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1Des Productions intellectuelles. 489 Mais j'en ai déjà trop dit sur un objet qui n'est qu'accessoire à mon plan ; je reviens à l'examen que j'ai commencé sur les rapports qui se trouvent entre la langue unique & universelle , & les différentes productions intellectuelles de l'homme. De quelque espèce que soient ces productions , nous pouvons les réduire à deux classes auxquelles toutes les autres ressortiront , parce que dans tout ce qui existe , ne pouvant y avoir que de l'intellectuel & du sensible , tout ce que l'homme sauroit produire , n'aura jamais que l'une ou l'autre de ces deux parties pour objet. Et en effet, tout ce que les hommes imaginent & produisent journellement en ce genre, se br r> e à instruire ou à émouvoir , à raisonner ou à toucher ; il leur est absolument impossible de dire & de manifester quelque chose hors d'eux-mêmes qui n'ait pour but l'un ou l'autre de ces deux points ; & quelques divisions que Ion fasse des productions intellectuelles des hommes , Ton verra toujours qu'ils se proposent ou d'éclairer , & d'amener à la connoissance de Vérités quelconques , ou de subjuguer l'homme intellectuel par le sensible , & de lui faire éprouver des situations , dans lesquelles n'étant plus le maître de lui-même , il soit au pouvoir de la voix qui lui parle > & suive aveuglément le charme bon ou mauvais qui l'entraîne. Nous 45 o Des Productions intellectuelles*
2Nous attribuerons à la première Classe tous les ouvrages de raisonnement , ou en générai tout ce qui ne devroit procéder que par axiomes , & tout ce qui se borne à établir des faits. Nous attribuerons à la seconde tout ce qui a pour but de faire sur le cœur de l'homme des impressions de quelque genre que ce soit , & de l'agiter n'importe dans quel sens. Or , dans l'une ou l'autre de ces classes , quel est l'objet du désir des Compositeurs? N'est-ce pas de montrer leur sujet sous des faces si lumineuses ou si séduisantes , que celui qui les contemple ne puisse en contester la vérité , ni résister à la force & aux attraits des moyens dont on fait usage pour le charmer ? Quelles ressources emploient-ils pour cela ? Ne mettent-ils pas tous leurs soins à se rapprocher de la nature même de l'objet qui les occupe ? Ne tâchent-ils pas de remonter jusqu'à sa source, de pénétrer jusques dans son essence? En un mot, tous leurs efforts ne tendent-ils pas à si bien faire accorder l'expression avec ce qu'ils conçoivent , & à la rendre si naturelle & si vraie, qu'ils soient assurés de faire effet sur leurs semblables, comme si l'objet même étoit en leur présence? Ne sentons-nous pas nous-mêmes plus ou moins ce violent effet sur nous , selon que le Compositeur approche plus ou moins de son but? Cet effet n'est-il pas général, & n'y a-t-il pas Des Productions intellectuelles. 49 1 pas en ce genre des beautés qui sont telles par toute la Terre ?
3C'est donc là pour nous l'image des facultés de cette véritable langue dont nous traitons , & c'est dans les œuvres mêmes des hommes & dans leurs efforts, que nous trouvons les traces de tout ce qui a été dit sur la justesse & la force de son expression, ainsi que sur son universalité. 11 ne faut point s'arrêter à cette inégalité d'impressions qui résulte de la différence des idiomes & des langues conventionnelles établies parmi les différents Peuples; comme cette différence de langage n'est qu'une défectuosité accidentelle, & non pas de nature ; que d'ailleurs l'homme peut parvenir à l'effacer en se familiarisant avec les idiomes qui lui sont étrangers , elle ne pourroit rien faire contre le principe , & je ne crains point de dire que toutes les langues de la Terre sont autant de témoignages qui le confirment. Quoique j'aie réduit à deux classes les productions verbales des facultés intellectuelles de l'homme, je ne perds pas de vue néanmoins la multitude de branches & de subdivisions dont elles sont susceptibles , tant par le nombre des objets différents qui sont du ressort de notre raisonnement , que par l'infinité de nuances que nos affections sensibles peuvent recevoir. Sans en faire l'énumération, ni les examiner chacune 49 1 De la Poésie.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1Of Intellectual Productions. 489 But I have already said too much upon an object that is only accessory to my plan; I return to the examination I have begun concerning the relations found between the unique and universal language, and the different intellectual productions of man. Of whatever species these productions may be, we can reduce them to two classes to which all the others will be subordinate, because, within everything that exists, there being able to be only the intellectual and the sensible, everything man could produce will never have for object anything but the one or the other of these two parts. And, indeed, everything men imagine and produce daily of this kind confines itself to instructing or to moving, to reasoning or to touching; it is absolutely impossible for them to say or to manifest anything outside themselves that does not have for purpose the one or the other of these two points; and, whatever divisions may be made of the intellectual productions of men, it will always be seen that they propose either to enlighten, and to bring to the knowledge of some Truths whatsoever, or to subjugate intellectual man through the sensible, and to make him experience situations within which, no longer being master of himself, he is at the power of the voice that speaks to him, and blindly follows the charm, good or bad, that carries him away. We 45 o Of Intellectual Productions.
2We shall attribute to the first Class all the works of reasoning, or, in general, everything that ought to proceed only through axioms, and everything that confines itself to establishing facts. We shall attribute to the second everything that has for purpose to make, upon the heart of man, impressions of whatever kind, and to move it, no matter in what direction. Now, within the one or the other of these classes, what is the object of the desire of Composers? Is it not to show their subject under aspects so luminous or so seductive, that whoever contemplates them can contest neither their truth, nor resist the force and the attractions of the means employed to charm him? What resources do they employ for this? Do they not devote all their care to drawing near to the very nature of the object that occupies them? Do they not try to go back even to its source, to penetrate even into its essence? In a word, do not all their efforts tend to make the expression accord so well with what they conceive, and to render it so natural and so true, that they may be assured of producing an effect upon their fellows, as if the object itself were in their presence? Do we not, ourselves, feel, more or less, this violent effect upon us, according as the Composer approaches more or less his goal? Is not this effect general, and are there not Of Intellectual Productions. 49 1 not, within this kind, beauties that are such throughout the whole Earth?
3This is, then, for us, the image of the faculties of that true language of which we treat, and it is within the very works of men, and within their efforts, that we find the traces of everything said concerning the correctness and the force of its expression, as well as concerning its universality. 11 One must not stop at this inequality of impressions that results from the difference of idioms and of conventional languages established among the different Peoples; as this difference of language is but an accidental defectiveness, and not one of nature; as, moreover, man can succeed in effacing it, in familiarizing himself with idioms foreign to him, it could do nothing against the principle, and I do not fear to say that all the languages of the Earth are so many testimonies that confirm it. Though I have reduced to two classes the verbal productions of the intellectual faculties of man, I do not, nevertheless, lose sight of the multitude of branches and of subdivisions of which they are susceptible, both through the number of the different objects that fall within the province of our reasoning, and through the infinity of nuances our sensible affections can receive. Without enumerating them, nor examining them, each 49 1 Of Poetry.
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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