1Il ne seroit pas aussi facile de déterminer ,
d’après les traditions , le nombre des aèfes folemnels de manifestation que les Puissances divines ont faites parmi les hommes , depuis cette
première époque.
Les do&rines anciennes , ne s’accordant point
à cet égard , font naître des doutes sur la plupart des Agens qu’elles nous présentent \ en forte
qu’on est réduit à penser qu’il peut y en avoir
dont la tradition ne nous a pas transmis la mémoire , & que plusieurs de ceux qu’elles nous
annoncent comme de vrais Agens de ces facultés
suprêmes , n’ont jamais existé, ou n’étoient peutêtre que des imposteurs.
Des observations bien attentives , & fondées
iir la connoissance des véritables loix des Etres r
aol Tableaupourroient sans doute nous guider pour nombre*
ces manifestations & pour en calculer les époques : car , félon les notions les plus naturelles ,
elles doivent être égales & relatives au nombre des facultés & des vertus que l’homme avoit
abandonnées ; c’est-à-dire } analogues à la véritable nature de l’homme , dont par leur nombre elles doivent opérer le complément & la
jujlefe. Mais la génération présente n’en effc
pas encore là ; les fausses idées qu’elle a prises
de l’homme & de sa destination , lui ferment
encore les routes qui mènent au San&uaire de
la Vérité.
2Par les memes raisons on ne doit point être
iurpris , si le sens sublime que nous faisons entrevoir dans les traditions mythologiques des anciens Peuples , paroît imaginaire à la plupart des
hommes. Ils ont tellement perdu de vue la feience de leur Etre & celle de leur Principe } qu’ils
ne connoissent plus aucun des rapports qui les
lieront éternellement l’un à l’autre.
En effet , le vulgaire ne voit dans les récits mythologiques que le jeu de l’imagination des Ecrivains , ou la corruption des traditions hiftoriquea, ou peut-être les effets de l'idolâtrie de h
crainte , ou du penchant des Peuples pour le
faits merveilleux. Ainsi , en exceptant quelques
U A T U R Z Z. 205
allégories ingénieuses , tout dans la Fable lui
paroît bizarre , ridicule , excravaganf.
Des hommes estimables , & placés dans la
classe des Savans , ont employé la plusvafte érudition j à établir à cet égard des systêmes plus
sensés que l’opinion commune : mais , comme ils
n’ont point assez approfondi la nature des choses , leur do&rine , toute imposante qu’elle puisse
être , reste au dessous des traditions qu’ils ont
essayé d’interpréter.
3En effet , l’on ne peut porter un autre jugement de ceux qui ont borné exclusivement à un
objet inférieur & isolé, le sens des traditions mythologiques y qui se sont efforcés d’y faire voir
par-tout le fyffême particulier qu’ils avoient embrassé y & qui n’ont point apperçu que ces traditions , n’ayant pas toutes le même cara&ere , ne
pouvoient supporter la même explication ; que les
unes , tenant à la haute antiquité , renfermoient
les emblèmes des vérités les plus profondes que
d’autres, beaucoup plus modernes, ne dévoient
leur existence qu’à la superstition & à l’ignorance des Peuples , qui n’ayant pu comprendre
les traditions primitives , les ont altérées & confondues avec les traditions postérieures & particulières à chaque Nation ; que le mélange de
ces traditions , les préjugés des Historiens , &
les fruits de l’imagination des Poètes ? avoient
204 Tableau
augmenté robfcurité. En forte que loin 3e
vouloir concentrer la Mythologie dans un objet particulier y on devroit plutôt convenir
qu’elle présente des faits qui n’ont aucune analogie.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.