1décrire ne furent connues que de ceux qrrî devoient en être les dépositaires , le Chriftianifmo
jouit de la paix; mais quand les Empereurs Romains , fatigués de persécuter les Chrétiens , défi*
rerent d’etre initiés à leurs mysteres ; quand les
Maîtres des Peuples mirent le pied dans le Sanctuaire , & voulurent porter sur les objets les plus
sacres du Culte , des yeux qui n’y étoient pas préparés ; lorsqu’ils firent du Christianisme une Religion d’Etat , & qu’ils ne la considérerent que comme un ressort politique ; lorsque leurs Sujets furent
forcés de se faire Chrétiens , & que l’on se vit ainsi
dans le cas d'admettre sans examen tous ceux qui se
présentoient * alors naquirent les incertitudes , les
doctrines opposées , les hérésies. L’obscurcissement devint presque universel sur tous les objets
de la Doctrine & du Culte , parce que les plus sublimes vérités du Chriffianifine ne pouvotent être
bien connues que d’un petit nombre de Fideles ,
& que ceux qui ne faisoient que les entrevoir étoient
exposés à des interprétations fausses & contradictoires.
C’est ce qui arriva fous Constantin , surnommé
le Grand. Aussi à peine eut- il adopté le Christianisme , que les Conciles généraux commencèrent ,
& ce temps peut être regardé comme la première
époque de la décadence des vertus & des lumières
parmi les Chrétiens.
//* Partie ,
(N) A
î^4 T À B t E A t7
2A l’exemple de Constantin , ses Successeurs cfefirar.t d’étendre le Christianisme , employèrent les
privilèges & les grâces , afin de lui procurer des
Prosélytes. Mais ceux qu’ils dévoient à de tel»
moyens , voyoient moins la Religion à laquelle on
les appelloit , que les faveurs du Prince , & les attraits de l’ambition.
De leur côté , les Chefs spirituels eux-mêmes y
pour s’attirer de nouveaux appuis , favoriferent les
desirs & les passions des Princes ; en s’alliant chaque jour au temporel , ils s’éloignèrent de plus en
plus de leur pureté primitive : en forte que les uns
chrifiianifant le civil & le politique , les autres ci -
vïlifant le Christianisme , il se forma de ce mélange un monstre , dont chacun des membres étant
sans aucun rapport , il n’en put résulter que des
effets discordans.
Les Sophistes des différentes Ecoles , qui furent admis au Christianisme , augmentèrent encore le désordre , en mêlant à cette Religion
simple & sublime , une foule de questions vaines
& arbitraires , qui au lieu de l’union & des lumières , ne produisirent que la division & les ténèbres. Les Temples du Dieu de paix furent
convertis en Ecoles scientifiques , où les différens
Partis disputerent avec plus de violence que ne
l’avoient fait les Philosophes fous les portiques d’Athenes & de Rome. Leurs disputes étoient d’autant
plus
N a t u n £ îï
3plus 3angereufes qu’elles nuisoient aux choses à
cause des mots ; car le grand nombre ne savoit
pas que la vraie science a une langue qui lui est
particulière , & qu’elle ne peut s’exprimer avec évidence que par ses propres caractères , &: par des
emblèmes ineffables.
Dans cette confusion , la clef de la science ne
cessa pas d’étre à la portée des Ministres des Autels , comme dans un centre d'unité qu’elle ne doit
jamais abandonner : mais la plupart d’entr’eux ne
s’en servoient point pour pénétrer dans le Sanctuaire ; ils empêchoient même l’homme c e défit
d’en approcher, de peur qu’il n’apperç’it leur ignorance ; & ils défendaient de chercher à connoître les mysteres du Royaume de Dieu , quoique
félon les Traditions mêmes des Chrétiens , U
Royaume de Dieu J bit dans le cœur de l'homme ,
& que dans tous les temps la Sagesse l’ait pressé
d’étudier son cœur.
Ceux des Chefs spirituels qui se préserverent
de la corruption , gémissant sur les égaremens de
la multitude , s’efforçoient par l’enseignement &
l’exemple , de conserver chez les hommes le zele r
les vertus , & l’amour de la vérité. Mais ce fut
envain qu’ils s’élevèrent contre les abus; le monstre qui avoit déjà reçu la naissance , étoit trop
favorable aux desirs ambitieux de ses Partisans ,
pour qu'ils ne prirent pas foin de le fortifier.
(Ni) Jeune
i$6 ' Tableau
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