1Il ne faut pas croire , en effet , que cette sagesse soit à notre seule disposition & dépende
absolument de nous , comme l’habitude des exercices corporels auxquels nous pouvons nous former à force de répétitions , & être comme allurés
de réussir.
Nous avons en nous , il est vrai , plusieurs
facultés intellectuelles & spirituelles qui peuvent
se perfectionner par notre travail ; telles sont les
vertus fccondaires , & même la science , mais quant
a la lagefTe , ce n’est point à force ouverte que
nous y parviendrons ; c’est la Cour des Rois où
il faut marcher avec humilité , fourmilion , prévenance , attention confiante à captiver leur bienveillance j ou , à quelqu’instant qu’il nous prennent , il faut toujours qu’ils nous trouvent prêts à
leur plaire & à nous sacrifier pour eux. C’est
autant par la patience que par l’autorité & par
la violence , qu’il faut écarter les rivaux qui nous
traversent. La douceur & l’amour , voilà les routes
qm mènent à la félicité ; encore , malgré tous ces
soins , le Prince peut - être ne jugera-t-il pas à
propos de nous honorer d’un regard.
Jugeons maintenant si la sagesse eff une chose
précieuse , & s’il est rien à quoi elle puisse se
comparer. L’homme devroit la demander sans
cesse y
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2celle , maïs avec des paroles de feu qui exprimaftent combien il la desire ; son visage devroit
porter d’avance la joie dont ce tréforpeut le remplir • c’est une fois ardente , c’est un besoin voluptueux , c’est tout son Etre intérieur qui doit
parler.
Nous pourrions écouter nos Maîtres , s’ils
nous peignoient les imprudences auxquelles, l’esprit de l’homme est exposé dans sa marche ,
par ses jugemens trop précipités ; s’ils nous dissoient qu’à quelque degré de connoissance , de
sagesse & des vertus que nous publions être , il
nous reste toujours plus à acquérir que nous ne
possedons ; que les plantes qui poursuivent dans
une paisïble persévérance le cours de leur action
devroient nous servir de modèles ; que tous les
momens que l’homme emploie à se contempler ,
sont pris sur ceux destinés à sa croissance ; que
non seulement il ne faudroit pas compter pour
quelque chose les jouissances les plus vastes auxquelles nous pouvons tendre comme hommes ,
mais qu’il faudroit regarder bien moins encore
les jouissances & les faveurs particulières , comme
le complément de l’œuvre j ni une science isolée,
comme l’universalité des merveilles renfermées
dans l’alliance de l’homme avec son Principe :
car cette fausse maniéré de voir seroit le premier
obstacle à nos progrès • & ft nous venions à l’insinuer
Naturel. ? izj
{muer à d’autres , nous pourrions être assurés
que nous les trompons , & que nous nous trompons nous-mêmes.
3Nous pourrions écouter attentivement ces Maîtres , si après nous avoir instruits par ces
principes , ils nous engageoient à examiner s’il
n’y a pas un complément à ce grand oeuvre ;
& ici nous allons voir naître un nouvel ordre
de choses.
Que seroient les connoissances de l’homme ,
que seroit cet Erre fait pour posséder l’unité des
sciences & des vérités , s’il n’avoit pu espérer de
connoître qu’une subdivision des vertus divines ?
Sa nature l’appelant à contempler la réunion de
ces mêmes vertus , & à être leur ligne vivant ,
comment auroit-il jamais recouvré des privilèges
ausïï sublimes , s’il n’eût vu que des rayons épars
de cette unité ?
En effet } que sont ces Héros , ces demi-Dieux ,
ces Aoens célébrés , dont les Traditions historiques & fabuleuses nous présentent sans cesse la
correspondance avec la Terre? Ils n’ont été chacun dépositaires que de quelques vertus particulières de l’unité. L’un en a manifesté la force par
la grandeur de ses entreprises , &. par ses immenses travaux. L’autre en a manifesté la jujiia
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The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.