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1VESTIGE DE LALCBIMIE A NOTRE ÉPOQUE Les alchimistes travaillaient en général seuls jusqu’au xvi° siècle. Dès cette époque, l’initiation fut donnée par des sociétés secrètes plus ou moins puissantes. Ce sont elles qui ont laissé des traces assez durables pour que nous puissions les retrouver à notre époque. Sans vouloir parler des Templiers, prématurément détruits, la plus importante et la plus connue des sociétés hermétiques est sans contredit la mystérieuse Fraternité des Rose-Croix. C’est sous leur impulsion que fut fondée par Asmhole la franc-maçonnerie anglaise d’où sont dérivées toutes les initiations modernes1. La Franc-maçonnerie nous présente encore aujourd'hui les traditions vivantes de l’Hermétisme dans plusieurs de ses hauts grades et c’est à ce point de vue que le F.*. Ragon l’a particuliè- rement étudiée dans sa Maçonnerie occulte. Ainsi la parole perdue et retrouvée du 18° degré de l’Ecossisme INRI s’explique ésotériquement par un aphorisme alchimique : Igné Natura Renovatur Integra 2. La nature se renouvelle dans son intégrité par le feu. Ce feu n’est pas le feu vulgaire ; c’est la force universelle dont nous avons parlé tout à l’heure, représentée aussi par le G du centre de l’Étoile flamboyante3. Le 22e grade (Royal Hache) et le 28e (Prince Adepte) sont aussi remplis de traditions réelles delà science hermétique4. Outre ces traditions, conservées à l’insu de ceux qui les possèdent, plusieurs monuments de Paris sont encore des preuves positives des enseignements de la philosophie hermétique. Citons en première ligne à ce point de vue la Tour Saint-Jacques, L Ragon, Orthodoxie maçonnique. 2. V. Papus, Francs-Maçons et Théosophes. 3. Y. Ragon, la Messe et ses Mystères. 4. Albert Pite, Moralis and Dogma of Freemasonry , Charleston, 1881, p. 340 et suiv.
2puis les Vitraux de la Sainte-Chapelle ; enfin le Portail de Notre- Dame de Paris1. Enfin le xix* siècle a vu naître plusieurs alchimistes convaincus. Citons d’abord Cyliani, auteur d'Hermès dévoilé (1832), dans lequel il affirme avoir découvert la Pierre Philosophale, et donne en style alchimique le moyen de la fabriquer. Il est curieux de voir ce style symbolique employé même de nos jours. Après lui, nous devons citer Théodore Tiffereau, ancien préparateur de chimie à l’Ecole de Nantes, auteur d’un mémoire adressé à l’Académie, intitulé : Les métaux ne sont pas des corps simples {1853, in-8°). Puis vient le moins sérieux de tous, Cambriel, auteur d’un mauvais traité portant le titre de l'Alchimie en 19 leçons 2. Tels sont les représentants de l’alchimie à notre époque. En existe-t-il d’autres en Occident, existe-t-il des sociétés d’hermétisme? c’est ce que nous ne pouvons pas dire. Cependant je puis parler d’une aventure entièrement personnelle qui m’est arrivée il y a deux ans à peu près. Un alchimiste pratiquant . A cette époque je poursuivais un travail qui n’est pas encore terminé. 11 s’agissait de réduire tous les termes d’alchimie en leur équivalent en chimie contemporaine. La tâche était aisée pour certains d’entre eux ; malaisée pour d’autres. Quand je ne pouvais m’y reconnaître par la seule théorie, j’en appelais à l’expérience. C’est ainsi qu’en sublimant un mélange d’azotate de potasse et de mercure, par le procédé alchimique, je remarquai qu’il se produisait trois sels d’aspect physique différent quoique de composition chimique identique. Ces trois sels étaient nettement indiqués par les alchimistes et pas du tout par les chimistes. C’est même cela qui m’avait poussé à tenter l’expérience. Tout travail d’occultisme réveille par écho la filière d’idées qui lui correspond exactement dans les trois mondes ; aussi ne fus-je pas étonné quand je reçus inopinément la visite d’un homme d’environ quarante ans, bien mis et qui m’avoua s’occuper de la pierre philosophale depuis dix ans. 1. Yoy. le dessin et l’explication de l’hiéroglyphe alchimique du portail de Notre-Dame dans le Traité élémentaire de Science Occulte de Papus, planche VI. 2. Dernièrement M. Poisson vient de mettre au jour une excellente édition comprenant cinq traités d’alchimie avec plusieurs gravures.
3Il prétendait avoir trouvé la direction du feu astral et s’engageait à montrer son action à la personne qui pourrait, non pas lui avancer de l’argent, il n’en voulait pas ; mais lui louer une petite maison pour un an, maison dont la personne resterait propriétaire. Cela lui permettrait de finir son travail à son aise. Comme « mes appartements » se composent d’une chambre située près du ciel et que je consacre tout ce que je puis gagner à la diffusion de l’occultisme, j’étais dans l’impossibilité d’avancer les 1200 francs nécessaires à la satisfaction du rêve de mon alchimiste. Je le conduisis donc chez divers occultistes riches qui ne voulurent pas risquer la somme. Je l’aurais fait moi-même peut- être rien que pour voir l’expérience promise, condition sine qua non du versement. Pour me récompenser de mes efforts, l’alchimiste me fît cadeau d’une bouteille renfermant une substance blanche, d’odeur très pénétrante et douée de curieuses propriétés physiques. Cette substance est tellement hygrométrique qu’une parcelle mise sur l’eau s’agite aussitôt violemment, rappelant un peu le sodium, mais sans jamais s’enflammer. Je n’ai pas encore eu le temps d’analyser cette matière d’origine organique, je pense. Depuis mon alchimiste continue ses travaux. Il habite Winterthur dans la Suisse allemande et se nomme H. Etter. C’est un homme très sérieux et fort instruit en hermétisme. Si jamais l’un de mes lecteurs se promène de ce côté, il peut aller voir les expériences de ce « philosophe du feu ». C’est là le seul alchimiste pratiquant que je connaisse, outre une association située aux environs de Goritz en Autriche. J’ai fait la découverte vers la même époque d’un cordonnier, concierge dans une impasse de Ménilmontant, qui possédait la Bibliothèque d’alchimie la plus complète que j’aie jamais vue. Pris dégoût pour ces études, mon cordonnier, socialiste de l’école de Foürieret de Tourreil, avait acheté pendant trente ans ces volumes un à un chez les brocanteurs. Il avait, entre autres raretés, des manuscrits hermétiques de grande valeur. Aujourd’hui il a été réduit à vendre presque tous ses trésors. Il avait tout lu et tout annoté et était assez fort en occultisme, pour avoir complètement interloqué le vén.\ le jour de son initiation. Il n’a cependant jamais essayé la pratique de l’alchimie. Notre monographie ne serait pas complète si nous terminions sans indiquer tout au moins les livres les plus utiles à ceux qui voudraient pousser plus loin ces curieuses études. C’est ce que nous allons tenter de faire.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1VESTIGE OF ALCHEMY IN OUR TIME The alchemists worked generally alone up until the sixteenth century. From that period on, initiation was given by secret societies more or less powerful. It is these that have left traces durable enough for us to be able to find them again in our own time. Without wishing to speak of the Templars, prematurely destroyed, the most important and best-known of the hermetic societies is unquestionably the mysterious Fraternity of the Rosy Cross. It was under their impulse that English Freemasonry, from which all modern initiations derive, was founded by Ashmole1. Freemasonry still presents to us today the living traditions of Hermeticism in several of its high degrees, and it is from this standpoint that Bro.'. Ragon studied it in particular in his Maçonnerie occulte. Thus the lost and rediscovered word of the 18th degree of the Scottish Rite, INRI, is explained esoterically by an alchemical aphorism: Igné Natura Renovatur Integra 2. Nature renews itself in its integrity through fire. This fire is not the common fire; it is the universal force we have spoken of a moment ago, represented also by the G in the center of the Blazing Star3. The 22nd degree (Royal Axe) and the 28th (Knight of the Sun) are likewise full of real traditions of the hermetic science4. Besides these traditions, preserved unbeknownst to their possessors, several monuments in Paris are still positive proofs of the teachings of hermetic philosophy. Let us cite first in this regard the Tour Saint-Jacques, L. Ragon, Orthodoxie maçonnique. 2. V. Papus, Francs-Maçons et Théosophes. 3. V. Ragon, la Messe et ses Mystères. 4. Albert Pike, Morals and Dogma of Freemasonry, Charleston, 1881, p. 340 et suiv.
2then the Stained-Glass Windows of the Sainte-Chapelle; finally the Portal of Notre-Dame de Paris1. Finally, the nineteenth century saw the birth of several convinced alchemists. Let us cite first Cyliani, author of Hermès dévoilé (1832), in which he claims to have discovered the Philosopher's Stone, and gives, in alchemical style, the means of making it. It is curious to see this symbolic style employed even in our own day. After him, we must cite Théodore Tiffereau, former chemistry demonstrator at the École de Nantes, author of a memoir addressed to the Academy, entitled: Les métaux ne sont pas des corps simples (1853, in-8°). Then comes the least serious of all, Cambriel, author of a poor treatise bearing the title l'Alchimie en 19 leçons 2. Such are the representatives of alchemy in our own time. Are there others in the West; do hermetic societies exist? This is what we cannot say. However, I can relate an entirely personal adventure that happened to me nearly two years ago. A practicing alchemist. At that time I was pursuing a work not yet completed. 11 was a matter of reducing all the terms of alchemy into their equivalent in contemporary chemistry. The task was easy for some of them; difficult for others. When I could not find my way by theory alone, I appealed to experience. It was thus that, in subliming a mixture of potassium nitrate and mercury by the alchemical procedure, I noticed that three salts of different physical appearance, though of identical chemical composition, were produced. These three salts were clearly indicated by the alchemists and not at all by the chemists. It was indeed this that had prompted me to attempt the experiment. Every work of occultism awakens, by echo, the corresponding chain of ideas in the three worlds; thus I was not astonished when I unexpectedly received the visit of a man about forty years old, well dressed, who confessed to me that he had been occupied with the philosopher's stone for ten years. 1. Voy. le dessin et l'explication de l'hiéroglyphe alchimique du portail de Notre-Dame dans le Traité élémentaire de Science Occulte de Papus, planche VI. 2. Recently M. Poisson has just brought out an excellent edition comprising five treatises on alchemy with several engravings.
3He claimed to have found the direction of astral fire and undertook to demonstrate its action to the person who could, not advance him money — he wanted none of that — but rent him a small house for a year, a house of which the person would remain the owner. This would allow him to finish his work at his ease. Since 'my apartments' consist of a single room situated close to the sky, and since I devote everything I can earn to the spread of occultism, I was unable to advance the 1200 francs necessary to satisfy my alchemist's dream. I therefore took him to see various wealthy occultists, none of whom would risk the sum. I would have done it myself, perhaps, just to see the promised experiment, a condition sine qua non of the payment. To reward me for my efforts, the alchemist gave me a bottle containing a white substance, of a very penetrating odor and endowed with curious physical properties. This substance is so hygroscopic that a particle placed on water agitates itself immediately and violently, somewhat recalling sodium, but without ever bursting into flame. I have not yet had time to analyze this matter, which I believe to be of organic origin. Since then my alchemist has continued his work. He lives in Winterthur, in German-speaking Switzerland, and his name is H. Etter. He is a very serious man and well versed in hermeticism. If any of my readers should ever pass that way, he may go to see the experiments of this 'philosopher of fire.' This is the only practicing alchemist I know, apart from an association situated in the vicinity of Görz in Austria. I made, around the same period, the discovery of a cobbler, a concierge in a cul-de-sac of Ménilmontant, who possessed the most complete library of alchemy I have ever seen. Disgusted with these studies, my cobbler, a socialist of the Fourier and Tourreil school, had bought, over thirty years, these volumes one by one from secondhand dealers. He had, among other rarities, hermetic manuscripts of great value. Today he has been reduced to selling nearly all his treasures. He had read everything and annotated everything and was quite proficient in occultism, having completely nonplussed the Ven.'. on the day of his initiation. He has, however, never attempted the practice of alchemy. Our monograph would not be complete if we ended without indicating at least the most useful books for those who might wish to pursue these curious studies further. This is what we shall now attempt to do.
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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