things; you may well define so pertinently this ignorance erected into science, and say that it represents but a crudely generalized nomenclature of a few palpable facts, a technical jargon invented by men to disguise the reality hidden behind these facts; you may well speak of your faith in the infinite powers of nature — you nonetheless content yourselves with spending your life in labor that only helps this same Western science engender the same social results. Of all your numerous questions we shall first discuss, if you please, the one relating to the supposed impotence that the fraternity of the initiates would have shown, by leaving no trace in the history of the world. With their store of extraordinary knowledge, they ought, according to you, to have gathered into schools a considerable portion of the enlightened minds of all human races. On what grounds do you rest your belief that they have not done so? What do you know of their efforts, of their successes or their failures? Do you have special archives for storing positive data on such matters? How could your Western society be capable of gathering proofs concerning the doings of men who took every care to hermetically close every possible door through which curiosity might spy upon them? The first condition of these men's success was to remain the unknown and the unforeseen. What they have done, they themselves know; and what those outside their circle have been able to perceive has never been — 762 —
2anything but a result whose cause has remained veiled from view. We have never claimed to be able to lead nations, taken as a whole, to this or that apogee, in defiance of the general current of the world's cosmic relations. The cycles must run to the end of their circles. Periods of light and darkness succeed one another in the intellectual order and in the moral order, just as in the physical order. The lesser and greater Yugas must be accomplished in conformity with the established order of things, and we, upon the shores of the mighty tide of the ages, can modify and direct only a few of its lesser currents. Had we the imaginary passions of the personal God, as the vulgar understand him, were the immutable universal laws but playthings with which one might toy, then, truly, we could have created conditions of existence that would have made of this earth an Arcadia of sublime souls. But we have to deal with an immutable law; we are ourselves its creatures, and we must content ourselves with what is accessible to us, and be grateful for even that. There have been times when a considerable portion of enlightened minds, as you say, received the teaching, the initiation of our schools. Such times existed in India, in Persia, in Egypt, in Greece, in Rome for the West. But, as I indicated in a letter to M. Sinnett, the adept is a rare bird, the supreme flowering of his age, and there are relatively few of them in a single century. The earth is a battlefield not only for
3physical forces, but also for moral forces; and the brutalities of the animal passions, spurred on by the crude energies of the lowest group of etheric agents, always tend to crush the intelligible powers, the intelligent forces. Is this not to be expected from men still so closely bound to the physical order out of which they have evolved? It is equally true that our ranks have thinned, but, as I have said, the cause of this is that we belong to the human race, and, being subject to the general movement of its cycles, we cannot make them go backward. Can you tell the Ganges or the Brahmaputra to flow back toward their sources; can you even master them so that their swollen waves do not overflow and flood their banks? No; but you can draw off from their current a portion of these waves, fill canals with them, and use this hydraulic force for the good of humanity. It is the same with us, who, powerless to halt the world in its course and its direction, can nonetheless make use of some portion of its energy by drawing it into beneficent channels. Regard us as demigods, and my explanation will not satisfy you; consider us as simple men, a little wiser than the rest thanks to special knowledge and studies, and your objection will have found its answer. What good, you ask, can my countrymen and I achieve through this order of hidden knowledge? When the Indians see that the English take — 764 —
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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