1Bornons-nous donc à remarquer que îe pre^
mïer travail que l’homme intellectuel ait à faire ,
après avoir séparé & dégagé péniblement ses propres vertus ensevelies fous les ruines de son trône ,
c’est de s’unir à celles de l’Etre le plus voisin de
lui y où à celles de 1-a Terre ; & de même que
l’homme corporel enfant ell obligé pendant un
temps de tirer sa subsistance du lait de la femme 9
de même l’homme intellectuel est obligé de commencer par la Terre , à recouvrer les lumières
qu’il a perdues & qui sont aujourd'hui subdivisées pour lui dans toutes les régions ; car la Terre
Æjft la mere & la racine de l’Univers.
Toutes les loix physiques & intellectuelles que
nous venons de présenter sur la marche nécessaire
de l’homme dégradé , lui sont fl naturelles , que
dans l’ordre humain même , l’homme temporel
les met tous les jours en aCtion ; & démontre sans
cesse cette activité essentielle à notre Etre ,
quoiqu’il se trompe fî souvent sur ce qui devroit
en. être l’objet.
Quand l’homme ambitieux & avide cherche
avec tant d’ardeur à se distinguer de ses semblables ; quand les hommes privés &c les Souverains
reculent les limites de leurs Domaines & de leur
empire y & voudroient les porter jusqu’aux extrémités du Monde , ils ne sont que suivre , d’une
maniéré fausse, la loi de leur nature, quirépugneÏ2I
2Na t u r s l:
à des bornes & à des entraves ; c’est-à-dire , qu ils
représentent ce que l’homme vrai devroit faire f
en reportant jusqu’aux confins de son domaine ,
ces bornes physiques & matérielles qui auroient
dû toujours conserver relativement à lui leur
distance naturelle. C’est même cette loi ineffaçable , qui opérant avec toute son intégrité sur
les enfans, leur donne cette aftivité tumultueuse , cette impulsion destructive que les hommes peu réfléchis taxent de vice & de méchanceté , tandis qu’elle n’est que l’esset de 1 opposition nécessaire qu’un Etre vrai & universel doit
éprouver de la part de tous les objets faux & rétrécis avec lesquels il est emprisonné.
Quand, d’un autre côté, l’homme curieux >
l’homme industrieux cherche à rassembler autour
de lui les productions précieuses de la Nature '
qu’il ne craint point de se transporter jusqu’aux
lieux les plus éloignés , pour en rapporter des
raretés de toute espece , & les réunir fous ses
yeux ; quand le savant Naturaüfte fait voyager
sa pensée dans tous les climats ; qu’il poursuit
toutes les découvertes , & qu’il impose par-là
une forte de tribut universel sur la Nature terrestre ; quand enfin le Chymiffe cherche par la
deflruétion des enveloppes des corps , à pénétrer
jusques aux Principes auxquels ils doivent l’existence , tous ces travaux ne sont que l’image
122
Tableau
3de ce que l’homme doit faire ici-bas ; & lui enseignent qu’il est deftinéà rapprocher de lui toutes
les parties de son empire.
II est donc vrai qu’après avoir reçu dans un
lieu ténébreux une enveloppe grossiere , après
avoir rallié en lui les forces intellectuelles qui
lui sont propres , l’homme a encore à multiplier ces mêmes forces , en les réunifiant à celles
qui sont extérieures à lui ; il a , dis-je, à recueillir
les vertus de tous les régnés terrestres ; à distinguer
toutes les especes de chaque régné , & meme les
caractères particuliers de chaque individu ; il z
enfin à scruter jusqu’aux entrailles de la Terre ,
pour y apprendre à connoître les désordres qui
sont l’horreur & la honte de notre triste demeure y
lesquels nous sont indiqués soit par les métaux qui
n’ont point à' huile , soit par la fureur des volcans y
soit par le grand nombre à' insectes & à' animaux
malfaisans & vénéneux , qui sont bannis de dessus
la terre , & se cachent dans ses gouffres , comme
si le jour leur étoit interdit.
Et c’est ici où les travaux de l’homme dans
son séjour terrestre , se peignent avec toute leur
âpreté ; car, en rappellant l’exemple temporel de
l’homme avide, ambitieux, curieux y industrieux
& adonné aux sciences vulgaires , on voit les
énormes obstacles , qu’il doit journellement rencontrer avant de pouvoir facisfaire ses desirs»
Naturel. 123
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.