1Si la persuasion des manifestions visibles des
Puissances divines & de leur néceiïité , n’étoit pas
dans l’homme un sentiment efïentiel & analogue
à sa propre nature , ces opinions ne se seroient
communiquées que par tradition , de proche
en proche. Elles n’auroient point existé chez
ces Peuples , s’ils n’ont jamais tenu à nous par
aucun lien : ou elles se seroient effacés de leur
souvenir par la longueur des temps depuis notre
' sépara^ion , si primitivement nous les avions
partagées avec eux.
Nous ne prétendons point , par cette alternative , fortifier les incertitudes & les soupçons
qui ont pu régner sur la diversité d’origine de
tous ces Peuples. On ne doute plus aujourd’hui
que le Nord de l’Asie ne communique de trèsprès au Nord de l’Amérique ; que le détroit qui
sépare ces continens ne soit rempli d’Isles , qui
en rendent la communication plus facile ; enfin ,
que leurs habitans ne commercent ensemble >
& que même dans le Nord de l’Asie , il n’y aie
des Peuplades Américaines.
Indépendamment de cette voie de communication entre les deux continens , il faut croire que
dans l’intervalle qui s’ell écoulé depuis les pre-
"Naturel.
tnïers siecles , plusieurs Navigateurs , soit de
l’Orient , soit de l'Occident , ont été jetés sur
ces plages inconnues , où produisant en divers
lieux différentes Peuplades , ils leur auront
transmis les vices & les vertus , l’ignorance &
les lumières qu’ils avoient apportées avec eux.
2Car si l’on confiaere la diversité des Nations
qui habitoient l’Amérique , la variété extrême
de leurs mœurs , de leurs usages , de leurs langues , & même de leurs facultés phylîques ; si
l’on considere que la plupart de ces Nations ou
familles étoient inconnues les unes aux autres ,
& ne montroient aucun indice qu’il y eût jamais
eu de relation entr’elles , on se démontrera sans
peine qu’elles doivent leur existence à divers
naufrages , ou à des émigrations de l’ancien
continent , & que leurs peres ont été jetés sur
ces rivages à des époques différentes & dans
des siecles éloignés.
Sans nous arrêter plus long-temps à cette question , & quelle que soit la maniéré dont cette
population a eu lieu , on ne peut se dispenser
de reconnoître une unité d’origine primitive ,
à des Peuples dont les diverses especes engendrent
avec nous , & dont les fruits provenant de
ces alliances , engendrent à leur tour ; à des
Peuples , chez qui l’on découvre les traces des
mérités que nous avons annoncées sur la né?»-
200 Tableau
cessité de la manifestation des facultés & pmf*~
ssances de l'Etre divin dans cet Univers & devant les hommes ; enfin , à des Peuples qui
sont abfoiument semblables à nous par leur
rature , par leurs idées fondamentales , & par
leurs traditions.
3Diions plus : quand même leur origine primitive ne leroit pas commune avec la notre 9
dès qu’ils nous ressemblent , ils doivent participer aux mêmes avantages. Enfin , s’ils sont
hommes , s’ils iont comme nous dans la privai ion & le besoin de I’Etre supérieur & universel qui les a formés , cet Etre tient à eux ,
comme à tontes les autres productions. A nfi ,
quand ils n’auroient jamais eu de communi-»
cation avec notre continent , cet Etre auroir toujours pu leur taire parvenir des preuves
& des manifestations de son amour & de sa
sagesse.
Quant à l’antiquité des temps , où les manifi fia fions de ces Vertus supérieures ont commencé à s’opérer parmi les hommes , les traditions de la plupart des anciens Peuples nous
oiFrent encore les indiies les plus fûrs.
L’origine de ces Peuples est presque toujours
enveloppé d’un voile merveilleux & .'a:ré. Us
se dilent presque tous protégés > & même defNature 2,1 2.0-ï
fendans de quelque Divinité, qui a présidé à leur
«aissance , qui a londé leur établissement , & qui
les soutient par un pouvoir invisîble.
N’est-ce pas nous annoncer depuis quel temps
l’œil de la Sagesse veille sur l’homme , malgré
son crime ? N’est-ce pas nous dire que , dès l’instant que l’homme eff devenu coupable & malheureux , la lumière s’est emprelTée de venir au
devant de lui , en se partageant, pour ainsi dire,
afin de se mettre à sa portée , & n’a cesse depuis
de répandre les memes bienfaits sur toute sa
postérité ?
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.