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1Néanmoins c'est même par cette peinture grossière que nous pourrons nous convaincre parfaitement de cette vérité incontestable , annoncée plus haut , savoir , que les hommes n'inventent rien. N'est-ce pas toujours en effet d'après les Etres corporels qu'ils composent leurs tableaux ? Peuvent-ils prendre leurs sujets ailleurs , puisque la peinture n'étant que la science des yeux , elle ne peut s'occuper que du sensible , & par conséquent ne se trouver que dans le sensible ? Dira-t-on que le Peintre pent non seulement se passer de voir des objets sensibles , mais même que s' élevant au dessus d'eux , il ne prendra des sujets que dans son imagination ? Cette objection seroit facile à détruire ; car laissons à l'imagination la carrière la plus libre , permettons-lui tous les écarts auxquels elle pourra se porter , je demande si elle enfantera jamais rien qui soit hors de la Nature , & si jamais on sera dans le cas de dire qu'elle ait rien créé. Sans doute qu'elle aura la faculté de se représenter des Etres bisarres & des as>- semblages monstrueux y dont cett^ Nature , à la vérité y n'offrira pas d'exemples ; mais ces Etres chimériques eux-mêmes ne seront- ils pas le produit de pièces rapportées ? Et de toutes li 5 ces 502 De la Peinture. ces pièces , y en aura-t-il jamais une qui ne se trouve pas parmi les choses sensibles de la Nature ?
211 est donc certain que dans la Peinture , ainsi que dans tout autre Art , les inventions & les ouvrages de l'homme ne sont rien de plus que des transpositions , & que loin de rien produire de lui-même, toutes ses oeuvres se bornent à donner aux choses une autre place. Alors l'homme peut apprendre à évaluer le prix de ses productions dans la Peinture comme dans les autres Arts, & tout en se livrant à cette charmante occupation , il cessera de croire à la réalité de ses ouvrages, puisque cette réalité ne se trouve pas même dans les modèles qu'il se choisit. 11 est inutile, je pense , de dire que cette Peinture grossière ne porte pas moins avec elle des signes frappants , qu'elle descend d un Art plus parfait , 5c que dans ce sens elle est pour nous une nouvelle preuve de cette écriture supérieure , appartenante à la langue unique & universelle, dont nous avons montré les propriétés. En effet, elle exige la ressemblance de la Nature sensible dans tout ce qu'elle représente , elle ne veut rien qui choque ni les yeux, ni le jugement , elle embrasse tous les Etres de l'Univers, elle a même porté sa main hardie jusaues sur des Etres supérieurs. Mais De la Peinture . 5 o $
3Mais c'est alors qu'elle est vraiment répréhensible, parce que premièrement ne pouvant les faire connoîrre que par des traits sensibles & corporels > dès - lors elle a ravalé ces Etres aux yeux de l'homme, qui ne peut les connoître que par la faculté sensible de son intelligence , & jamais par le sensible matériel , puisque ces Etres ne sont pas dans la Région des corps. En second lieu, lorsque la Peinture a pris sur elle de vouloir les représenter, où a-t-elie trouvé le modèle des corps qu'ils n'avoient point , & qu'elle vouloit cependant leur donner ? Ce n?a pu être sans doute que parmi les objets matériels de la Nature , ou ce qui est la même chose , dans une imagination peu réglée , mais qui dans son désordre même , ne pouvoir jamais employer que les Etres corporels qui environnent l'homme d'aujourd'hui. Quel rapport pouvoit-il donc exister alors entre le modèle & l'image qui y avoir été substituée , & quelle idée ces sortes d'images ont-elles dû faire naître ? N'est-il pas clair que c'est-là une des plus funestes suites: de l'ignorance de l'homme , celle qui l'a le plus exposé à l'idolâtrie , & qui contribue sans cesse à l'ensevelir dans les ténèbres ? Et vraiment , que peut produire une Matière morte & des rraits figurés selon l'imagination I i 4 du Ç04 Du Blason. M
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1Nevertheless, it is even through this coarse painting that we can convince ourselves perfectly of that incontestable truth announced above, namely, that men invent nothing. Is it not always, indeed, according to bodily Beings that they compose their pictures? Can they take their subjects elsewhere, since painting, being nothing but the science of the eyes, can occupy itself only with the sensible, and, consequently, can be found only within the sensible? Will it be said that the Painter can not only dispense with seeing sensible objects, but even, in elevating himself above them, take subjects only from within his imagination? This objection would be easy to destroy; for, let us leave to imagination the freest course, let us permit it every excess to which it can carry itself, I ask whether it will ever engender anything beyond Nature, and whether it shall ever be the case that one can say it has created anything. Doubtless it will have the faculty of representing to itself bizarre Beings and monstrous assemblages, of which this Nature, in truth, will offer no examples; but will not these very chimerical Beings be the product of pieces gathered together? And, of all I i 5 these 502 Of Painting. these pieces, will there ever be one that is not found among the sensible things of Nature?
211 It is, then, certain that, within Painting, as within any other Art, the inventions and the works of man are nothing more than transpositions, and that, far from producing anything of himself, all his works are confined to giving things another place. Then man can learn to evaluate the worth of his productions within Painting, as within the other Arts, and, while giving himself over to this charming occupation, he will cease to believe in the reality of his works, since this reality is not found even within the models he chooses for himself. 11 It is useless, I think, to say that this coarse Painting bears, nonetheless, with it, striking signs that it descends from a more perfect Art, 5c and that, in this sense, it is, for us, a new proof of that superior writing, belonging to the unique and universal language whose properties we have shown. Indeed, it demands the resemblance of sensible Nature within everything it represents, it wishes for nothing that offends either the eyes, or the judgment, it embraces all the Beings of the Universe, it has even carried its bold hand even to superior Beings. But Of Painting. 5 o $
3But it is then that it is truly reprehensible, because, first, being unable to make them known except through sensible and bodily traits, it has thereby debased these Beings in the eyes of man, who can know them only through the sensible faculty of his intelligence, and never through the material sensible, since these Beings are not within the Region of bodies. Secondly, when Painting has taken it upon itself to wish to represent them, where has it found the model of the bodies they did not have, and which it nevertheless wished to give them? This could, doubtless, have been only among the material objects of Nature, or, what is the same thing, within an ill-regulated imagination, which, even within its very disorder, could never employ anything but the bodily Beings that surround present-day man. What relation, then, could exist between the model and the image substituted for it, and what idea must these sorts of images have caused to be born? Is it not clear that this is one of the most fatal consequences of the ignorance of man, the one that has most exposed him to idolatry, and that unceasingly contributes to burying him within darkness? And, truly, what can a dead Matter produce, and traits figured according to the imagination I i 4 of Ç04 Of Heraldry. of
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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