1En admettant des signes primitifs pour l’expression sensible de nos idées , nous ne devons
point être arrêtés par la variété infinie de ceux
qui sont en usage parmi les différentes Nations
de la Terre : cette variété prouve seulement
notre ignorance. Car , si la loi qui sert d’organe à la suprême Sagesse , établit par - tout
un ordre , une régularité ; elle doit avoir déterminé , pour l’expression des pensées qu’elle nous
envoie, des signes invariables, comme elle en a
établi pour la production de ses faits matériels :
& si nous n’étions pas ensevelis dans des ténèbres profondes , ou li nous nous attachions davantage à suivre la route instru&ive & lumineuse
de la Jîmplicite des Etres y qui fait si nous ne
parviendrions pas à connoitre & la forme & le
nombre de ces signes primitifs , c’elt-à-dire , à
fixer notre alphabet?
Mais quelle que soit notre privation à cet égard,
dès que ces signes primitifs existent , tous ceux
que nous employons , quoique conventionnellement , etl dérivent de toute nécessité : ainsi tous
64. Tableau »
les mots que nous voudrons composer, imaginer
& fabriquer , seront toujours des alfemblages tires de ces caracteres primitifs , puisque , ne pouvant sortir de la loi qui les a produits, nous ne saurions jamais rien trouver hors d’eux , & qui ne
soit , pour ainsi dire , eux-mêmes.
2Ces sons & ces caracteres primitifs étant les
vrais lignes sensibles de nos pensées , :1s doivent
être aussi les lignes fenlibîes de l’unité pensante:
car il n’y a qu’une seule idée , comme il n’y a
qu’un seul Principe de toutes choses.
Ainsi les produirions les plus défigurées, que
nous puissions manifester par la parole & par
l’écriture , portent toujours secondairement l’empreinte de ces lignes primitifs; & par conséquent
celle de cette unique idée , ou de l’unité pensante : ainsi l’homme ne peut proférer une seule
parole , tracer un seul caractere ? qu’il ne manifeste la faculté pensante de l’Agent fuprênie;
comme il ne peut produire un seul ade corporel,
un seul mouvement sans en manifester les facultés créatrices.
L’usage même le plus insensé, le plus orgueilleux , le plus corrompu qu’il false de ces instrumens primitifs de la pensée y dans son langage
ou dans ses écrits , ne détruit point ce que nous
avançons. Dès qu’il n’y a point d’autres matériaux que ces caracteres primitifs , l’homme est
forcé
N A T V R ê iA. Vf
force de s’en servir, lors même qu’il veut élever
des remparts contre l’unité qu’ils représentent 3
& s’en déclarer l’ennemi.
3C’est avec les armes de cette unité , qu’il
veut la combattre : c’est avec les forces de cette
unité } qu’il veut en prouver la foiblesse : enfin ,
c’est avec les propres lignes de son existence ,
qu’il veut établir qu’elle n’est qu’un néant & un
fantôme. Si l’Athée veut attaquer , en quelque
maniéré que ce soit le premier Principe de
tout ce qui existe , qu’il s’interdise donc tout:
acle , toute parole , & même que tout son Etre
descende dans le néant; car y dès qu’il se montre,
dès qu’il écrit , dès qu’il parle , dès qu’il se
meut, il proilve lui -même celui qu’il voudroit
anéantir.
V
Nous sommes donc fondés à dire que l’homme
est destiné à être le ligne & l’expression par-*
iante des facultés universelles du Principe supréme , dont il est émane ; comme tous les Etres
particuliers sont , chacun dans leur classe , le ligne
visible du principe particulier qui leur a corn-*
muniqué la vie.
Ce mot , émané } peut contribuer à jeter un
nouveau jour sur notre nature & sur notre origine ; car, si l’idée d’émanation a tant de peine
à pénétrer dans l’intelligence des hommes } es
E
b 6 Tableau
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.