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1Nous pourrions également reconnoître que cette Poésie s'appliquant à tous les objets , la vraie langue dont elle n'est que l'image , doit à plus forte raison être universelle & pouvoir embrasser tout ce qui existe. Enfin ce seroit par un examen plus détaillé des propriétés attachées à ce langage sublime, que nous pourrions nous rapprocher de plus près de son modèle , & lire jusques dans sa source. C'est là où nous verrions pourquoi la Poésie a eu tant d'empire sur les hommes de tous les temps, pourquoi elle a opéré tant de prodiges, & d'où vient cette admiration générale que toutes les Nations de la Terre conservent pour ceux qui s'y sont distingués , ce qui étendroit encore nos idées sur le Principe qui lui a donné la naissance. Nous y verrions aussi que l'usage que les hommes en font souvent, l'avilit & la défigure au point de la rendre méconnoissable , ce qui nous prouveroit que chez eux elle n'est pas toujours le fruit de cette langue vraie qui nous occupe , que c'est une profanation de l'employer à la louange des hommes; une idolâtrie de la consacrer à la passion, & qu'elle ne devroit jamais avoir d'autre objet que de montrer aux hommes 45)6 Des Caractères de récriture. hommes i'asyle d'où elle est descendue avec eux , pour leur faire naître le vertueux désir de suivre ses traces, & d'y retourner.
2Mais il me suffit d'avoir mis sur la voie , pour que ceux qui auront quelque désir , puissent pénétrer beaucoup plus loin dans la carrière. Passons à la seconde manière dont nous avons vu que la vraie langue devoit se manifester, c'est-à-dire , aux caractères de l'écriture. Je ne crains point d'assurer que ces caractères sont aussi variés & aussi multipliés que tout ce qui est renfermé dans la Nature , qu'il n'y a pas un seul Etre qui ,ne puisse y trouver sa place & y servir de signe , & que tous y trouvent leur image & leur représentation véritable , ce qui porte ces caractères à un nombre si immense , qu'il est impossible à un homme de les conserver tous dans sa mémoire, non seulement par leur multitude inconcevable , mais aussi par leur, différence & leur bisarrerie. Quand on supposeroit en outre qu'un homme pût retenir tous ceux dont il auroit eu connoissance, il ne pourroit pas se flatter de n'avoir plus rien à apprendre là-dessus ; car tous les jours la Nature produit de nouveaux objets , ce qui tout en nous montrant l'infinité des choses, nous montre aussi la borne & la privation de notre espèce qui ne peut jamais parvenir à les embrasser toutes , puisqu'ici-bas elle ne peut pas Des Caractères de récriture. 497 pas seulement parvenir à connoîcre toutes les lettres de son Alphabet.
3La variété de ces objets renfermés dans la Nature, s'étend non seulement sur leur forme , ainsi qu'on peut aisément s'en convaincre, mais encore sur leur couleur & sur la place qu'ils occupent dans Tordre des choses ; ce qui fait que l'Ecriture de la langue vraie varie autant que la multitude des nuances qu'on peut voir sur les corps matériels, car chacune de ces nuances porte autant de différentes significations. Enfin , les caractères qu'elle emploie sont aussi nombreux que les points de l'horison ; & comme chacun de ces points occupe une place qui n'est qu'à lui , chacune des lettres de la vraie langue a aussi un sens & une explication qui lui sont propres. Mais je m'arrête , ô Vérité sainte , ce seroit usurper tes droits que de publier même obscurément tes secrets , c'est à toi seul à les découvrir à qui il te plaît, & comme il te plaît. Pour moi, je dois me borner à les respecter en silence, & à rassembler tous mes désirs pour que mes semblables puissent ouvrir les yeux à ta lumière, & que désabusés des illusions qui les séduisent , ils soient assez sages & assez heureux pour se prosterner tous à tes pieds. Prenant donc toujours la prudence pour guide , je dirai que c'est cette multitude infinie des I i caractères
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1We could equally recognize that, this Poetry applying itself to every object, the true language of which it is but the image must, still more strongly reasoned, be universal, and be able to embrace everything that exists. Finally, it would be through a more detailed examination of the properties attached to this sublime language that we could draw nearer still to its model, and read even within its source. It is here that we should see why Poetry has had so great an empire over men of all times, why it has performed so many prodigies, and whence comes that general admiration all the Nations of the Earth preserve for those who have distinguished themselves within it, which would extend still further our ideas upon the Principle that gave it birth. We should see, too, that the use men often make of it debases it and disfigures it to the point of rendering it unrecognizable, which would prove to us that, among them, it is not always the fruit of that true language with which we are occupied, that it is a profanation to employ it for the praise of men; an idolatry to consecrate it to passion, and that it ought never to have any other object than to show men 45)6 Of the Characters of Writing. men the refuge from which it descended with them, so as to make be born within them the virtuous desire to follow its traces, and to return there.
2But it suffices for me to have set upon the path, so that those who shall have some desire may penetrate much further within the course. Let us pass to the second manner in which we have seen the true language must manifest itself, that is to say, to the characters of writing. I do not fear to assert that these characters are as varied and as multiplied as everything enclosed within Nature, that there is not a single Being that cannot find there its place and serve there as sign, and that all find there their image and their true representation, which brings these characters to a number so immense, that it is impossible for a man to preserve them all within his memory, not only through their inconceivable multitude, but also through their difference and their oddity. Were it further supposed that a man could retain all those he had come to know, he could not flatter himself with having nothing more to learn upon this; for every day Nature produces new objects, which, while showing us the infinity of things, likewise shows us the boundary and the privation of our species, which can never succeed in embracing them all, since, here below, it cannot even Of the Characters of Writing. 497 even succeed in knowing all the letters of its Alphabet.
3The variety of these objects enclosed within Nature extends not only over their form, as one can easily convince oneself, but further over their color, and over the place they occupy within the order of things; which is why the Writing of the true language varies as much as the multitude of nuances one can see upon material bodies, for each of these nuances bears as many different significations. Finally, the characters it employs are as numerous as the points of the horizon; and, as each of these points occupies a place that belongs only to it, each of the letters of the true language likewise has a meaning and an explanation proper to it. But I stop here, O holy Truth; it would be to usurp your rights, to publish, even obscurely, your secrets; it is for you alone to reveal them to whom it pleases you, and as it pleases you. As for me, I must confine myself to respecting them in silence, and to gathering all my desires that my fellow men may open their eyes to your light, and that, disabused of the illusions that seduce them, they may be wise enough and fortunate enough to prostrate themselves all at your feet. Taking, then, always prudence for guide, I shall say that it is this infinite multitude of the I i characters
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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