1C E seroit ici le lieu de jeter du jour sur le premier crime de l’homme : nous pourrions même
remarquer à ce sujet , que l’homme n’apporte au monde que des regrets , & non pas
des remords j encore ces regrets sont-ils ignorés du plus grand nombre , parce qu’on ne peut
avoir de la douleur que pour les maux qu’on connoit , parce qu’on ne peut connoître & sentir les
maux premiers qu’avec beaucoup' de travaux , &
que la plupart des hommes n’en sont aucun.
Voilà ce qui rend la vérité de ce crime si incertaine à leurs yeux , tandis que ses effets sont
si manifestes.
Je pourrois ajouter que dans l’ordre social ,
quand un homme a manqué à l’honneur , on le
renvoie dans la classe de ceux qui n’ont point
d’honneur ; qu’ainsi , en observant ici-bas quel eff
le principal attribut qui manque aux Etres avec
lesquels nous sommes confondus , il doit être facile d’appercevoir quelle est: la nature du premier crime.
Mais , sans discuter les différentes opinion*
94 Tableau
qui ont régné sur cet objet , nous pouvons croire
que le crime de l’homme fut d’avoir abusé de la
connoissance qu’il avoit de l’union du Principe
de l’Univers avec l’Univers. Nous ne pouvons
douter même , que la privation de cette connoissance ne soit la vraie peine de son crime ; puisque nous subissons tous cette irrévocable punition , par l’ignorance où nous sommes sur les
liens qui attachent notre Etre intellectuel à la
matière.
2La preuve manifeste que cette connoissance ne
peut nous être parfaitement rendue , pendant notre séjour sur la Terre , c’est que n’étant dans ce
bas Monde , que pour subir la privation de la
lumière que nous avons laissé échapper , li nous
pouvions y recouvrer pleinement cette lumière,
nous ne ferions plus en privation , & par conséquent nous ne ferions plus dans ce bas Monde.
En effet , les observations les plus simples
sur la lumière élémentaire , nous montrent
à quel degré il faudroit nous élever pour atteindre à la lumière intellectuelle ; car les loix de
ces deux fortes de lumière sont semblables. Outre la nécessité d’un Principe primordial & générateur , il faut à l’une & à l’autre une base ,
une réaction , & une classe d’Etres susceptibles
d’en être les témoins & de participer à ses effets J
ce qui annonce que la lumière sensible , & la
Naturel. 95
lumière intesse&uelle n’agissent , ne procèdent ,
& ne se manifestent que par un quaternaire. Et
ce n’est pas sans raison que la lumière élémentaire est au rang des plus admirables phénomènes de la nature matérielle , puisqu’elle ne
peut être complette dans son action & dans
ses effets sans exercer , & mettre en jeu les
quatre points cardinaux de la création universelle.
3En ne la considérant que dans ses effets relatifs aux trois régnés terrestres , nous remarquerons que les minéraux étant enfouis dans la
terre sont totalement privé de cette lumière ;
que les végétaux n’en sont point privés , mais
qu’ils la reçoivent sans la voir & sans en jouir ;
que les animaux la voient & en jouissent , mais
qu’ils ne peuvent ni la contempler, ni pénétrer
dans la connoissance de ses loix * enfin que ce
dernier privilège est ré.'ervé à l’homme seul ,
ou à tout Etre doué comme lui des facultés de
l’intelligence.
C’est là où nous apprendrons à reconnoître
tout ce qui nous manque pour posséder la lumière intelleftuelle ; il y a des Etres intelligens
qui sont totalement sépare's de cette lumière
•il y en a qui n’en sont point se'parés , mais
qui ne participent à ses effets qu’extérieurement j il y en a qui en reçoivent intérieure96 Tableau
ment les rayons, mais qui sont dans une ignorance absolue des voies par lesquelles elle se
propage ; il n’y a donc que ceux qui sont admis à son conseil , ou à la science même de
celui d’où tout descend , qui puissent recouvrer
cette connoissance primitive , parce que ce n’est
que là ou ils peuvent à la fois recevoir la lumière , la voir , en jouir & la comprendre ;
enfin c’est là où se déploient avec une efficacité
supérieure tous les pouvoirs du grand quaternaire , parce que dans cette classe supréme résident cous les types des quatre points cardinaux
du monde élémentaire.
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