1C’est par-là qu’on peut expliquer en partie
les contradi&ions que présente la Mythologie.
L’ignorance du vrai sens des noms , a porté à attribuer au même Etre , à un Héros , à une Divinité , des faits & des actions qui appartenoknt à
l des Etres diftérens : on ne doit donc pas être furIpris d’y voir le même personnage montier dans
les affions , tantôt l’orgueil & l’ambition des Etres
les plus coupables , tantôt l’excès de la débauche
la plus honteuse , tantôt les vertus des Héros &
des Dieux : il ne faut point s’étonner d’y voir Jupiter maître du Ciel , Chef des Dieux terrestres ,
ses freres , & Jupiter livré aux passions les plus
vicieuses : d’y voir Saturne être à la fois le Pere
des Dieux , & manger ses enfans ; enfin , d’y
N a
ï$6 Tableau
voir Venus Uranie , & Vénus Déesse de prostitution ; ainsi , quoiqu’on trouvé rassemblés dans
la Mythologie , tous les faits & tous les types j
quoiqu’elle présente plusieurs tableaux opposés
fous les mêmes noms y l’intelligence doit en
discerner les couleurs & les véritables sujets.
Au reste , j’indiquerai tout à l’heure un point
de vue lumineux sur cet objet important , par
lequel on découvrira des solutions plus satisfaisantes , parce que l’on y verra sortir de l’homme
même la vraie source de toutes les Mythologies:
car il ne faut pas chercher ailleurs que dans
lui , l’origine naturelle de tous les faits fournis
à ses spéculations.
2Si l’on réfléchit sur l’universalité des opinions
des Peuples relativement aux manifestations viflbles des Puissances divines , sur les preuves que
nous avons données de la nécessité de ces manifestations pour l’accomplissement des Décrets
suprêmes , & sur les traces qui nous en relient
dans toutes les institutions quelconques établies
sur la Terre , nous serons très— di! posés à croire
que ces manifestations ont eu lieu en effet parmi
les hommes.
L’on se confirmera dans cette idée , si l’on
çonsidere que de pareilles traditions se sont
trouvées chçz les Peuples séparés de notre conN A T V R S 1. T 97
tinent par des distances considérables & par des
mers immenses: chez des Nations qui ont respire
ïe meme air que nous , qui ont joui du même
soleil pendant nombre de siecles , sans nous
connoître & sans nous être connus.
3Les différens Peuples de l’Amérique avoient
des idées uniformes sur la création de l’Univers ,
& sur le nombre qui en a dirigé- l’origine ; ils
admettoient , comme les anciens Peuples , une
multitude de Dieux bienfaisans & malfaisans
dont il étoit rempli , & auxquels ils offroient
de nombreuses vi&imes en sacrifice ; ils étoient
d’accord avec tous les Peuples , sur la perfection d’un état antérieur pour l’homme , sur
sa dégradation } sur sa destinée future des bons
& des mechans : ils avoient des Temples , des
Prêtres, des Autels ; un feu sacré entretenu par
des \ eflales , soumises à des loix séveres , comme
elles l’étoient chez les Romains. Les Péruviens
eurent des Chefs visibles , lesquels , comme
Orphée , se dirent enfans du Soleil & obtinrent
les hommages de leurs contrées : ils avoient
une idole dont le nom , félon les Interprètes,
lignifie trois en un : les Méxicains en avoient
une qu’ils regardoient tous comme un Dieu
qui î etoit corpori/ié en faveur de leur Nation.
Enfin } il luffiroic peut-être de changer les noms.,
pour trouver chez ces Peuples la même théogonie^
n *
îytt Tableau
& les mêmes traditions qui sont de toute antiquité dans l’ancien Monde.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.