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11 1 6 Du Zèle sans Lumière. même culte , elles sont toutes d'accord sur la nécessité d'en rendre un; & cela, parce que toutes ont connu l'existence d'un Etre supérieur , & que toutes ont senti le besoin & le désir de l'avoir pour appui. Si les hommes ainsi livrés à eux-mêmes , avoient pu apporter autant de vertu & de bonne foi que de zèle, dans ces établissements , chacun d'eux eût suivi en paix le culte qu'il auroit adopté, sans déprimer ceux où il auroit apperçu des différences. Mais comme le zèle sans lumière ne mené que plus promptement à l'erreur , ils ont donné exclusivement la préférence à leur ouvrage ; le même principe qui les avoit fait marcher seuls pour s'établir un culte , les a conduits à regarder ce culte comme le seul véritable; ils ont cru en remplir encore mieux les devoirs , en n'en laissant subsister aucun autre; ils se sont fait un mérite auprès de leur idole , de se combattre & de se persécuter mutuellement, parce que dans leurs vues ténébreuses, ils avoient joint leur propre cause à la sienne , & il n'y a presque pas eu de Nation qui n'ait cru honorer l'Etre supérieur , en proscrivant les cultes différents de celui qu'elle avoit choisi. C'est là, comme on le sait, une des principales causes des guerres , soit générales , soit particulières , & des désordres que l'on voit tous les jours troubler les diverses classes qui composent
2Du Zèle sans Lumière. 217 composent les Corps politiques, & même renverser les Empires les mieux affermis , quoiqu'il y ait en eux une infinité d'autres causes de division assez connues & trop futiles pour que je m'occupe d'en faire, ni rénumération , ni l'examen dans cet Ouvrage. Or, toutes ces erreurs & tous ces crimes que les hommes ont fait au nom de leur Religion, viennent-ils d'une autre source que de ce qu'ils se sont mis à la place de la main éclairée qui devoit les conduire , & qu'ils ont cru être guidés par un Principe vrai , pendant qu'ils ne l'étoient que par eux-mêmes. Il faut donc conclure d'abord de ce qui vient de précéder, que tous les hommes, par l'unique secoufs de leurs réflexions, & par la voix de leur sentiment intérieur , n'ont pu s'empêcher de reconnoître l'existence d'un Etre supérieur quelconque , de même que la nécessité d'un culte envers lui; c'est une idée que l'homme ne peut effacer entièrement en lui-même, quoiqu'elle s'obscurcisse si souvent dans le plus grand nombre. Et certes, nous devons en être peu surpris , puisqu'il y en a qui ont laissé s'éteindre en eux l'idée même de leur Etre, & en qui les facultés intérieures se sont tellement affoiblies , qu'ils se Sont crus mortels & périssables. Mais il faut conclure également que si cette idée
3il S Du Mobile de V Homme. idée de l'existence d'un Etre supérieur & de la nécesské d'un culte, est dans l'essence de l'homme , c'est aussi le dernier terme où il puisse parvenir tout seul ici-bas: ce sont là les uniques fruits qui puissent provenir de sa faculté sen~ sible, & de sa faculté intellectuelle livrées à leurs propres efforts. Ce sentiment est un germe fondamental dans l'homme ; mais si aucune puissance ne vient réactionner ce germe , il lie peut rien manifester de solide , & à coup sûr ses productions n'auront aucune consistance, de même que les germes des Etres corporels demeureroient sans action & sans production, si une Cause active & intelligente n'en dirigeoit la réaction & généralement tous les actes qui les concernent. Nous nous persuaderons bien plus encore de la vérité de cène pensée, quand nous réfléchirons sur la nature & les propriétés de la Cause intelligente & active ; elle est distincte de la Cause première, elle en est le premier agent , elle ne donne point' les germes aux Etres corporels , mais elle les anime ; elle ne donne point les facultés intellectuelles <5c sensibles à l'homme , mais elle les dirige & les éclaire. En un mot, étant la première, <5v la souveraine de toutes les Causes temporelles , elle est chargée seule de les conduire , 5c il n'y en a pas une qui puisse se passer de soa Du Mobile de l9 Homme. 219 Son secours , & qui ne lui soit assujettie.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
11 1 6 Of Zeal without Light. same cult, they are all agreed upon the necessity of rendering one; and this, because all have known the existence of a superior Being, and all have felt the need and the desire to have him for support. Had men, thus left to themselves, been able to bring as much virtue and good faith as zeal to these establishments, each of them would have peacefully followed the cult he had adopted, without depreciating those in which he had perceived differences. But, as zeal without light leads only the more swiftly to error, they have exclusively given the preference to their own work; the same principle that had made them proceed alone to establish a cult for themselves led them to regard this cult as the sole true one; they believed they fulfilled its duties all the better, by letting no other subsist; they made it a merit before their idol to combat and to persecute one another mutually, because, in their shadowy views, they had joined their own cause to its, and there has scarcely been a Nation that has not believed it honored the superior Being, by proscribing the cults different from the one it had chosen. This is, as is known, one of the principal causes of wars, whether general or particular, and of the disorders one sees every day troubling the diverse classes that compose
2Of Zeal without Light. 217 compose political Bodies, and even overturn Empires the most firmly established, though there be within them an infinity of other causes of division, well enough known and too trivial for me to occupy myself with either enumerating or examining them within this Work. Now, do all these errors and all these crimes that men have committed in the name of their Religion proceed from any source other than their having put themselves in the place of the enlightened hand that ought to have guided them, and their having believed themselves guided by a true Principle, while they were guided only by themselves? It must, then, be concluded, first, from what has just preceded, that all men, by the sole aid of their reflections, and by the voice of their inner sentiment, could not help recognizing the existence of some superior Being whatsoever, as well as the necessity of a cult toward him; it is an idea that man cannot entirely efface within himself, though it becomes obscured so often within the greatest number. And, indeed, we ought to be little surprised at this, since there are those who have let even the idea of their own Being be extinguished within them, and within whom the interior faculties have so weakened, that they have believed themselves mortal and perishable. But it must be concluded, equally, that if this idea
3il S Of the Motive of Man. -idea of the existence of a superior Being, and of the necessity of a cult, is within the essence of man, it is likewise the final point to which he can attain, all alone, here below: these are the only fruits that can proceed from his sensible faculty, and from his intellectual faculty, left to their own efforts. This sentiment is a fundamental seed within man; but if no power comes to react upon this seed, it can manifest nothing solid, and, most assuredly, its productions will have no consistency, just as the seeds of bodily Beings would remain without action and without production, were an active and intelligent Cause not to direct their reaction, and generally all the acts that concern them. We shall persuade ourselves still further of the truth of this thought, when we reflect upon the nature and the properties of the intelligent and active Cause; it is distinct from the first Cause, it is its first agent; it does not give the seeds to bodily Beings, but it animates them; it does not give the intellectual <5c and sensible faculties to man, but it directs them and enlightens them. In a word, being the first, <5v and the sovereign of all the temporal Causes, it alone is charged with directing them, 5c and there is not one of them that can dispense with its l9 Of the Motive of Man. 219 its aid, and that is not subject to it.
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
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