1quelque corrompu qu’il puisse être , il Te trouvoit toujours des traces de vertus & facultés
étrangères à toute la Nature matérielle ; nous
avons vu que dans tous les siecles , chez tous les
Peuples , les idées de la justice & de la bienfaisance ont été connues , quoiqu’ils les aient si souvent défigurées , & qu’ils en aient même appliqué les noms refpeétables à des objets criminels.
Bien plus , en confijérant sa forme corporelle,
l’homme pourra se prouver qu’il pofiTede des vertus
plus avives encore que ces vertus dont nous venons de parler.
On peut dire qu’il porte sur lui des signes
vivans de tous les Mondes & de tous les Univers ; & si l’on considere intellectuellement trois
des principaux organes dont sa tête est: ornée ,
on verra pourquoi l’organe de l’ouie est; absolument passif , recevant les impressions & ne rendant rien ; pourquoi les yeux sont actifs & passifs^
exprimant au dehors les affrétions internes , &
communiquant à l’intérieur les impressions des
objets extérieurs ; enfin , pourquoi la langue
est un organe absolument actif , & ayant le double pouvoir de peindre avec la même facilité les
opérations de la pensée ou du raisonnement , &
les mouvemens ou passions de l’ame.
Nous pouvons même porter nos observat’ons
intelleétueiles jusqu’au centre invisible qui anime
T54 Tableau
2ces trois organes ; jusqu’à ce séjour cache de la
pensée, qui a son siege dans l’intérieur de la tête,
comme la Divinité suprême a mis le sien dans un
fanéluaire impénétrable quoique ses attributs en
mamfeftent l’existence & l’aôion à tous les Etres.
Nous trouverons dans cet homme invisible , le
nombre des trois facultés du Principe divin ,
qui forment le type de tous les Etres. Quoiqu’elles
n’agissent plus dans nous que par une succession
lente & pénible y elles y sont absolument indivisibles comme dans la Divinité : elles devroient avoir absolument le même objet ; &
si l’homme n’avoit le droit funeste de s’égarer
par le seul pouvoir de sa volonté , il en est qui ne
reconnoîtroient pas sa différence d’avec son
modèle.
Indépendamment des objets de la Nature
dont l’homme est environné , & qui lui peignent
son Principe , il a donc le moyen plus avantageux & plus vrai de le reconnoître en lui-même
& dans ses semblables. Il est certain que Dieu
s’étant peint lui -même dans toutes les œuvres
de la Nature , & plus particuliérement dans
l’homme , il n’existe rien dans nos ténèbres qui
ne porte son ligne , & l’immensité des Etres
rt’est autre chose que l’immensité des images
de Dieu. Vérité lumineuse qui doit servir de'
Naturel. î<><>
guide alluré pour découvrir routes celles qui
peuvent remplir les desirs de l’homme.
3Dans l’union de l’homme à l’Univers , peuton se dispenser d’appercevoir une esquisse active de l’harmonie divine , dans laquelle lè
premier Etre se représente à nous , comme domi-*
nant sur toutes les intelligences , & recevant
d’elles le tribut & l’hommage qu’elles doivent à
sa grandeur ? En effet quel est le rang que
l’homme occupe sur la terre ? Tous les Etres
de la Nature sont en action autour de lui ,
tous travaillent pour lui ; l’air , le feu , les affres , les vents, les mers, les élémens, tout
agit , tout contribue à son bien-être , tout concourt au soutien de son existence ; lui seul au
milieu de ce vaste empire a le privilège de
pouvoir être supérieur à cette action temporelle j il peut , s’il le veut & qu’il en ait le courage , n’avoir d’autre occupation que de s’approprier tous les dons & toutes les Vertus de
l’Univers.
Le seul tribut que la Sagesse exige de l’homme
en lui laissant l’usage de ces bienfaits , c’est qu’il
lui rende gloire , & qu’il la reconnoisse comme
étant le souverain arbitre de tout ce qui existe;
c’est qu’il rétablisse dans ses facultés , la même
loi , le même ordre , la même régularité par
laquelle il voit que tous les Etres de la Nai $6 Tableau
ture sont dirigés ; c’est, en un mot , qu’au lieu
d’agir en son propre nom , ainsi qu’il le fait sans
cesse , il agisse toujours , comme ces Etres , au
seul nom du Dieu vivant qui l’a créé.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.