1Et vraiment si l’on réfléchit à quel point de
dégradation l’esprit de l’homme peut defeendre
par l’ignorance , & le peu de foin qu’il a de
Cultiver son intelligence ; si l’on considere ces
degrés si nombreux & si variés auxquels il peut
s’arrêter dans le désordre de ses idées s on aura
l’origine évidente de cette multi'ude d'idoles
distinguées entr’elles par des formes & des
pouvoirs si différens ; car dans toute l’étendue
du cercle des Etres , il n’en est aucun , vrai ou
faux , sur lequel l’homme ne soit le maître de
se reposer , & vers lequel il ne puisse diriger
son culte.
Ainsi il n’est pas étonnant de voir honorer matériellement sur la Terre , des Dieux de l’Empirée , des Dieux célestes , des Dieux terrestres ,
des Dieux aquatiques , ignés , végétatifs , reptiles , minéraux ; enfin , des Dieux infernaux même ,
& des Dieux du crime & de l’abomination ; parce
que l’homme a le droit de se porter vers tel objet
qu’il se voudra choisir , & d’y attacher l’honneur
& le refpcêl qu’il ne doit qu’à la Divinité suprême.
Mais s’il est: vrai que la forme de l'homme
soit la plus expressive de toutes les formes , sur
laquelle sont fondés tous les rapports , &
toutes
2v AT V R é il' à'4 t
2ïdütes les relations , plus les lignes & les mohumens de l’idolâtrie en seront éloignés , plus
ils seront inférieurs & altérés. C'est donc en
comparant avec la régularité de notre forme
tout ce qui nous est représenté de sensible , que
nous pourrons juger , non seulement des difïerens degrés de l’idolâtrie matérielle des Peuples ,
mais aussi de ce qui tient , soit à une Idolâtrie
plus criminelle , soit au culte pur , actif , & légitime • parce que les correspondances de cette forme sont uni ver sel les;
Convenons à prêtent que la Mythologie , dans
ses récits les plus sensés & les plus réguliers en
apparence , doit être comme inexplicable pour
ceux qui n’ont pas pénétré dans la science de
l’homme & de la Nature. Ceux-mémes qui y
auroient pénétré , doivent encore trouver de grandes difficultés dans cette espece d’étude; parce
que pour s’aiïurer de la justesse des rapports , il
faudrait en quelque forte passer en revue les
y ignés originels mêmes sur lesquels ils reposent.
Or les copies seules de pareils lignes ne suffisent
pas pour de telles vérifications , & il faut aller
Chercher les originaux dans les dépôts mêmes d’où
les premiers Ecrivains les ont tirés ; c’est-à-dire t
dans leurs re'servoirs naturels.
Ne soyons donc plus étonnés qu’un si grand
( O ) nombre,
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3nombre cTObfeivateurs aient en vain consumé leur
temps , & employé leurs travaux à expliquer l’origine & le but des raditions mythologiques , pour
nous persuader de la vérité de leurs différens
systêmes , puisqu’ils n’ont pas eu pour base un
Principe général , ni de véritables lumières. Comment auroient-ils pu éclaircir l’obscurité de l’origine des fables & des Allégories , n’ayant pas une
juste idée de l’homme , & ne connoissant point ses
rapports primitifs & fondamentaux.
Mais on demandera peut-être pourquoi les
mêmes lumières , les mêmes (ignés , les mêmes
faits , étant toujours à la portée des hommes ,
le langage allégorique & les emblèmes ont
presque disparu aujourd’hui de dessus la Terre ?
J’ai déjà répondu en partie à cette question , en
exposant combien les traditions religieuses sont
plus anciennes que l’Hiifoire civile des Peuples ,
& en faisant voir pourquoi ces deux fortes de
traditions ont suivi un ordre inverse. Il suffira
donc de dire ici que les hommes aclucls jouissent moins généralement de ces grands Jecours
que dans l’origine ; & qu’ils sont sans doute en
cela plus coupables , puisque ces signes & ces
emblèmes sont toujours à leur portée & à leur
disposition ; d’ailleurs , lorsqu’ils en jouirent
aujourd’hui , ils sont tellement rapprochés des
réalités , qu’ils ne pensent plus même aux figures.
1 1.
N A T U R E Zo m
I 2,
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.