1corps de l’homme , quoique vrai pour les autres
corps , n’a comm’eux aucune réalité pour l’intelligence , & à peine doit- elle s’appercevoir
qu’elle s’en sépare : en effet lors qu’elle le quitte ,
elle ne quitte qu’une apparence , ou pour mieux
dire , elle ne quitte rien.
Au contraire , tout nous annonce qu’elle
doit gagner alors , au lieu de perdre ; car , avec
un peu d’attention , nous ne pouvons que nous
pénétrer de respect pour ceux que leur loi délivre de ces entraves corporelles , puisqu’alors
il y a une illusion de moins entr’eux & le vrai.
A défaut de cette utile réflexion , les hommes
croient que c’est: la mort qui les effraie , tandis
que ce n’est point d’elle , mais de la vie , qu’ik
ont peur.
Si le prestige des choses temporelles ne suffisoit point encore , pour nous démontrer la différence de l’état actuel de l’homme à son état primitif, il faudroit jeter les yeux sur l'homme lui—
meme ; car autant il est: vrai que l’étude de
l’homme nous a fait découvrir en nous de rapports avec le Premier de tous les Principes , & de
traces d’une origine glorieuse , autant elle nous
en laisse appercevoir d’une horrible dégradation.
Il ne faut , pour nous en convaincre , que nous !
confronter avec le Principe , dont nous devrions, ;
Naturel. 85
2par notre nature , représenter les Facultés & les
vertus ; il faut voir quel est celui de nous qui
pourra justifier ses titres ; il faut voir si nous
sommes conformes à l’Etre dont nous sommes descendus , & qui n’a exprimé dans nous l’image de
sa sagesse & de sa Science , qu’afin que nous le
fissions honorer.
Nous cherchons, & il possede : nous étudions,
& il connoît ; nous espérons , & il jouit ; nous
doutons , il est lui-mème l’évidence ; nous tremblons de crainte , & il n’a d’autre inquiétude que
celle de l’amour , dont il est encore plus embrassé pour l’homme , que l’homme ne l’est pour
ses propres pensées & pour ses propres émanations. L’un est grand , en multipliant ses images
dans tous les Etres & dans l’homme ,• l’autre met
Souvent sa gloire à les exterminer & à les détruire.
Non seulement l’Auteur des choses a fait exister
pour nous & pour nos befoir.s , tous ces élémens , & tous ces agens de la Nature , dont nous
pervertiftons l’usage ; mais il a même produit en
nous ces facultés qui dévoient être Je ligne de sa
grandeur , & que nous employons à l’attaquer &
à le combattre ; de façon que les hommes , qui
dévoient être les Satellites de la vérité , en sont
plutôt les persécuteurs ; & qu’à juger l’homme
rampant aujourd’hui dans la réprobation , dans le
«rime & dans l’erreur, celui qui n’avoitété émané
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8 6 Tableau
que pour montrer qu’il y a un Dieu , paroîtroît
pius propre à montrer cu’il n’y en a point.
3Car , lorsqu’en répétition du premier crime ,
l’homme usurpe si souvent les droits de la Divinité sur la Terre, ce n’est que pour en profaner
le Nom , & l’avilir par une nouvelle prostitution.
Sous ce Nom sacré , il décide , il égare , il trompe ,
il tyrannise , il égorge , il massacre. Eh ! envers
qui ce Dieu si étrange exerce-t-il des droits plus
étranges encore ? C’est envers l’homme , envers
son semblable , envers un Etre de son espece ,
& qui par conséquent a le même droit que lui au
titre de Dieu.
Ainsi , mettant en contradition ses actions
avec son orgueil , l’homme efface en lui ce titre
glorieux, en même temps qu’il veut s’en revêtir.
Ainsi , il prend la voie la plus fûre } pour
détruire autour de lui tonte idée du vrai Dieu ,
en ne présentant lui-même qu’un Être de mensonge , de fureur , de dévaftatio-n ; un Être qui
n’agit que pour tout dénaturer , pour tout corrompre ; & qui ne démontre la supériorité de
sa puissance ? que par la supériorité de ses folles
ïnjustices , de ces crimes & de ses atrocités.
On pourroit donc s’écrier avec rai fan : Hommes , c’étoit par vous que les Impies dévoient
connoître la justice ^ & vous pouvez à peine
répondre , quand on vous demande ce que
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The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.