1même de ces vertus constitutives , ainsi elle ne
détruit point le rapport que nous établirons
& quoique ces dimensions fondamentales ne
foient plus à leur place naturelle , l’homme peut
toujours trouver dans les proportions de sa
forme corporelle les traces de sa grandeur & de
sa noblesse.
Les animaux qui ressemblent le plus à l’homme
par leur conformation , en different absolument
en ce point ; car leurs bras étendus donnent une
ligne beaucoup plus grande que celle de la hauteur de leur corps.
Ces proportions attribuées exclusivement au
corps de 1 homme , le rendent comme la base
commune & fondamentale de toutes les proportions & de toutes les vertus des autres Etres corporels , desquels on ne devroit jamais juger que
relativement à la forme humaine.
Mais ces merveilles d’intelligence , & ces rapport corporels , dont nous venons de présenter le
tableau , ne sont pas les plus essentiels de ceux
qu’on peut appercevoir dans l’homme. 11 a encore d autres facultés & d’autres droits pour se
placer au dessus de tous les Etres de la Nature.
De meme qu’il n’ell aucune substance élémentaire qui ne renferme en elle des propriétés utiles, suivant son espece j de même il n’est poins
D z
52 Tableau
d’homme en qui l’on ne puisse faire développer
des germes de justice, & même de cette bienfaisance qui fait le caractère primitif de l’Etre nécefïaire , souverain Pere & Conservateur de toute
légitime existence.
2Les conséquences contraires que l’on a prétendu tirer des éducations infructueuses , sont
nul.es fk abusives : pour qu’elles eussent quelque
valeur , il faudreit que l’Instituteur fût parfait,
ou au moins qu’il eût les qualités analogues aux
besoins de ses Eleves ; il faudroit qu’il tut exercé
dans l’art de saisir leurs caractères & leurs besoins , pour leur présenter , d’une maniéré attrayante, l’espece d’appui ou de vertu qui leur
manque ; sans quoi leur infenlibilité morale ne
sera que s’accroître ; ils s’enfonceront de plus en
plus dans les vices & la corruption , & l’on rejettera sur l’imperfeCHon de leur nature ce qui
n’est qu’une fuite de l’inhabilité & de l’infufhfance du Maître.
Si l’on excepte donc quelques monstres , qui
même ne sont devenus inexplicables } que parce
que dans le principe l’on a mal cherché le nœud
de leur cœur , il n'existera pas un Peuple , pas un
homme en qui l’on ne puisse trouver quelques vestiges de vertu. Les alfociations les plus corrompues ont pour bafela justice , & se couvrent au
moins de ses apparences ; & pour obtenir le fucNaturel. 53
ces de leurs projets desordonnés, les hommes les
plus pervers empruntent le nom &: les dehors de
la fagelTe.
3La bienfaisance naturelle à l'homme se manifesteroit aussi universellement , h l’on en cherchoit
les lignes ailleurs que dans des befcir.s qui nous
sont étrangers , parce qu’il faut qu’elle pailfe
s’exercer sur des objets réels, pour déterminer &
développer les vraies vertus qui appartiennent à
notre essence.
Mais, indépendamment de ce que les Obfervatenrs établirent sans ceflfe leurs expériences
sur des besoins faux , & sur des bienfaits egalement imaginaires, fs oublient que l’homme , livré à lui-même, se borne ordinairement à quelque vertu , pour laquelle il néglige & perd de vue
toutes les autres. On ne l’apprécie alors que sur
celle qu’il a adoptée ; & ainsi. ne trouvant pas
les mêmes vertus dans tous les individus & chc L
tous les Peuples , on se hâte de décider que ,
n’étant point générales , elles ne peuvent être de
reffence de l’homme.
C’est: une méprise impardonnable de conclure
de differens exemples particuliers , à une loi générale pour l’espece humaine. Nous le répétons;-
l’homme a en lui les germes de toutes les vertus;
elles sont toutes dans sa nature } quoiqu’il ne les
manifeste que partiellement , de-îà vient que
D 3
Ï4 TabieaïT
souvent îorsqu’il semble méconnoître ses vertus
naturelles , il ne fait que les substituer les unes
aux autres.
Le Sauvage , qui viole la fidélité du mariage , en prêtant sa femme à ses hôtes, ne voit
que la bienfaisance & le plaisir d’exercer l’ho^pitaliré.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.