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1240 Différence entre les Etres pensants. fester par eux-mêmes sa nouveauté continuelle, & faire connoître par-là d'autant plus sa fécondité. Mais , loin que ces différences eussent produit une imperfection , ni causé des peines & des humiliations parmi les hommes , aucun d'eux ne s'en fut seulement apperçu ; trop occupés à jouir, ils n'auroient pas eu le loisir de comparer , & quoique les mesures de leurs facultés n'eussent pas été égales , elles auroient chacune satisfait abondamment ceux à qui elles auroient été réparties. Dans l'état actuel de l'homme, au contraire , outre ces mêmes inégalités originelles qui ont toujours lieu , il est sujet à celles qui proviennent des Loix delà région sensible qu'il habite; ce qui rend bien plus pénible encore l'exercice de ses facultés premières , & en multiplie à l'infini les différences. Cependant , n'étant point condamné à la mort , ou à la privation perpé^ nielle de ces mêmes facultés premières , la région élémentaire ne fait que lui présenter un obstacle de plus , & il a toujours l'obligation indispensable de travailler à la surmonter; enfin aujourd'hui , comme dans son premier état , la mesure de ses dons seroit suffisante , s'il avoit toujours la ferme résolution de les employer à son profit. Mais qui ne sait que loin de tirer avantage de ces obstacles, & de les faire tourner à sa gloire,
2Différence entre les Etres pensants. 141 gloire » l'homme les augmente encore par l'usage faux de sa volonté , par les générations irrégulieres , par l'ignorance où il s'enfonce tous les jours sur les choses qui lui conviennent, ou qui lui sont contraires , ainsi que par une multitude d'autres causes qui occasionnent sans cesse le dépérissement de ces mêmes facultés , & qui les dénaturent au point de les rendre presque méconnoissables. Aussi , dans cet état de dégradation ou l'homme se laisse entraîner , il perd la véritable notion des privilèges qui lui appartiennent , son cœur se vuide , & ne connoissant plus ses vraies jouissances , il se rabaisse , & ne s'estime plus que sur des différences conventionnelles, qui n'existent que dans sa volonté déréglée , mais auxquelles il s'attache avec d'autant plus d'ardeur , qu'ayant laissé échapper son seul appui , il n'a plus rien qui le soutienne. Cependant , malgré ces différences originelles , multipliées encore , soit par les écueils de la région sensible , soit par les vicieuses habitudes des hommes , pourrons-nous jamais dire que l'homme ait changé de nature , pendant que nous avons vu que les Etres corporels mêmes ne sauraient en changer , malgré la multitude des révolutions , auxquelles leur propre Loi & la main de l'homme peuvent les assujettir ? Or , s'il est de la nature & de l'essence des Q, . hommes 141 Tribut imposé à V Homme.
3hommes d'avouer un Etre supérieur , & de sentir qu'étant attachés à la région sensible , il doit y avoir un moyen sensible de lui faire parvenir leurs hommages, il est certain que , malgré tous leurs égarements, la Loi ne sauroit jamais varier pour eux. Ils pourront rendre leur tâche plus longue & plus difficile, comme ils le font en effet tous les jours par leur aveuglement 5c leur imprudence , mais ils ne se dispenseront jamais de l'obligation de la remplir. Soit que l'un se trouve plus chargé q'ue l'autre par sa nature, soit qu'il le devienne par sa propre faute, il faudra néanmoins que le tribut de chacun se paie , & ce tribut n'est autre chose , de la part de l'homme , que le sentiment, l'aveu & le juste emploi des facultés qui le constituent. Alors , quelque défiguré que soit l'homme , nous devons toujours trouver en lui sa Loi première, puisque sa nature est toujours la même ; nous devons toujours le trouver semblable à l'Etre qui lui communique la pensée, puisque cette pensée ne peut correspondre qu'entre des Etres de même nature ; nous devons , dis-je , le reconnoître comme inséparablement lié à l'idée de son Principe, & à celle des devoirs qui l'attachent à lui , puisqu'étant convenus que ces idées sont universelles parmi les hommes , nous n'avons pas pu nier qu'elles ne naissent & qu'elles ne vivent perpétuellement avec eux. C'est
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1240 Difference between Thinking Beings. -fest, of themselves, its continual newness, and thereby make known all the more its fecundity. But, far from these differences having produced any imperfection, or caused any pains and humiliations among men, none of them would even have perceived it; too occupied with enjoyment, they would not have had the leisure to compare, and though the measures of their faculties were not equal, each would have abundantly satisfied those to whom it had been allotted. Within the present state of man, on the contrary, besides these same original inequalities, which always take place, he is subject to those that proceed from the Laws of the sensible region he inhabits; which renders still more painful the exercise of his first faculties, and multiplies their differences infinitely. Yet, not being condemned to death, or to the perpetual privation of these same first faculties, the elemental region does nothing but present to him one obstacle more, and he always has the indispensable obligation to labor to overcome it; finally, today, as within his first state, the measure of his gifts would be sufficient, had he always the firm resolve to employ them to his profit. But who does not know that, far from drawing advantage from these obstacles, and from making them turn to his glory,
2Difference between Thinking Beings. 141 glory, man further increases them by the false use of his will, by irregular generations, by the ignorance into which he sinks every day concerning the things that suit him, or that are contrary to him, as well as by a multitude of other causes that unceasingly occasion the decay of these same faculties, and that distort them to the point of rendering them almost unrecognizable. Thus, within this state of degradation into which man lets himself be drawn, he loses the true notion of the privileges that belong to him, his heart empties itself, and, no longer knowing his true enjoyments, he debases himself, and no longer esteems himself except upon conventional differences, which exist only within his disordered will, but to which he clings with all the more ardor, since, having let his sole support escape him, he has nothing left to sustain him. Yet, despite these original differences, multiplied still further, whether by the pitfalls of the sensible region, or by the vicious habits of men, can we ever say that man has changed his nature, while we have seen that bodily Beings themselves cannot change theirs, despite the multitude of revolutions to which their own Law and the hand of man can subject them? Now, if it is of the nature and of the essence of Q, . men 141 Tribute Imposed upon Man.
3men to acknowledge a superior Being, and to feel that, being attached to the sensible region, there must be some sensible means of conveying to it their homage, it is certain that, despite all their errings, the Law can never vary for them. They can render their task longer and more difficult, as they indeed do every day through their blindness 5c and their imprudence, but they will never dispense themselves from the obligation of fulfilling it. Whether the one finds himself more burdened than the other by his nature, or whether he becomes so through his own fault, the tribute of each will nevertheless have to be paid, and this tribute is nothing else, on the part of man, than the sentiment, the acknowledgment, and the just employment of the faculties that constitute him. Then, however disfigured man may be, we must always find within him his first Law, since his nature is always the same; we must always find him similar to the Being that communicates thought to him, since this thought can correspond only between Beings of the same nature; we must, I say, recognize him as inseparably bound to the idea of his Principle, and to that of the duties that attach him to it, since, having agreed that these ideas are universal among men, we have not been able to deny that they are born and that they live perpetually with them. It is
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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