1Les veuves Indiennes , qui se précipitent dans
le bûcher ,facrifientla voix de la Nature au desir
de paroître tendres & fenfibies , ou à celui d’entrer en pofifeflion des biens que leurs dogmes religieux leur font espérer dans l’autre vie.
Les Prêtres même qui ont profané leurs Religions par des sacrifices humains , ne se sont
abandonnés à ces crimes absurdes , que pour faire
éclater leur piété par la noblefiede la victime, se
persuadant que par ce culte terrible , i'sétendoient
l’idée de la grandeur & de la puissance de
l’Agent suprême ,ou qu’ils le rendoient favorable
à la Terre y lorsqu’ils le croyoient irrité contr’elle.
Il est donc bien certain , malgré les erreurs des
hommes , que toutes leurs se&es , que toutes leurs
institutions , que tous leurs usages s’appuient sur
une vérité, ou sur une vertu.
Prendrons-nous pour exemple , les conventions
sociales de l’homme & ses établissemens politiques ? Ils tendent tous à réparer quelque déNaturel .
sordre moral ou physique , réel ou conventionnel. Il a , ou au moins il feint d’avoir pour objet
dans toutes ses loix , de remédier à quelques abus ,
de les prévenir , de procurer à ses concitoyens &
à lui-même , quelque avantage qui puisse contribuer à les rendre heureux.
2Alors n’est-ce pas avouer que supérieur aux
Etres physiques concentrés dans eux-mêmes , il
a ici-bas à remplir des fonctions différentes des
leurs ? N’est-ce pas faire connoître par ses propres actions qu’il est chargé d’un emploi divin ,
puisque Dieu étant le Bien par essence , la réparation continuelle du désordre , & la conservation
de ses ouvrages, doit être en effet l’œuvre de la
Divinité ?
Enfin , nous voyons généralement établies sur
la Terre , des Institutions sacrées , auxquelles
l’homme seul participe parmi tous les Etres sensibles ; nous trouvons dans tous les temps & dans
toutes les contrées de l’Univers , des dogmes religieux , qui enseignent à 1 homme qu’il peut porter ses vœux & ses hommages jusques dans le
Sanctuaire d’une Divinité qu’il ne connok pas,
mais dont il est parfaitement connu , & dont il
peut espérer de se faire entendre.
Par-tout, ces dogmes enseignent que les décrets divins ne sont pas toujours impénétrables k
D 4.
5 6 Tableau
l’homme ; qu’il peut, dans ce qui le concerne j
participer en quelque foire à la force & aux
! vertus fupiêmes: & par-tout on a vu des hommes
véridiques , ou imposteurs , s’annoncer pour
en être les Ministres ex le organes.
3Les traces même do ces droits iublimes s’apperçoivent non seulement dans tous les cuites publics des différentes Nations ; non seulement dans
ce qu'elles ont appelle Sciences occultes , où il
s’agit ce cérémonies myllérieufes y de certaines
formules auxquelles o:î suppose des pouvoirs
secrets sur la nature, sur les maladies, sur les
génies bons & mauvais, sur ies pcnlécs des
hommes; mais encore dans les fimpLs affes
civils & juridiques ces puissances humaines , ou f
prenant leurs loix conventionnelles pour arbitres, les regardent &: les consultent comme les
décrets de la vérité même ; & ne. craignent point ?
en ag slant d’après ces loix , de se dire eu peifeilion
d’une autorité éclairée , d’une science cerraine ,
& à couvert de toute erreur.
S’il est vrai que l’homme n'ait pas une seule
idée à lui ; & que cependant l’idée d’un tel pouvoir & d’une telle lumière loit , pour ainsi dire y
utnverlelle ; tout peut être dégradé dans la
science de la marche ténébreuse des hommes,
mais tout n’y cft pas faux. Cette idée annonce
donc qu’j] y a dans eux quelque analogie , quelNaturel. 57
ques rapports avec l’a&ion suprême, & quelques
vestiges de ses propres droits ; comme nous
avons déjà trouvé dans rintelligence humaine,
des rapports évidens avec l’Intelligence infinie &
avec ses vertus.
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