1vain prétendrions-nous produire des fruits analogues à l’arbre qui nous a engendrés ; en vain
pourrions-nous jamais espérer de voir s’exhaler
de nous ces vertus actives dont tous les Etres
sont dépositaires , chacun félon leur classe ; ces
vertus , qui circulant sans cesse du Principe Suprême à ses productions , & des productions à
leur Principe , forment cette chaîne vivante &
non interrompue , où tout est aCtion , tout est
force , tout est jouissance.
Mais indépendamment du besoin que nous
avons de la réa&ion Supérieure , nous voyons
l’impossibilité que cette réaction n’ait pas lieu
pour nous, quoique nous en négligions si souvent
les effets.
Et vraiment , si la nature essentielle & primitive de l’homme l’avoit appelle à être l’image &
Pexpreflion des vertus du grand Principe , & que
la nature des Etres Soit indeftru&ible } quoique
leurs faits & leurs propriétés s’altèrent ouse détruisent , l’homme n’a pu effacer la loi & la convention qui le constituent : il doit donc toujours lui
rester les moyens d’en opérer l’accomplissement ;
& quel que Soit le ténébreux abyme où l’homme
est tombé , l’essence divine ne peut cesser de
faire couler jusqu’à lui des ruisseaux de sa gloire.
Ein effet , la Sagesse suprême étant l’unique
Source de tout ce qui existe de vrai ? si rien ne
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2peut être qui ne vienne d’elle & qui ne tienne à
elle , dès qu’un Etre vrai existe } il est nécessairement son image : or cette source tiniverfelle ne
suspendant jamais l’action par laquelle elle se reproduit elle-même , ne cesse par conséquent jamais de reproduire universellement les propres
images. Où l’homme pourroit-il donc aller qu’il
ne les rencontrât & qu’il n’en fût environné ? En
quel exil pourroit-il être banni , qui n’en portât
pas quelque empreinte ?
Nous devons même en dire autant du Principe
du mal , dont l’existence est attestée par la ccntr’a&ion pénible qu’il opéré sur notre pensée.
Les rayons a&ifs de la lumière pénètrent sans
doute jusqu’à lui : car si nous voyons que les eaux
douces ne se bornent point à féconder la 'terre ,
en se subdivisant en mille ruisseaux sur sa surface , mais qu’elles se rendent jusqu’à la mer ,
pour contribuer, avec les autres causes naturelles,
à tempérer son âcreté , & à l’empêcher de se
convertir en une maffe inutile de sel , n’est-ce
pas nous indiquer que de même les vertus supérieures , après avoir vivifié & rempli le cœur de
l’homme , qui est leur réservoir naturel , débordent , pour ainsi dire y & descendent jusqu’au
foyer de la corruption , afin d’en adoucir l’amertume y & d’empêcher que l’ardeur de ce feu impur ne desseche tellement le germe du crime ,
14© Ta bleau
qu’il ne puisse plus se dissoudre ni se décomposer.
3Cependant , dès que les Etres sont criminels ,
ils sont réellement séparés du Chef divin par la
privation de l’exercice de leurs facultés ; & quoique la vertu du Créateur se communique jusqu’à
eux, si à causede la corruption de leur volonté,
rien ne retourne d’eux à lui , ils restent dans les
ténèbres & dans la mort destinées à tous les Etres
de mensonge & d’erreur.
Car c’est une très-grande vérité que les rapports des Etres doivent s’apprécier en remontant
d’eux à leur Principe , & non pas en descendant
de leur Principe à eux ; parce que c’est dans ce
Principe qu’ils ont leur source & toute leur valeur y au lieu que ce Principe ayant toutes ces
choses en lui-même , n’a besoin de les chercher
dans aucun autre Etre.
On peut dire enfin que si Dieu conserve encorla e de vie & des vertus aux Etres coupables ,
c’est comme il conserve la parole aux hommes
oiseux\ ôtqu’ainsi, dans l’un & l’autre exemple ,
les traces de la dégradation sont évidentes.
Quoiqu’il y ait une distance incommensurable
entre les hommes dégradés & le Créateur , nous
devons reconnoître que cette distance n’est relative qu’à eux seuls , & n’attaque en rien l’indivisible universalité de l’Eternel , il tient toujours à
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eux par les droits de leur nature intesse&uelle , &
jamais le Pere commun des Etres ne perdra de
vue la moindre de ses froduéfions ; autrement il
faudroit que son amour s’éteignit ; & si l’amour
s’éteignoit , il n’y auroit plus de Dieu.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.