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1IV Rappelons maintenant, pour attirer sur la sainte relique la vénération de nos frères Gnostiques, l’histoire de la passion de ceux qu’on nomme vulgairement les Manichéens d’Orléans. La doctrine des Basilide, des Valentin et des Marcion, la Gnose reparut dans notre Occident, vers la fin du xe siècle et y comptait de nombreux adeptes dès les premières années du xie. Deux opinions se font jour sur le mode de sa propagation. Les uns avec Muratori, MM. Schmidt, Matter, etc., lui attribuent une origine gréco-slave et lui font traverser la Thrace, la Dalmatie, l'Italie, le midi de la France. Les autres, et c’est l’opinion de M. Pfister, la conduisent du nord au midi. C'est affaire de discussion érudite. Toujours est-il qu’elle se propagea dans les écoles et se répandit dans le peuple. Toujours est-il que la Francia , la France des Capétiens, lui servit d’asile et que la cité d'Orléans devint son centre d’action. Raoul Glaber, chroniqueur de ces âges reculés, Adhémar de Chabannes, les actes du synode d'Orléans, le cartulaire de Saint-Père de Chartres, la lettre de Jean, moine de Fleury, à l’évêque de Vich, nous permettent d’exposer brièvement les faits de cette étonnante résurrection gnostique dans le domaine patrimonial des Capets. V Les Gnostiques Pauliciens, puis les Euchites, persécutés par les empereurs de Byzance, avaient été refoulés sur l’Occident. Sous le nom de Cathares, de Manichéens, d’Enthousiastes, ils avaient formé des communautés secrètes dans le nord et dans le midi de l’Europe. Au commencement du xie siècle, une femme d’une rare beauté et d’une haute intelligence, d’origine salve, ou gréco-slave, chassée d’Italie où elle exerçait l’apostolat de la Gnose, vint à Orléans où son prestige réunit autour d’elle, dans des assemblées secrètes, les plus pieux et les plus instruits des membres du clergé épiscopal. Un homme qui mourut avant 1017 en odeur de sainteté et sur la tombe duquel se firent des miracles, le chantre de Sainte-Croix, l’illustre Théodat, adopta ses doctrines. Héribert, écolâtre de Saint- Pierre le Puellier, Lisois, Foucher, Étienne, chancelier de l’évêque
2— 637 — d’Orléans, des clercs, des religieuses de Notre-Dame de Bonne- Nouvelle, des femmes, des hommes éminents reçurent de la belle sainte le consolamentum, l’imposition des mains et la doctrine. Longtemps, l’église gnostique se réunit en secret, tantôt chez ces ecclésiastiques, tantôt dans les carrières de Saint-Vincent, tantôt dans les caves du quartier du Châtelet. Officiellement les adeptes suivaient le culte romain et vaquaient à leurs affaires. Théodat siégeait dans sa stalle à la Basilique. Héribert enseignait dans son école. Etienne avait même dirigé la conscience de la reine Constancia, femme de Robert. Lisois occupait la chaire de la grande école d’Orléans. La belle sainte mourut. Théodat la suivit de près. On l’inhuma dans la cathédrale et le peuple l’honorait comme un saint.
3VI Qu’enseignait la femme Apôtre ? La Gnose. La doctrine des Eons, telle que la renferme le Nouveau Testament dans son enveloppe exotérique, telle que la prêchaient saint Paul et saint Jean, telle que le génie de Basilide, l’éloquence harmonieuse de Valentin, la belle parole de Marcias l’avaient enseignée, telle que Sergius et Basilius l’avaient redite après eux. Dieu, principe absolu, source du Bien, de qui tout émane. L’Eon Iahveh, égaré loin du plérome sacré, créant le monde matériel d’où sort le mal, la douleur, la mort, le péché. Elle enseignait, la défunte, l’Eon Jésus pour racheter ce pauvre monde. Il devait ramener à son père, à Dieu, à F ABIME, les Purs, les Elus, les Pneumatiques, ceux que remplissait le Saint-Esprit. Elle condamnait le baptême d’eau, la présence réelle, l’efficacité des œuvres, la hiérarchie, les secondes noces, les sacrements. Elle voulait rétablir le culte en esprit et en vérité. « Voilàquelleest notre loi, s’écriait-elle, quitter le monde, dompter la chair, vivre de travail, ne léser personne, aimer son prochain. Si nous observons cette loi, il n’est pas besoin de baptême. Si nous la violons, aucun baptême ne nous sauvera! » — 638 —
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1IV Let us now recall, to draw upon the holy relic the veneration of our Gnostic brothers, the story of the passion of those commonly called the Manichaeans of Orléans. The doctrine of the Basilideans, the Valentinians and the Marcionites, the Gnosis reappeared in our West toward the end of the tenth century and already counted numerous adherents in the earliest years of the eleventh. Two opinions arise concerning the mode of its propagation. Some, with Muratori, MM. Schmidt, Matter, etc., attribute to it a Greco-Slavic origin and have it cross Thrace, Dalmatia, Italy, the south of France. The others, and this is M. Pfister's opinion, bring it down from north to south. This is a matter of learned dispute. Be that as it may, it spread through the schools and diffused among the people. Be that as it may, it was Francia, the France of the Capetians, that gave it asylum, and the city of Orléans became its center of action. Raoul Glaber, chronicler of those distant ages, Adhémar de Chabannes, the acts of the synod of Orléans, the cartulary of Saint-Père de Chartres, the letter of Jean, monk of Fleury, to the bishop of Vich, allow us to set forth briefly the facts of this astonishing gnostic resurrection within the patrimonial domain of the Capets. V The Gnostic Paulicians, then the Euchites, persecuted by the emperors of Byzantium, had been pushed back into the West. Under the name of Cathars, Manichaeans, Enthusiasts, they had formed secret communities in the north and south of Europe. At the beginning of the eleventh century, a woman of rare beauty and lofty intelligence, of Slavic or Greco-Slavic origin, driven from Italy where she had practiced the apostolate of the Gnosis, came to Orléans, where her prestige gathered around her, in secret assemblies, the most pious and most learned members of the episcopal clergy. A man who died before 1017 in the odor of sanctity and on whose tomb miracles were performed, the chanter of Sainte-Croix, the illustrious Theodat, adopted her doctrines. Heribert, schoolmaster of Saint-Pierre-le-Puellier, Lisois, Foucher, Stephen, chancellor of the bishop
2— 637 — of Orléans, clerics, nuns of Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, women, eminent men received from the beautiful saint the consolamentum, the laying on of hands and the doctrine. For a long time the gnostic church met in secret, sometimes at the homes of these clergymen, sometimes in the quarries of Saint-Vincent, sometimes in the cellars of the Châtelet quarter. Officially the adepts followed the Roman rite and attended to their affairs. Theodat sat in his stall at the Basilica. Heribert taught in his school. Stephen had even directed the conscience of Queen Constancia, wife of Robert. Lisois occupied the chair of the great school of Orléans. The beautiful saint died. Theodat followed her soon after. She was buried in the cathedral and the people honored her as a saint.
3VI What did the woman Apostle teach? The Gnosis. The doctrine of the Aeons, as contained in the New Testament in its exoteric envelope, as Saint Paul and Saint John preached it, as the genius of Basilides, the harmonious eloquence of Valentinus, the fine speech of Marcias had taught it, as Sergius and Basilius had repeated it after them. God, absolute principle, source of the Good, from whom all emanates. The Aeon Iahveh, gone astray far from the sacred pleroma, creating the material world from which come evil, suffering, death, sin. She taught, the departed one, the Aeon Jesus, to redeem this poor world. He was to lead back to his father, to God, to THE ABYSS, the Pure, the Elect, the Pneumatics, those whom the Holy Spirit filled. She condemned baptism by water, the real presence, the efficacy of works, the hierarchy, second marriages, the sacraments. She wished to restore worship in spirit and in truth. 'Such is our law,' she cried, 'leave the world, tame the flesh, live by labor, harm no one, love thy neighbor. If we observe this law, there is no need of baptism. If we violate it, no baptism will save us!' — 638 —
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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