Fetching
One moment.
Fetching
One moment.
1Je bornerai là mes observations sur la défectuosité des Loix que l'imagination de l'homme a pu introduire dans la Musique; car tout ce que j'y pourrois ajouter tiendroit toujours à cette première erreur , & elle est assez sensible pour que je ne m'y attache pas davantage. J'avertirai seulement les Inventeurs, de bien réfléchir sur la nature de nos sens , & d'observer que celui de louie, comme tous les autres, est susceptible d'habitude; qu'ainsi ils ont pu y être trompés de bonne foi , & se faire des régies de choses hasardées, & de suppositions que le temps seul leur aura fait paroître vraies & régulières. Il me reste néanmoins à examiner l'emploi que l'homme a fait de cette Musique à laquelle il s'occupe presque universellement, & à observer s'il en a jamais soupçonné la véritable application. Indépendamment des beautés innombrables dont elle est susceptible , on lui connoît une Loi stricte, c'est cette mesure rigoureuse dont elle ne peut absolument s'écarter. Cela seul n'annonce-t-il pas qu'elle a un Principe vrai, & que la main qui la dirige est au dessus du pouvoir des sens , puisque ceux-ci n'ont rien de fixe ? Mais si elle tient à des principes de cette nature ,
2De la Musique artificielle. 5*3 ture, il est donc certain qu'elle ne devoit jamais avoir d'autre guide , & qu'elle éroit faite pour être toujours unie à sa source. Or, sa source étant , comme nous l'avons vu , cette langue première & universelle qui indique & représente les choses au naturel, on ne peut douter que la Musique n'eût été la vraie mesure des choses , comme l'Ecriture & la parole en exprimoienc la signification. C'étoit donc uniquement en s'attachant à ce principe fécond <5c invariable , que la Musique pouvoit conserver les droits de son origine , & remplir son véritable emploi; c'est- là qu'elle eût pu peindre des tableaux ressemblants, & que toutes les facultés de ceux à qui elle se fût fait entendre, eussent été pleinement satisfaites. En un mot, c'est par là que la Musique auroit opéré les prodiges dont elle est capable, & qui lui ont été attribués dans tous les temps. Par conséquent, en la séparant de sa source, en ne lui cherchant des sujets que dans des sentiments factices, ou dans des idées vagues, on l'a privée de son premier appui, & on lui a oté les moyens de se montrer dans tout son éclat. Aussi, quelles impressions, quels effets produit-elle entre les mains des hommes? Quelles idées, quels sens nous offre-t-elle? Excepté celui qui compose, est-il beaucoup d'oreilles qui puissent avoir l'intelligence de ce qu'elles entendent exprimer
3524 &e fa Musique artificielle. exprimera la Musique reçue ? Et encore le compositeur lui-même , après s'être livré à son imagination , ne perd-il jamais le sens de ce qu'il a peint, & de ce qu'il a voulu rendre ? Rien n'est donc plus informe, ni plus défectueux que l'usage que les hommes ont fait de cet Art , & cela uniquement parce que s'étant peu occupés de son Principe, ils n'ont pas cherché à les étayer l'un par l'autre, & qu'ils ont cru pouvoir faire des copies sans avoir leur modèle devant les yeux. Ce n'est point que je blâme mes semblables de chercher dans les ressources infinies de la Musique factice , les agréments & les délassements qu'elle peut offrir , ni que je veuille les priver des secours que malgré sa défectuosité , cet Art peut leur procurer tous les jours. Il peut, je le sais, aider quelquefois à faire revivre en eux, plusieurs de ces idées obscurcies, qui étant mieux épurées, devroient être leur unique aliment , & qui peuvent seules leur faire trouver un point d'appui. Mais pour cet effet, je les engagerai toujours à porter leur intelligence au dessus de ce que leurs sens entendent, parce que l'élément de l'homme n'est point dans les sens ; je les engagerai à croire que quelques parfaites que soient leurs productions musicales, il en est d'un autre ordre & de plus régulières-, que ce n'est même qu'en raison du plus ou moins de conformité De la Mesure. 51$
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1I shall stop there my observations on the defectiveness of the Laws which the imagination of man has been able to introduce into Music; for whatever I might add to it would always come back to this first error, & it is sensible enough that I need not dwell on it further. I shall only warn Inventors to reflect well on the nature of our senses, & to observe that hearing, like all the others, is subject to habit; so that they may have been deceived in good faith by it, & have made rules out of chance things, & out of suppositions which time alone has made appear true & regular to them. It remains for me nonetheless to examine the use man has made of this Music with which he occupies himself almost universally, & to observe whether he has ever suspected its true application. Independently of the innumerable beauties of which it is capable, one recognizes in it a strict Law, that rigorous measure from which it can absolutely not depart. Does not this alone announce that it has a true Principle, & that the hand which directs it is above the power of the senses, since these have nothing fixed? But if it holds to principles of this nature,
2Of artificial Music. 5*3 nature, it is therefore certain that it should never have had any other guide, & that it was made to be always united to its source. Now, its source being, as we have seen, that first & universal language which indicates & represents things naturally, one cannot doubt that Music would have been the true measure of things, as Writing & speech expressed their meaning. It was therefore solely by holding to this fertile 5c invariable principle, that Music could preserve the rights of its origin, & fulfill its true office; it is there that it could have painted resembling pictures, & that all the faculties of those to whom it made itself heard would have been fully satisfied. In a word, it is by this that Music would have wrought the wonders of which it is capable, & which have been attributed to it in every age. Consequently, in separating it from its source, in seeking subjects for it only in artificial sentiments, or in vague ideas, it has been deprived of its first support, & has had taken from it the means of showing itself in all its splendor. Thus, what impressions, what effects does it produce in the hands of men? What ideas, what meanings does it offer us? Except for him who composes, are there many ears capable of understanding what they hear express
3524 of artificial Music. does the received Music express? And even the composer himself, after having given himself over to his imagination, does he never lose the sense of what he has painted, & of what he wished to render? Nothing is therefore more shapeless, nor more defective, than the use men have made of this Art, & that solely because, having been little occupied with its Principle, they have not sought to support the two by one another, & have believed themselves able to make copies without having their model before their eyes. It is not that I blame my fellow men for seeking, in the infinite resources of artificial Music, the pleasures & the relaxations it can offer, nor that I wish to deprive them of the aid which, despite its defectiveness, this Art can procure them every day. It can, I know, sometimes help revive in them several of those obscured ideas, which, being better purified, ought to be their sole nourishment, & which alone can give them a point of support to find. But to this end, I shall always urge them to raise their understanding above what their senses hear, because the element of man is not in the senses; I shall urge them to believe that however perfect their musical productions may be, there exists another order of them, & more regular ones, & that it is even only by reason of the greater or lesser conformity Of Measure. 51$
Our translation, period-faithful. Citable as our translation, never as the source.
No commentary for this page.