1Des mers à traverser , des précipices à franchir ,
des Nations entières à réduire , des intempéries
de tout genre à éprouver , des régions impures à
parcourir y des privations & des lenteurs à subir
par les retards & les variétés des faisons ; voilà l’état journalier de l’homme intesse&uel , dont
l’homme temporel est l’image.
Ce qui rend ces travaux si imposans , c’est: que
si l’homme laisse écouler en vain le nombre de
temps accordé pour les accomplir , il lui faut un
fécond nombre de temps plus considérable , plus
pénible que le premier ,• attendu qu’il a alors &
la première & la fécondé force à acquérir. Si pendant ce fécond nombre de temps , ce malheureux
homme ne remplit pas mieux la tâche qu’il ne l’a
fait dans le premier, il en faut nécefiaiiement un
troisieme encore plus rigoureux que les deux autres, & ainsi de fuite, ians qu’on puisse fixer d’autres
termes à ses maux , que ceux qu’il leur fixera lui—
même , en sacrifiant toutes les remAîquifontenlui.
S’il dérobe une partie de l’holocauste , celui qui le reçoit , lui retient aussi une partie de la
récompense , jusqu’à ce qu’il se soumette à payer
sans réserve un tribut qu’il ne peut rendre efficace & complet, qu’en y faisant contribuer tout
son Etre.
Cependant ce tribut , ce sacrifice , cette œuvre
enfin, l’homme n’a que le moment de sa vie corÏ24 T A B I E A U
2porelle pour le déterminer ; car la vie terrestre
est la matrice de l’homme futur ; & de même que
les Etres corporels apportent & conservent sur
cette terre , la forme , le sexe & les autres lignes
qu’ils ont puissés dans le sein de leur mere ,• de
jnême l’homme portera dans une autre terre , le
plan , la firuclure , la maniéré d’être qu’il se sera
fixée lui-même pendant son séjour ici-bas.
S’il en parcourt inutilement l’intervalle , loin
de se revivifier y il ne fait que de se rendre ihhabile
à connoître jamais la vie , comme ces plantes maigres & viciées , qui non-seulement voient palier
en vain sur elles les rayons du soleil , mais qui ne
sont que se dessecher d’autant plus à sa chaleur ,
& perdre le peu de fuc qui leur restoit pour s’améliorer & devenir fertiles.
Tels sont les dangers qui nous menacent , depuis la corruption & la chute du premier coupable tel est; l’état de l’homme dans son séjour ténébreux , où non-seulement il ne connoît pas son.
propre nom , mais encore y où prelfé du poids de
toutes les spheres & de toutes les actions auxquelles il s’est assùjetti , il peut en être opprimé ,
s’il n’emploie utilement tous les eftorts de sa volonté , & le secours favorable qui lui est: encore
offert , pour soutenir leur violence & pour en
diriger les effets à son avantage. Car l’aftivité de
ccs Puissances formidables est: d’autant plus.
Naturel. ii f
3douloureuse pour lui , tant qu’il est réduit à lui—
même , que ne jouissant pas de leur lumière ,
il ne fait où fuir pour en éviter le choc & la
poursuite ; enfin , placé entre des abymes & des
forces imposantes qui le compriment , il est à
chaque iiaftant exposé à être froissé , déchiré , ou
à tomber dans les précipices qui sont toujours
ouverts fous ses pas.
Dans cette affligeante dégradation , n’appercevant plus les propriétés fixes & simples de l’unité y il est réduit à errer autour du temple qui
les renferme , & dont il s’est lui-même interdit l’accès ; s’il peut seul , par sa persévérance ,
parvenir quelquefois jusqu’au pied de cette auguste
enceinte, & entendre de loin 'le fondes cantiques, que des voix pures y prononcent avec des
paroles de feu ; ces voix ne trouvant plus la même
pureté dans la sienne , ne peuvent lui permettre
de s’unir avec elles , ni de se mêler à leurs concerts.
Et voilà quelles sont les fuites du premier crime
de l’homme , par rapport à toute sa postérité.
Ces fuites funestes ne se bornent pas à
l’homme , elles s’étendent sur tous les Etres fenflbles & sur toutes les parties de l’Univers ; puisque rien de ce qui compose le temps y ne peut se
soustraire aux fouffirances , conformément à la définition que nous avons donnée du temps.
En effet , l’homme choisi par la Sagesse fui2 6 Tableau
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.