1Itîon i’immutabilité de ses loix. Enfin , si nous
dépendons de la Divinité } si elle est le principe
immédiat- de notre existence , plus nous nous en
i approchons , & plus nous l’agrandissons aux
yeux de tous les Etres ; puilqu’alors nous faisons
Sortir d’autant plus l’éclat de ses Puissances & de
supériorité. “
Nous croirions même avoir rendu un service
essentiel aux hommes , si nous pouvions leur faire
porter la vue sur des vérités aussi sublimes. C’est
le vrai moyen de nous humilier à nos propres
yeux que de contempler de tels objets ,* parce
qu’en comparant avec nous-mêmes , leur force
& leur grandeur , nous sommes obligés de
rester dans un profond abaissement. C’est ainsî
qu’il est bon de jeter continuellement les yeux sur
la science , pour ne pas se persuader qu’on fait
quelque chose ; sur la justice , pour ne pas se croire
irréprochable ; sur toutes les vertus y pour ne pas
penser qu’on les possede. Car en général , l’homme
ne vit dans la quiétude , & n’est content de luimême, que quand il n’envisage pas les objets qui
sont au dessus de lui ; & si nous voulons nous
préserver de toutes les illusions , & sur-tout des
amorces de l’orgueil par lesquelles l’homme est fii
souvent séduit , ne prenons jamais les hommes ,
mais toujours Dieu pour çotre terme de comparaison.
Tableau
?•
P
2N nous élevant jusqu’à ce Principe supréme ,
sans lequel la Vérité même ne seroit pas, nous
y verrons que toutes ses Facultés doivent être
réelles , fixes , positives , c’est-à-dire constituées
par leur propre essence : ce qui les soustrait à jamais à toute deftrudion ; puisque c’est en elles
seules que réside toute leur loi , ainsi que la voie
qui mene au sanctuaire de leur existence.
En effet, cet Etre étant la source première de
toutes les puifîances , comment concevroit-on une
puissance qui ne seroit pas de lui ? Par où , par
qui , comment pourroit-il être vaincu ou altéré , si
tous les Etres sont sortis de son sein médiatement
ou immédiatement , & s’ils n’ont de facultés & de
pouvoirs réels que ceux qu’il leur a donnés ? Car
il faudroit supposer alors qu’il pourroit s’attaquer
lui-même.
D’autres preuves nous démontrent que nul Etre
ne peut , ni ne pourra jamais rien contre Dieu ;
c’est que s’il en elt qui se déclarent ses ennemis,
il n’a besoin pour les vaincre , que de les laisser dans leurs propres ténèbres ; ceux qui le.
Naturel'. 7?
TCulent attaquer , deviennent aveugles par celà
seul qu’ils veulent l’attaquer. Ainsi , par le fait
même , tous leurs efforts sont sans succès , &
toutes leurs forces deviennent nulles & impuissantes , puisqu’ils ne voient plus par où les
diriger.
3Mais pour que le premier des hommes pût ma*
nifefier cet Etre majestueux & invincible ; pour
qu’il pût servir de signe de la Divinité suprême ,
il falloir qu’il eût la liberté de voir & de contempler les droits réels , fixes & positifs qui sont en
elle ; il falloir qu’il eût un titre qui lui donnât
entrée dans son Temple , afin de jouir du spectacle de toute sa grandeur.
Sans cela } comment auroit-il pu en représenter
le moindre trait avec exa&itude ; & s’il ne l’eût
représenté qn’imparfaitement , comment ceux qui
avoient perdu de vue l’Etre suprême , auroient-ils
été coupables de continuer à le méconnoître ?
Mais s’il est possîble que l’homme , en qualité
d’Etre libre, ait ceffé de se présenter au Temple
avec l’humilité du Lévite ; qu’il ait voulu mettre
la Vi&ime à la place du Sacrificateur , & le Prêtre
â la place du Dieu qu’il servoit , l’entrée du Temple a dû se fermer pour lui ; puisqu’il y portoit
& qu’il venoit y chercher une autre lumière que
celle qui en remplit seule toute l’immensité. Il n’a
v# Tableau
fallu rien de plus pour lui faire perdre à la fois , &
la connoissance & la vue des beautés du Temple ,
pmfqu’il ne pouvoit les voir que dans leur propre
séjour, & que lui-même s’en étoit interdit l’entrée.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.