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1Mais ces points n'ont été que trop détaillés , je dois seulement engager les hommes à évaluer ce qui les environne, & nullement leur communiquer des connoissances qui ne peuvent être que le prix de leurs désirs & de leurs efforts. Dans cette vue , je terminerai promptement ce que j'ai à dire sur les deux mesures sensibles de la Musique. Pour savoir laquelle de ces deux mesures est employée dans un morceau de Musique quelconque , il faut attendre nécessairement que la première mesure soit remplie ; ou ce qui est la même chose , que la seconde mesure soit commencée; ce n'est qu'alors que l'oreille est fixée, & qu'elle sent sur quel nombre elle peut s'appuyer. Car, tant qu'une mesure n'est pas complétée de cette manière, on ne peut jamais savoir quel sera son nombre, puisqu'il est possible de toujours ajouter des temps à ceux qui ont précédé. N'est-ce pas alors nous montrer dans la Nature même, cette vérité si rebattue, que les propriétés des choses sensibles ne sont pas fixes , mais seulement relatives , & qu'elles ne se soutiennent que les unes par les autres. Car sans cela , une seule de leurs actions en se manifestant, porterait son vrai caractère avec elle, & n'attendroit pas , pour se faire connoître , qu'on la comparât. Telle
2De ta Mesure intellectuelle. 529 Telle est donc l'infériorité de la Musique artificielle & de toutes les choses sensibles, qu'elles ne renferment que des actions passives , & que leur mesure, quoique déterminée en elle-même, ne peut nous être connue que relativement aux autres mesures avec lesquelles on en fait la comparaison. Parmi les choses d'un ordre plus élevé & absolument hors du sensible , cette mesure s'annonce sous des traits plus nobles ; là , chaque Etre ayant son action à lui, possède aussi dans ses Loix une mesure proportionnée à cette action , mais en même temps comme chacune de ces actions est toujours nouvelle, & toujours différente de celle qui la précède & de celle qui la suit, il est aisé de voir que la mesure qui les accompagne ne peut jamais être la même , & qu'ainsi ce n'est pas dans cette classe qu'il faut chercher cette uniformité de mesure qui règne dans la Musique & dans les choses sensibles, Dans la Nature périssable , tout est dans la dépendance, 5c n'annonce qu'une exécution aveugle, qui n'est autre chose que l'assemblage forcé de plusieurs agents soumis à la même loi , lesquels concourant toujours au même but & de la même manière, ne peuvent produire qu'un résultat uniforme , quand ils n'éprouvent point de dérangement ni d'obstacles à l'accomplissement de leur action. Ll Dans ç 3° Des Œuvres de l'Homme.
3Dans la Nature impérissable , au contraire , tout est vivant , tout est simple , & dès-lors chaque action porte toutes ses Loix avec elle. C'est-à-dire, que l'action supérieure règle ellemême sa mesure, au lieu que c'est la mesure qui règle l'action inférieure , ou celle de la Matière & de toute la Nature passive. 11 ne faut rien de plus pour sentir la différence infinie qu'il doit y avoir entre la Musique artificielle, & l'expression vivante de cette Langue vraie que nous annonçons aux hommes comme le plus puissant des moyens destinés à les rétablir dans leurs droits. Qu'ils apprennent donc ici à distinguer cette Langue unique & invariable , de toutes les productions factices qu'ils mettent continuellement à sa place : l'une portant ses Loix avec elle-même, n'en a jamais que de justes & de conformes au Principe qui les emploie; les autres sont enfantées par l'homme pendant qu'il est dans les ténèbres , & qu'il ne sait si ce qu'il fait convient ou non à ce Principe supérieur dont il est séparé & qu'il ne connoît plus. Alors quand il verra varier les ouvrages de ses mains , & se multiplier à l'infini les abus qu'il fait des Langues , tant dans l'usage de la Parole que dans celui de l'Ecriture & de la Musique ; quand il verra naître & périr successivement toutes les Langues humaines ; quand il verra
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1But these points have been detailed only too much already; I need only urge men to appraise what surrounds them, & by no means to convey to them knowledge which can only be the reward of their desires & their efforts. With this in view, I shall promptly conclude what I have to say on the two sensible measures of Music. To know which of these two measures is employed in any given piece of Music, one must necessarily wait until the first measure is completed; or, what amounts to the same thing, until the second measure has begun; it is only then that the ear becomes fixed, & feels on what number it can rely. For, so long as a measure is not completed in this way, one can never know what its number will be, since it is possible always to add beats to those that have preceded. Is this not, then, to show us within Nature itself that so well-worn truth, that the properties of sensible things are not fixed, but only relative, & that they sustain themselves only one by the other. For without this, a single one of their actions, in manifesting itself, would bear its true character with it, & would not wait, in order to make itself known, to be compared. Such
2Of intellectual Measure. 529 Such, then, is the inferiority of artificial Music & of all sensible things, that they contain only passive actions, & that their measure, though determined in itself, can be known to us only relatively to the other measures with which it is compared. Among things of a higher order, & absolutely beyond the sensible, this measure announces itself under nobler traits; there, each Being, having its own action, also possesses in its Laws a measure proportioned to that action, but at the same time, as each of these actions is always new, & always different from the one which precedes it & from the one which follows it, it is easy to see that the measure which accompanies them can never be the same, & that thus it is not in this class that one must seek that uniformity of measure which reigns in Music & in sensible things. In perishable Nature, everything is in dependence, 5c announces only a blind execution, which is nothing other than the forced assemblage of several agents subject to the same law, which, always concurring toward the same end & in the same manner, can produce only a uniform result, when they experience no disturbance nor obstacles to the accomplishment of their action. Ll In ç 3° Of the Works of Man.
3In imperishable Nature, on the contrary, everything is living, everything is simple, & henceforth each action bears all its Laws within itself. That is to say, that the superior action regulates its own measure, instead of it being the measure which regulates the inferior action, or that of Matter & of all passive Nature. 11 nothing more is needed to feel the infinite difference there must be between artificial Music, & the living expression of that true Language which we announce to men as the most powerful of the means destined to restore them to their rights. Let them learn, then, here to distinguish this single & invariable Language from all the artificial productions which they continually put in its place: the one, bearing its Laws within itself, never has any but just ones & ones conformable to the Principle which employs them; the others are engendered by man while he is in darkness, & does not know whether what he does is fitting or not to that superior Principle from which he is separated & which he no longer knows. Then, when he sees the works of his hands vary, & the abuses he makes of Languages multiply infinitely, as much in the use of Speech as in that of Writing & of Music; when he sees all human Languages arise & perish successively; when he sees
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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