1-f-J A sublime origine de l’homme , sa chute ,
l’horreur de sa privation a&ueile , la nécessité
ândi'pensable que des Agens visibles aient apporte des secours supérieurs sur la Terre , &
qu’ils aient employé des moyens sensibles pour
en rendre les vertus efficaces , voilà autant de
vérités tellement gravées dans l’homme , que
tous les Peuples de l’Univers les ont célébrées ,
& nous ont laissé des traditions qui les confirment.
Tous les récits historiques , allégoriques &
fabuleux , renfermés dans ces traditions , parient
du premier état de l’homme dans sa pureté ,
des crimes & de la punition de l’homme coupable & dégradé ,* ils exposent avec une égale
évidence les bienfaits des Divinités envers lui.
Naturel. 193
pour adoucir ses maux & le délivrer de les
ténèbres.
Ce n’est point artèz qu’on y ait déifié les
hommes vertueux qui ont donné à leurs semb'abies des exemples de justice & de bienfaisance ,
& qui ont retracé par leurs aftions quelques
"vertiges de notre première loi ; on n’a pas craint
d’y faire descendre sur la Terre les Divinités
mêmes , pour apporter à l'homme les secours
superieurs , que des Héros mortels ne pouvoient
lui faire connoître , & pour l’engager à devenir semblables a elles, comme l’unique moyen
de se rendre heureux.
2En même temps , ceux qui ont eu foin de
nous transmettre de tels récits , s’accordent à
nous représenter ces Divinités bienfailantes fous
des formes sensibles , & analogues à la région
que nous habitons ■ parce que sans cela leurs
secours auroient été en quelque forte perdus
pour des Etres aussi grortïérement corporisés
que nous le sommes.
Enfin , chez toutes les Nations , les secours
de ces Divinités bienfaisantes ont été célébrés par
des cultes. Qui orero:t assurer même que toutes
îesloix, tous les usages, routes les conventions
sociales, civiles, politiqué* , militaires , religieuses que l’on voit établies sur la Terre, ne foicnr pas
des traces parlantes de ces inrticutions primitives J
N
Tableau
qu’elles ne foient pas des émanations , altérations ou dégradations de ces premiers présens
faits à l’homme après sa chute , pour le ramener à son Principe ? Car il ne faut pas oublier
que les hommes peuvent tout altérer y qu’ils
peuvent tout corrompre , mais qu’ils ne peuvent
rien inventer.
Nous aurions donc fous les yeux un moyen
de plus , pour lire & pour reconnoître dans
toutes les œuvres de l’homme , la loi qui le concerne & à laquelle il devroit s’attacher attendu
que malgré les différences infinies que nous
offre la forme de ces institutions humaines dans
tous les lieux de la Terre , elles ont toutes le
même but , le même objet , & que ce but perce
par-tout ses enveloppes.
3Il faut convenir néanmoins que les traditions
allégoriques & fabuleuses , à force de vouloir
assimiler les Dieux à l’homme , leur ont donné
souvent ses passions & ses vices ; qu’elles les
ont fait agir comme les Etres les plus corrompus ; & que les avilissant ainsi à nos yeux ,
elles ont en quelque forte perdu tous leurs
droits à notre croyance.
Mais ne doit-on pas sentir que si la Mythologie s’annonce fous des apparences ridicules ,
ielles que ces fureurs , cette jalousie , cette ardeur
Naturel. 19?
des sens qui parole y être presque le seul mobile
des Dieux & des Héros , c’est qu’étant un tableau universel , elle doit offrir les maux & les
biens , l’ordre & le désordre , les vices & les
vertus qui circulent dans la sphere de l’homme.
D’ailleurs l’abus des mots , & l’ignorance de
leur véritable signification , ont donné à ces
récits emblématiques , une multitude de sens
louches & forcés qu’ils n’avoient pas dans l’origine , où ils peignoient des objets aulïi réguliers , aulïi élevés , aulïi refpeâables que ces
emblèmes paroissent aujourd’hui imparfaits , ridicules Sc dignes de mépris.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.