1fessânt ensuite ces sciences ainsi rétrécies ou cor*
rompues , ont donné lieu à ces traditions absurdes , à cette multitude infinie de récits ridicules , impies & insensés , dont les différentes
Mythologies sont remplies ; & qui ne se concilient point avec les vérités fondamentales & primitives , parce que plusieurs de ces récits tiennent
si peu à la vraie source , qu’ils ne peuvent avoir
aucun rapport avec nous ; enfin , de là dérivent
principalement les différentes Sectes des Religions
des hommes , & toutes les branches de l’Idolâtrie,
Car s’il est confiant qu’il y a une idolâtrie où
l’on n’apperçoit que l’ignorance & le néant , il
y en a une qui tient évidemment à la dépravation ;
& qui conduit à de plus grands crimes encore que
ceux que le fanatisme & la superstition ont pu
engendrer sur la terre. Elles sont l’une & l’autre
une altération du culte vrai ; elles mettent égale-,
ment un Dieux faux à la place du Dieu réel. La
différence d’origine de ces deux especes d’idolâtries , vient de ce que dans l’une , l’homme a
abusé de ses connoissances pour en former une
science coupable , & que dans l’autre , il a été
grossiérement instruit.
Mais toutes ces erreurs annoncent également
l’idée Sc la connoissance d’un Etre souverain ;
çar si l'idée d’un Dieu n’étoit pas analogue à
r^ptre
Naturel: 2
2notre Nature , jamais ni les objets de nos
affecjons ienfibles , ni l'instru&ion même des
Agens supérieurs ne Pauroient fait naître , ni dans
l’efpric des iniHtuteurs , ni dans celui des autres
hommes. De même si un homme n’avoit jamais
connu fenfiblerrKnt aucun objet fqpc rieur &
digne de Tes hommages , il n’auroit pu enfanter
l’Idolâtrie souverainement criminelle , puisque ,
pour être vraiment Idolâtre , non seulement il
faut commencer par reconno'tre un Principe divin ,
fnais encore il faut l’avoir connu de maniéré à ne
pouvoir ignorer quhl lui est du un culte pur &
légitime.
Ainsi , lorsque nous nous remplirons d’admiration pour les beautés naturelles , de vénération pour des héros , de tendreiîe pour un ami ,
nous fonimes encore loin de l’idolâtrie , &: nous
n’attribuerions jamais à aucun Etre inférieur , ni
les noms , ni les titres qui appartiennent à la Divinité , si l’idée de la perse&ion suprême n’avoit
été antérieurement développée en nous , soit en
nature , soit par l’exemple , & l’instruction même
altérée de nos éducateurs &: de ceux qui nous
environnent.
Et même , lorsque nous nous oublions jusqu’à
divinifer des hommes ou des otjets purement
terrestres , ce n’est point eux que nous élevons
réellement à la qualité de Dieux , ils sont
trop
236 Tableau
3trop foibles & trop infirmes pour nous induira
à une véritable idolâtrie : mais c’est la majesté de
notre Etre que nous faisons descendre du point
d’élévation où l’exemple & l’instru&ion l’avoient
portée , & que nous laissons reposer sur des objets
inférieurs ; c’est cet Etre qui fachant qu’il est
destiné à rendre hommage & à contempler la
Divinité suprême , s’abaisse vers les Etres qui sont
au défions d’elle , & les prend pour le terme de
son adoration.
C’est donc moins en divinifant les objets
sensibles , qu'en se matérialisant lui-même , que
l’homme s’est fait idolâtre. Ce n’est point par
des affections sensibles que l’homme s’est élevé
à l’idée de la Divinité , & à celle de ses Agens :
c’est: au contraire en ravalant cette idée sublime & naturelle , qu’il a perdu de vue les objets
supérieurs dont son essence le rapprochoit , pour
s’attacher à des Etres grossiers & périssables qui
n’en avoient ni la réalité ni les vertus. Car , je le
répété , si l’homme n’avoit eu primitivement la
preuve de Pexiftence de ces Etres supérieurs , s’il
ne l’eût transmise à ses semblables , ou par des
faits , ou par des traditions , aucun d’eux n’eût
jamais erré sur un principe dont ils n’auroient
point eu de connoissance ; & l’on peut regarder
comme une vérité confiante , que si un homme
dès l’enfance étp.it entièrement féparç des autres
hommes >
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The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.