1Pour fixer notre pensée sur cet objet , nous
regarderons tous les hommes de la terre comme
des Elus , mais divisés en deux classes , celle des
Elus particuliers , & celle des Elus généraux.
Nous ajouterons que difficilement les Elus généraux peuvent descendre au rang des Elus particuliers • mais qu’il est donné à tous ceux-ci de
s’élever au rang des premiers , par leur courage
& par les efforts soutenus de leur volonté : parce
qu’il est plus difficile à un homme consommé
dans la Science , d’oublier ce qu’il fait , qu’à un
homme ignorant d’acquérir des connoissances.
Ceci nous force d’examiner un instant le fyf.
tême de la prétendue fatalité attachée à la destinée de l’homme.
Les difficultés qui se sont élevées sur cette
matière , viennent de ce qu’on attribue aux Elus
particuliers , ce qui n’a été dit que des Elus
généraux.
Il est clair que ceux-ci y vu î’immensité â&
L 3
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leurs avantages , peuvent se regarder comme
prédestinés félon la notion vulgaire. Mais de ce
qu’il y auroit dans l’espece humaine , quelques
Etres privilégiés & destinés à de plus grandes
couvres , faudroit-il en conclure que tous les
hommes doivent l’être , puisqu’il est clair que
la plupart demeurant dépofiraires de leur libre
arbitre , demeurent aussi dépofiitaires de leurs
actions , & par conséquent du résultat qui doit les
suivre. On auroit tort , en un mot 3 d’assimiler
tous les Elus , & de conclure du petit nombre
à l’universalité des hommes.
2On ne s’en tiendra pas là sans doute , & l’on
demandera pourquoi un tel homme a été ehoifi
de préférence parmi tous les autres , & placé au
rang des Elus privilégiés ou généraux.
Pour atteindre au nœud de cette difficu’té ^ il
faudroit s’élever jusqu’aux loix simples , mais universelles de la SagelTe divine , qui ayant marqué
son empreinte sur tous ses ouvrages , l’a gravée
sur l’espece humaine comme sur ses autres productions. Ajoutons que la Nature humaine étant
le tableau figuratif universel de la Divinité , ainsi
que de ses Vertus & Puijfances , doit voir répéter
tous ces types par les différens individus de la
propre espece.
Voilà pourquoi il doit y avoir des hommes
chargés de manifester les choies divines } d auN A T U R S JE. 167
très , les choses intellectuelles , d’autres , les
choses physiques & naturelles ; sans parler d’une
autre forte de manifestation , dont la nécessité
est également absolue parmi les hommes , mais
qu’il ne seroit pas prudent de révéler à la multitude.
3La loi qui dirige ces fortes d’éle&ions , est
semblable à la loi qui eonftitue la Divinité même :
ell 2 a pour base la propriété sacrée des facultés
du premier principe , & l’ordre numérique agissant sur tous les Etres qui doivent les repréTenter. Propriété coéternelle avec l’essence supréme } & dont il ne peut y avoir d’autre raison
que celle de son existence , puisque cette raison
& son existence sont une même chose. Et c’est
par cette seule connoissance que nous pourrions
comprendre ce que nous avons nommé liberté
dans ce grand Etre.
Ainft l’on ne pourroit savoir pourquoi certains
hommes ont tels ou tels types à manifester par
préférence à d’autres hommes , sans connoître
auparavant loi numérique à laquelle la Sagesse
suprême a assujetti ieur origine ; ou plutôt il faudroit savoir pourquoi les facultés divines sont
elles- mêmes diverses , quoiqu’intimément unies
& à jamais inséparables ,• pourquoi enfin la pensée n’est pas la volonté , la volonté n’est pas l’action f & Pa6tion n’çft ni la pensée , ni la volontéL 4
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The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.