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1Quel plus beau sujet de recherches pour le penseur que celui de l’origine des langues humaines? Il est curieux de voir deux hommes d’une pénétration et d’une érudition remarquables, Claude de Saint-Martin, le philosophe inconnu, et Fabre d’Olivet1, arriver par des voies différentes à des conclusions presque identiques au sujet de cette importante question. Tous deux se révoltent contre le système des sensualistes, repris dans ces derniers temps par les positivistes, affirmant que les langues sont le résultat arbitraire des caprices humains, et tous deux ont été conduits dans leur étude parla connaissance profonde de la langue hébraïque. Qui faut-il croire? Ceux qui ne savent à peine qu’une ou deux langues modernes sans connaître leurs origines, ou ceux qui se sont élevés par l’étude de toutes les langues antiques jusqu’à la connaissance des trois langues mères, le Chinois, le Sanscrit et l’Hébreu2, ceux qui de l’origine des races humaines proclament l’existence d’une RAISON élevée? « De quelque manière que l’on envisage l’origine du genre humain, le germe radical de la pensée n’a pu lui être transmis que par un signe, et ce signe suppose une idée mère3.
2« Oui, si je ne suis point trompé par la faiblesse de mon talent, je ferai voir que les mots qui composent les langues, en général, et ceux de la langue hébraïque en particulier, loin d’être jetés au hasard et formés par l’explosion d’un caprice arbitraire, comme on l’a prétendu, sont, au contraire, produits par une raison profonde; je 1. Fabre d’Olivet, Lang., hêb. rest. Voy. aussi Claude de Saint-Martin, le Crocodile. 2. Fabre d’Olivet, Lang. héb. rest., Dissertation, introd. 3. Saint-Martin, les Signes et les Idées (dans le Crocodile). 27 prouverai qu’il n’en est pas un seul qu’on ne puisse, au moyen d’une analyse grammaticale bien faite, ramener à des éléments fixes, d’une nature immuable pour le fond, quoique variable à l’infini pour la forme. « Ces éléments, tels que nous pouvons les examiner ici, constituent cette partie du discours à laquelle j’ai donné le nom de Signe. Ils comprennent, je l’ai dit, la voix, le geste et les caractères tracés1. « Remontons encore plus haut et nous allons voir l’origine de ces Signes : « J’ai désigné comme éléments de la Parole la voix, le geste et les caractères tracés ; comme moyens, le son, le mouvement et la lumière ; mais ces éléments et ces moyens existeraient vainement, s’il n’existait pas en même temps une puissance créatrice, indépendante d’eux, qui se trouve intéressée à s’en emparer et capable de les mettre en œuvre. Cette puissance, c’est la Volonté.
3« Je m’abstiens de nommer son principe ; car outre qu'il serait difficilement conçu, ce n’est pas ici le lieu d’en parler. Mais l’existence de la Volonté ne saurait être niée, même parle sceptique le plus déterminé, puisqu’il ne pourrait la révoquer en doute sans le vouloir, et par conséquent sans la reconnaître. « Or, la voix articulée, et le geste affirmatif ou négatif, ne sont et ne peuvent être que l’expression de la Volonté. C’est elle, c’est la Volonté, qui, s’emparant du son et du mouvement, les force à devenir ses interprètes, et à réfléchir au dehors ses affections intérieures. « Cependant si la Volonté est une, toutes ses affections, quoique diverses, doivent être identiques, c’est-à-dire être respectivement les mêmes pour tous les individus qui les '. Fabre d’OIivet, la Lang. hèb. restituée. 419 —
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1What finer subject of research could there be for the thinker than the origin of human languages? It is curious to see two men of remarkable penetration and erudition, Claude de Saint-Martin, the Unknown Philosopher, and Fabre d'Olivet1, arrive by different paths at almost identical conclusions on this important question. Both rebel against the system of the sensationalists, taken up again in these latter times by the positivists, who affirm that languages are the arbitrary result of human caprice, and both were led in their study by a profound knowledge of the Hebrew language. Whom are we to believe? Those who scarcely know one or two modern languages without knowing their origins, or those who have risen, through the study of every ancient language, to the knowledge of the three mother tongues, Chinese, Sanskrit, and Hebrew2, those who, from the origin of the human races, proclaim the existence of an elevated REASON? "In whatever manner one considers the origin of the human race, the radical germ of thought could only have been transmitted to it by a sign, and this sign presupposes a mother idea3.
2"Yes, if I am not deceived by the weakness of my own talent, I shall show that the words composing languages in general, and those of the Hebrew language in particular, far from being thrown together at random and formed by the explosion of an arbitrary caprice, as has been claimed, are, on the contrary, produced by a profound reason; I 1. Fabre d'Olivet, Lang. hêb. rest. See also Claude de Saint-Martin, le Crocodile. 2. Fabre d'Olivet, Lang. héb. rest., Dissertation, introd. 3. Saint-Martin, les Signes et les Idées (in le Crocodile). 27 shall prove that there is not one of them that cannot, by means of a properly conducted grammatical analysis, be traced back to fixed elements, of an immutable nature as to substance, though infinitely variable as to form. "These elements, such as we may examine them here, constitute that part of discourse to which I have given the name of Sign. They comprise, as I have said, the voice, the gesture, and the traced characters1. "Let us go back further still, and we shall see the origin of these Signs: "I have designated as elements of Speech the voice, the gesture, and the traced characters; as means, sound, movement, and light; but these elements and these means would exist in vain, if there did not exist, at the same time, a creative power, independent of them, which finds it in its interest to seize upon them and is capable of putting them to work. This power is the Will.
3"I refrain from naming its principle; for besides that it would be difficult to conceive, this is not the place to speak of it. But the existence of the Will cannot be denied, even by the most determined skeptic, since he could not call it into doubt without willing to, and consequently without acknowledging it. "Now, the articulated voice, and the affirmative or negative gesture, are and can only be the expression of the Will. It is the Will that, seizing upon sound and movement, forces them to become its interpreters, and to reflect outwardly its inner affections. "However, if the Will is one, all its affections, though diverse, must be identical, that is, must be respectively the same for all the individuals who '. Fabre d'Olivet, la Lang. hêb. restituée. 419 —
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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