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1« L’accord de la Volonté et de la Providence constitue le bien, le mal naît de leur opposition. L’homme a reçu, pour se conduire dans la carrière qu’il doit parcourir sur la terre, trois forces appropriées à chacune des trois modifications de son être, et toutes trois enchaînées à sa volonté. « La première, attachée au corps, est l’instinct; la seconde, dévouée à l’âme, est la vertu; la troisième, appartenant à l’intelligence, est la science ou la sagesse. Ces trois forces, indifférentes par elles-mêmes, ne prennent ce nom que par le bon usage que la volonté en fait, car, dans le mauvais usage, elles dégénèrent en abrutissement, en vice et en ignorance. L’instinct perçoit le bien ou le mal physiques résultant de la sensation ; la vertu connaît le bien et le mal moraux existant dans le sentiment ; la science juge le bien ou le mal intelligibles qui naissent de l’assentiment. Dans la sensation le bien et le mal s’appellent plaisir ou douleur ; dans le sentiment, amour ou haine ; dans l’assentiment, vérité ou erreur. « La sensation, le sentiment et l’assentiment résidant dans le corps, dans l’âme et dans l’esprit, forment un ternaire qui, se développant à la faveur d’une unité 'relative, — 201 constitue le quaternaire humain ou l’Homme considéré abstractivement.
2« Les trois affections qui composent ce ternaire agissent et réagissent les unes sur les autres, et s’éclairent ou s’obscurcissant mutuellement ; et l’unité qui les lie, c’està-dire l’Homme, se perfectionne ou se déprave, selon qu’elle tend à se confondre avec l’Unité universelle ou à s’en distinguer. « Le moyen qu’elle a de s’y confondre ou de s’en distinguer, de s’en rapprocher ou de s’en éloigner, réside tout entier dans sa volonté, qui, par l’usage qu’elle fait des instruments que lui fournissent le corps, l’âme et l’esprit, s’instinctifïe ou s’abrutit, se rendvertueuse ou vicieuse, sage ou ignorante et se met en état de percevoir avec plus ou moins d’énergie de connaître et de juger avec plus ou de rectitude ce qu’il y a de bon, de beau et de juste dans la sensation, le sentiment ou l’assentiment; de distinguer avec plus ou moins de force et de lumière le bien et le mal ; et de ne point se tromper enfin dans ce qui est réellement plaisir ou douleur, amour ou haine, vérité ou erreur.
3« L’homme tel que je viens de le dépeindre, d’après l’idée que Pythagore en avait conçue, placé sous la domination de la Providence, entre le passé et l’avenir, doué d’une.volonté libre par son essence et se portant à la vertu ou au vice de son propre mouvement, l’Homme, dis-je, doit connaître la source des malheurs qu’il éprouve nécessairement et, loin d’en accuser cette même Providence qui dispense les biens et les maux à chacun selon son mérite et ses actions antérieures, ne s’en prendre qu’à lui-même s’il souffre par une suite inévitable de ses fautes passées ; car Pythagore admettait plusieurs existences successives et soutenait que le présent qui nous frappe et 202 — l’avenir qui nous menace ne sont que l'expression du passé qui a été notre ouvrage dans les temps antérieurs. Il disait que la plupart des hommes perdent, en revenant à la vie, le souvenir de ces existences passées ; mais que, pour lui, il devait à une faveur particulière des Dieux d’en conserver la mémoire . « Ainsi, suivant sa doctrine, cette nécessité fatale dont l’Homme ne cesse de se plaindre, c’est lui-même qui l’a créée par l’emploi de sa volonté; il parcourt, à mesure qu’il avance dans le temps, la route qu’il s’est déjà tracée à lui-même ; et, suivant qu’illa modifie en bien ou en mal, qu’il y sème, pour ainsi dire, ses vertus et ses vices, il la retrouvera plus douce et plus pénible lorsque le temps sera venu de la parcourir de nouveau h »
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1'The accord of the Will and of Providence constitutes the good; evil is born of their opposition. Man has received, to guide himself in the career he must run upon the earth, three forces suited to each of the three modifications of his being, and all three chained to his will. 'The first, attached to the body, is instinct; the second, devoted to the soul, is virtue; the third, belonging to the intelligence, is science, or wisdom. These three forces, indifferent in themselves, take on this name only through the good use the will makes of them, for, in ill use, they degenerate into brutishness, into vice, and into ignorance. Instinct perceives the physical good or evil resulting from sensation; virtue knows the moral good and evil existing in feeling; science judges the intelligible good or evil that arise from assent. In sensation, good and evil are called pleasure or pain; in feeling, love or hatred; in assent, truth or error. 'Sensation, feeling, and assent, residing in the body, in the soul, and in the spirit, form a ternary which, developing under the favor of a relative unity, — 201 constitutes the human quaternary, or Man considered abstractly.
2'The three affections that compose this ternary act and react upon one another, and mutually enlighten or darken one another; and the unity that binds them — that is, Man — perfects or depraves himself, according to whether he tends to merge with the universal Unity or to distinguish himself from it. 'The means he has of merging with it or distinguishing himself from it, of drawing closer to it or moving further from it, resides entirely in his will, which, through the use it makes of the instruments furnished it by the body, the soul, and the spirit, instinctifies or brutalizes itself, renders itself virtuous or vicious, wise or ignorant, and puts itself in a state to perceive with more or less energy, to know and to judge with more or less rectitude what is good, beautiful, and just in sensation, feeling, or assent; to distinguish with more or less force and light good and evil; and, finally, never to be mistaken as to what is truly pleasure or pain, love or hatred, truth or error.
3'Man, such as I have just depicted him, according to the idea Pythagoras had conceived of him, placed under the dominion of Providence, between the past and the future, endowed with a will free by its essence and inclining to virtue or vice of its own motion — Man, I say, must know the source of the misfortunes he necessarily undergoes and, far from accusing that same Providence which dispenses good and evil to each according to his merit and his prior actions, must blame only himself if he suffers as an inevitable consequence of his past faults; for Pythagoras admitted several successive existences, and maintained that the present that strikes us, and 202 — the future that threatens us, are only the expression of the past that was our own work in earlier times. He said that most men lose, on returning to life, the memory of these past existences; but that he himself owed to a particular favor of the Gods the preservation of that memory. 'Thus, according to his doctrine, this fatal necessity of which Man never ceases to complain is one he himself created through the use of his will; he travels, as he advances through time, the road he has already traced out for himself; and, according to whether he modifies it for good or for ill, according to whether he sows in it, so to speak, his virtues and his vices, he will find it gentler or more painful when the time comes to travel it once more.' h
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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