Fetching
One moment.
Fetching
One moment.
1498 Des Caractères de l'écriture. caractères de la langue vraie, & leur énorme variété qui a introduit dans les langues humaines une diversité si grande, que peu d'entr'elles se servent des mêmes signes , & .que celles qui s'accordent sur ce point, varient encore sur leur quantité, en admettant ou en rejetant quelques signes, chacune selon son idiome & son génie particulier. Mais, de même que les caractères de la vraie langue sont aussi multipliés que les Etres renfermés dans la Nature , de même il est aussi certain que nul de ces caractères ne peut prendre son origine que dans cette même Nature , & que c'est dans elle où ils puisent tout ce qui sert à les distinguer , puisque hors d'elle , il n'y a rien de sensible. C'est ce qui fait aussi que malgré la variété des caractères que les langues humaines emploient , elles ne peuvent jamais sortir de ces mêmes bornes , 6c que c'est toujours dans des lignes & dans des figu^ res , qu'elles sont obligées de prendre tous les signes de leur convention ; ce qui prouve d'une manière évidente que les hommes ne peuvent rien inventer. Nous nous convaincrons de tout ceci par quelques observations sur l'art de la Peinture, que l'on peut regarder comme ayant pris naissance dans les caractères de la langue en question , ainsi que la Poésie humaine l'avoit prise dans son expression verbale, s'a De la Peinture. 49 y
2S'il est certain que cette langue e^j unique, & aussi ancienne que le temps , on ne peuc douter que les caractères qu'elle emploie 9 n'aient été les premiers modèles. Les hommes qui se sont attachés à l'étudier , ont eu souvent besoin de soulager leur mémoire par des notes & par des copies. Or, c'est dans ces copies qu'il falloit la plus grande précision, puisque dans cette multitude de caractères qui ne sont distingués quelquefois que par la plus légère différence, il est constant que la moindre altération pouvoit les dénaturer & les confondre. On doit sentir que si les hommes eussent été sages, ils n'auroient pas fait d'autre usagejeWLtpeinture, & même pour l'intérêt de cet Àst * ils eussent été heureux de s'en tenir à l'imitation & à la copie de ces premiers caractères ; car s'ils sonc avec raison si délicats sur le choix des modèles , où ^pouvoient-iis en trouver de plus vrais & de plus. réguliers que ceux: qui exprimoient la nature même des choses ? S'ils sont si recherchés sur la qualité & l'emploi des couleurs , où pouvoient-ils mieux s'adresser qu'à des formes qui portoient chacune leur couleur propre? Enfin, s'ils désirent des tableaux durables, comment pouvoient-ils y mieux réussir qu'en les copiant d'après des objets toujours neufs , & dont ils peuvent à tout moment faire comparaison avec leurs productions? I i z Mais çoo De la Peinture.
3Mais la même imprudence qui avoit éloigné l'homme de son Principe , l'a encore éloigné des moyens qui lui sont accordés pour y retourner ; il a perdu sa confiance dans ces guides vrais & lumineux , qui secondant son intention pure , l'auroient sûrement ramené à son but. Il n'a plus cherché ses modèles dans des objets utiles & salutaires , & dont il eût pu continuellement recevoir les secours , mais dans des formes passagères 5c trompeuses , qui ne lui offrant que des traits incertains & des couleurs changeantes , l'exposent tous les jours à varier sur ses propres principes & à mépriser ses ouvrages. * C'est ce qui lui arrive journellement, en se proposant, comme il fait, d'imiter des quadrupèdes , des reptiles & autres animaux , de même que tous les autres Etres dont il est environné ; parce que cette occupation, tout innocente & tout^ agréable qu'elle soit en ellemême , accoutume l'homme à fixer les yeux sur ce qui lui est étranger, & lui fait perdre non seulement la vue , mais l'idée même de ce qui lui est propre ; c'est-à-dire , que les objets que l'homme s'occupe à représenter aujourd'hui, ne sont que l'apparence de ceux qu'il devroit étudier tous les jours ; & la copie qu'il en fait devant , selon tous les Principes établis, être encore inférieure à sqs modèles , il en résulte que la De la Peinture. 50 1 la Peinture actuellement en usage y n'est autre chose que l'apparence de l'apparence.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1498 Of the Characters of Writing. characters of the true language, and their enormous variety, that has introduced within human languages a diversity so great, that few among them use the same signs, and that those that agree upon this point vary still upon their quantity, in admitting or in rejecting some signs, each according to its own idiom and its particular genius. But, just as the characters of the true language are as multiplied as the Beings enclosed within Nature, likewise it is equally certain that none of these characters can take its origin except within this same Nature, and that it is within her that they draw everything that serves to distinguish them, since, beyond her, there is nothing sensible. This is also why, despite the variety of characters human languages employ, they can never go beyond these same bounds, 6c and it is always within lines and within figures that they are obliged to take all the signs of their convention; which proves, in an evident manner, that men can invent nothing. We shall convince ourselves of all this through some observations upon the art of Painting, which can be regarded as having taken birth within the characters of the language in question, just as human Poetry had taken its birth within its verbal expression, is Of Painting. 49 y
2If it be certain that this language is unique, and as ancient as time, it cannot be doubted that the characters it employs 9 have been the first models. Men who have devoted themselves to studying it have often needed to relieve their memory with notes and with copies. Now, it was within these copies that the greatest precision was needed, since, within this multitude of characters, sometimes distinguished only by the slightest difference, it is certain that the least alteration could distort them and confound them. It must be felt that, had men been wise, they would have made no other use of painting, and, even for the interest of this Art, they would have been happy to confine themselves to the imitation and to the copying of these first characters; for, if they are, with reason, so particular upon the choice of their models, where could they have found any truer or more regular than those that expressed the very nature of things? If they are so particular upon the quality and upon the use of colors, where could they better have addressed themselves than to forms that each bore their own proper color? Finally, if they desire durable pictures, how could they better succeed in it than by copying them from objects always new, and with which they can, at every moment, make comparison with their productions? I i z But
3But the same imprudence that had removed man from his Principle has likewise removed him from the means granted him to return there; he has lost his confidence within those true and luminous guides, which, seconding his pure intention, would surely have brought him back to his purpose. He has no longer sought his models within useful and salutary objects, from which he might have continually received aid, but within passing 5c and deceptive forms, which, offering him nothing but uncertain traits and changing colors, expose him, every day, to varying upon his own principles, and to despising his works. This is what happens to him daily, in proposing to himself, as he does, to imitate quadrupeds, reptiles, and other animals, as well as all the other Beings by which he is surrounded; because this occupation, however innocent and however agreeable it may be in itself, accustoms man to fixing his eyes upon what is foreign to him, and makes him lose not only the sight, but even the idea, of what is proper to him; that is to say, that the objects man now occupies himself with representing are but the appearance of those he ought to study every day; and, the copy he makes of them, having to be, according to all the established Principles, still inferior to their models, it results from this that the Of Painting. 50 1 the Painting now in use is nothing other than the appearance of the appearance.
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
No commentary for this page.