1prême pour être le signe de sa judice & de sa
puissance , devoit resserrer le mal dans ses limites, & travailler sans relâche à rendre la paix à
l’Univers. Et sa sublime destination annonce assez
quelles doivent être ses vertus ; puisque lui seul
devoit posséder toutes les forces partagées entre
tous les Etres rebelles.
Mais, s’il a laide corrompre sa virtuelle activité ; (1 au lieu de subjuguer le désordre , il a
fait alliance avec lui , ce désordre a dû s’accroître
& se fortifier au lieu de s’anéantir ; & cette
enceinte universelle , qui servoit de borne au
Mal y a du être d’autant plus exposée à ses attaques & à son aflion. Ce qui doit faire concevoir comment tous les Etres de la région sensible peuvent être aujourd’hui dans un plus grand
pâtiment, ou un plus grand travail, qu’ils ne
l’étoient avant le crime de l’homme.
Il faut convenir néanmoins que les pâtimens
naturels de ces Etres sensibles ne peuvent se comparer à ceux de l’homme; parce que l’homme
ayant un principe de plus qu’eux, est susceptible
de peines & de plaisirs qui leur sont tout-à-fait
inconnus.
Il seroit à présumer aussi qu’il existe des différences entre les pâtimens des Etres qui composent la clade matérielle. Si la plante souffroit , ce
seroit moins que l’animal : si le minéral souffroit ,
ce
Naturel. 127
2ce seroit moins que la plante & l’animal , vu la
différence des principes qui constituent ces trois
régnés. Mais , pour ne point ralentir notre marche , nous comprendrons fous la dénomination
d’Etres sensibles & corporels , tout ce qui est en
a&ion dans la Nature , & tout ce qui est corps
de matière , laissant à l’intelligence du Le&eur à
faire les diftinûions particulières que l’immensité
des détails peut exiger.
On se demandera comment il se peut que les
Etres sensibles & corporels de la Nature , qui ne
sont pas libres , foient fournis sans injustice aux
fuites du désordre ?
Les Etres sensibles & corporels de la Nature ne
sont que des Etres d’a&ion : comme tels , ils ne
sont pas susceptibles de bien ni de mal par euxmêmes, & on ne peut leur appliquer aucune des
loix de la moralité. Tout ce que les notions naturelles nous font comprendre, c’est que le Principe
suprême ne les astreint pas à des a&ions plus
fortes que celles qu’il leur a accordées. Ainsi , à
quelque degré que soit portée cette aâion ,
comme elle ne peut excéder leurs pouvoirs , la
Sagesse est à couvert de l’injustice. Car toutes les
puissances existantes venant d’elle , sont soumises
à ses droits & à son usage y quand la loi de son
conseil lui demande de les employer.
D’ailleurs , cette Sagesse mesure & dispos8
iz8 Tableau
3toutes les forces & toutes les puissances , sur la
réglé de sa propre gloire : ainsi elle iroit directement contre ses intérêts , si elle pouvoit permettre à ces puissances de s’étendre au-dela de
leurs bornes , puisque ce seroit les dissoudre &
les détruire.
Le pâtiment des Etres sensibles ne nous paroit
donc plus choquer la justice ; puisque ces Etres
ne sont que les instrumens de la Sagesse , & les
moyens temporels qu’elle emploie pour arrêter
les progrès du mal. Car leur loi particulière &
essentielle , fondée sur la base inébranlable de
toutes les loix , répugne absolument à l’a&ion,
rebelle & désordonnée , qui tend sans cesse à
déranger cet ordre en eux : aussi ne sont-ils jamais
altérés dans leur principe , quoiqu’ils le foient
souvent dans les résultats & les effets de ce
principe.
Dans ce sens , lorsque les Etres sensibles sont
en pâtiment , le décret temporel de la justice est
dans la force de son accomplissement : parce que
leur loi combat plus vigoureusement contre la
force opposée , qui cherche à les détruire & à
faire parvenir le désordre julques dans le principe de leur aéïion.
On voit par-là, commment les pâtimens des
Etres matériels tournent à l’avantage & au maintien de la loi qui les constitue 3 & comment ils remplirent
Naturel. iiy
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.