1L’imperfection attachée aux choses temporelles, prouve qu’elles ne sont ni égales ni coéternelles à Dieu , & démontre en même temps qu’elles
ne peuvent être permanentes comme lui ; car leur
nature impariaite ne tenant point de reffence de
Dieu , à laquelle seule appartient la perfection
& la Vie , doit pouvoir perdre la vie ou le
mouvement qu’elle a pu recevoir ; car le véritable droit que Dieu ait de ne pas cesser d’être ,
c’elt de n’avoir pas commencé.
Et , en effet , si la vie ou le mouvement étoit
essentiel à la matière , il n’auroit pas fallu ,
comme l’ont fait les plus fameux Philofcphes ,
demander } pour former un Monde , de la matière
& du mouvement ; pui'que d’après ce principe,
en obtenant l’une , ils auroient eu nécessairement
l’autre.
Si les hommes ont erré sur ces objets, c’efî
qu’ils ont fermé les yeux sur les grandes loix des
Etres, & qu’ils ont méconnu jusqu’aux caractères
essentiels qui doivent , dans la peiaée de l’homme ,
séparer l’Univers & Dieu.
Dans l’ordre intel.ectucî , c’cft le supérieur qui
nourrit l’inférieur ; c’efè le Principe de toute
«xiftence qui entretient dans tous les Etresla vie
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ii Tableau
qu’il leur a donnée ; c’est de la source première de
la vérité , que l’homme intellectuel reçoit journellement ses pensées , & la lumière qui l’éclaire.
2Or ce Principe supérieur n’attendant sa vie , ni
son soutien } d’aucune de ses productions , recevant tout de lui-même , trouvant tout en luimême , est à jamais à l’abri de la privation , de
la disette & de la mort.
Au contraire , dans toutes les classes de l’ordre physique , c’est: l’inférieur qui nourrit & alimente le supérieur j le végétal , l’animal , le corps
matériel de l’homme , nous en fournissent les
preuves les plus évidentes. La Terre elle-même
n’entretient-elle pas son existence par le secours
de ses propres productions ? N’est-ce pas de leurs
débris qu’elle reçok ses engrais & ses alimens ?
Er les pluies , les rosées , les neiges qui la fertilisent ^ sont-elles autre chose que ses propres exhalaisons , qui retombent sur sa surface y après
avoir reçu dans l’atmosphere , les Vertus nécessaires pour opérer sa fécondation ?
C’est donc là l’image la plus frappante de son
impuissance , & la preuve la plus certaine de la
nécefhté de sa destruction ; car, ne pouvant conserver sa vertu génératrice & son existence , que
par le secours de ses propres productions , on ne
fauroit la croire impérissable , lans lui reconnoître , comme dans Dieu , la faculté essentielle &
Naturel. 2.3
sans limites d’engendrer ; & alors on ne verroit
jamais en elle & sur sa surface , ni ftcrilité , ni
sécheresse.
3Mais la Terre donne journellement des témoignages qu’elle peut devenir stérile ; puifquc des
contrées entières se trouvent dénuées des plantes
& des produ&ions qu’elles ont pofifédées autrefois avec abondance.
Or la terre pouvant tomber dans la stérilité,
& cependant ne pouvant être alimentée que par
ses propres fruits , de quoi se nourrira-t-elle
lorsqu’elle cessera d’en produire ? & comment
conservera-t-elle alors ses vertus &son existence ,
si l’existence d’aucun être ne peut se conserver
sans alimens ?
Pouvons -nous donc concevoir rien de plus
difforme , qu’un être dont la vie est fondée sur les
vicissitudes , la deflrudion & la mort ; qu’un
être qui , comme la Matière , comme le temps ,
comme le Saturne de la Fable , n’existe qu’en
se nourrissant de ses propres enfans ; qui ne peut
en conserver une partie , sans sacrifier l’autre • en
un mot, qui ne peut maintenir leur existence ,
qu’en leur faisant dévorer leurs propres freres?
C’elt ici le lieu d’observer les résultats de
toutes les recherches qui ont été faites sur Dieu
& sur la matière. Dans tons les temps on a
cherché à sayoir ce que c’efî: que la matière , &c
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The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.