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1Du Rapport des Peines aux Crimes. 347 Justice, & pour leur faire concevoir que le moirw dre des Actes réfractaires à la Loi , ne pouvoit demeurer impuni. C'est dans cette vue, que quelques-uns d'eux ont mis des punitions jusques sûr les bêtejs. Toutes ces observations nous apprennent de nouveau , que l'homme ne peut trouver dans lui , ni le droit de condamner son semblable , ni celui d'en exécuter la condamnation. Mais , quand ce droit seroit réellement de l'essence des hommes qui gouvernent , ou qui sont employés au maintien de la Justice criminelle dans les Gouvernements , ainsi qu'ils en sont tous persuadés, il resteroit toujours à décider une question bien plus difficile encore , ce seroit de savoir comment ils trouveront une règle sûre pour diriger leurs Jugements, & pour appliquer les peines avec justesse , en les proportionnant exactement à l'étendue & à la nature des crimes; toutes choses sur lesquelles la Justice criminelle est aveugle , incertaine , & n'a presque jamais pour guide que le préjugé régnant , le génie , ou la volonté du Législateur. Il est des Gouvernements , qui , sentant leur profonde ignorance , ont eu la bonne foi d'en convenir , & ont sollicité les conseils des hommes éclairés sur ces matières. Je loue leur zèle d'avoir pris sur eux de faire de pareilles démarches ; mais je ne crains point de leur assurer
23 46 Du Rapport des Peines aux Crimes. rer qu'en vain en espéreront-ils des lumières satisfaisantes , tant qu'ils n'iront les chercher que dans l'opinion & l'intelligence de l'homme , & qu'ils ne se sentiront pas le courage , ni la résolution d'aller eux-mêmes les puiser dans leur vraie source. Car les plus célèbres des Politiques & des Jurisconsultes n'ont point encore éclairci cette difficulté ; ils ont pris les Gouvernements tels qu'ils étoient ; ils ont admis, comme le Vulgaire , que la base en étoit réelle , & que la science & le droit de punir étoient dans l'homme ; ensuite ils se sont épuisés en recherches pour asseoir un Edifice solide sur ce fondement ; mais , comme on ne peut plus douter qu'ils ne bâtissent sur une supposition , il est clair que les Gouvernements qur veulent s'instruire, doivent s'adresser à d'autres Maîtres. Je ne décide donc point quelles sont les peines qui conviennent à chaque crime, je prétends , au contraire , qu'il n'est pas possible à l'homme de jamais rien statuer d'absolument fixe sur ces objets , parce que n'y ayant pas deux crimes égaux , si la même peine est prononcée , il en résulte certainement une injustice. Mais la simple raison de l'homme doit au moins lui enseigner à ne chercher la punition du coupable, que dans l'objet & l'ordre qui ont été blessés , & à ne pas les prendre dans une autre classe j Des Codes Criminels. 347
3classe, laquelle n'ayant point de rapport avec le sujet du délit , se trouverait blessée à son tour , sans que le délit en fût réparé. Voilà pourquoi la Justice humaine est si foible & si horriblement défectueuse , en ce que tantôt son pouvoir est nul , comme dans le suicide & dans les crimes qui lui sont cachés v tantôt ce pouvoir n'agit qu'en violant l'analogie qui devroit la guider sans cesse , comme il arrive dans toutes les peines corporelles, qu'elle prononce pour des crimes qui n'attaquent point les personnes , & qui ne tombent que sur les possessions. Lors même qu'elle paroît observer le plus cette analogie , & qu'elle semble à cet égard conserver une sorte de lumière , cette Justice humaine est encore infiniment fautive , en ce qu'elle n'a qu'un très-petit nombre de punitions à infliger dans chaque classe, pendant que dans chacune de ces classes, les crimes sont sans nombre & toujours différents. Voilà aussi pourquoi les Loix criminelles écrites sont un des plus grands vices des Etats, parce que ce sont des Loix mortes , & qui demeurent toujours les mêmes, tandis que le crime croît & se renouvelle à tous les instants. Le talion en est presque entièrement banni, & en effet, elles n'en peuvent presque jamais remplir humainement toutes les clauses , soit qu'elles ne connoissent pas toujours 348 Des Tortures.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1Of the Relation of Punishments to Crimes. 347 Justice, and to make them conceive that the least of Acts refractory to the Law could not remain unpunished. It is with this view that some of them have set punishments even upon beasts. All these observations teach us anew that man can find within himself neither the right to condemn his fellow, nor that of executing the condemnation. But, were this right really of the essence of the men who govern, or who are employed in the maintenance of criminal Justice within Governments, as they are all persuaded it is, there would still remain to decide a question far more difficult still, which would be to know how they shall find a sure rule to direct their Judgments, and to apply penalties with accuracy, in proportioning them exactly to the extent and to the nature of crimes; all things upon which criminal Justice is blind, uncertain, and has almost never for guide anything but the reigning prejudice, the genius, or the will of the Legislator. There are Governments which, feeling their profound ignorance, have had the good faith to admit it, and have solicited the counsel of men enlightened upon these matters. I praise their zeal for having taken it upon themselves to make such approaches; but I do not fear to assure them
23 46 Of the Relation of Punishments to Crimes. that it is in vain that they shall hope for satisfying enlightenment, so long as they seek it only within the opinion and the intelligence of man, and so long as they do not feel the courage, nor the resolve, to go themselves to draw it from its true source. For the most celebrated of the Politicians and of the Jurists have not yet clarified this difficulty; they have taken Governments as they were; they have admitted, like the Vulgar, that their base was real, and that the science and the right of punishing were within man; then, they have exhausted themselves in researches to lay a solid Edifice upon this foundation; but, as one can no longer doubt that they are building upon a supposition, it is clear that Governments wishing to instruct themselves must address themselves to other Masters. I do not, then, decide what punishments are fitting for each crime; I claim, on the contrary, that it is not possible for man ever to establish anything absolutely fixed upon these objects, because, there being no two equal crimes, if the same penalty is pronounced, an injustice certainly results from it. But the simple reason of man ought, at least, to teach him to seek the punishment of the guilty only within the object and the order that have been wounded, and not to take them from another class, Of Criminal Codes. 347
3class, which, having no relation to the subject of the offense, would find itself wounded in its turn, without the offense being repaired by it. This is why human Justice is so weak and so horribly defective, in that sometimes its power is null, as within suicide and within crimes hidden from it; sometimes this power acts only by violating the analogy that ought always to guide it, as happens within all bodily punishments it pronounces for crimes that do not attack persons, and that fall only upon possessions. Even when it appears to observe this analogy the most, and seems, in this respect, to preserve a sort of light, this human Justice is still infinitely faulty, in that it has but a very small number of punishments to inflict within each class, while, within each of these classes, crimes are without number and always different. This is also why written criminal Laws are one of the greatest vices of States, because they are dead Laws, which remain always the same, while crime grows and renews itself at every instant. Retaliation is almost entirely banished from them, and, indeed, they can almost never fulfill humanely all their clauses, whether because they do not always 348 Of Tortures.
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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