1Jeune encore fous les premiers Empereurs GrecS t
quoiqu’il annonçât déjà sa fierté , il ne porta pendant quelques siecles que des coups foibles & peu
éclatans ; telles furent les légères entreprises de
Symmaque contre l’Empereur Anastase. Mais ayant
atteint l’âge où il pouvoit déployer sa férocité , les
premiers Empereurs François lui en facilitèrent
les moyens. Le pere de Charlemagne avoit vu
le Pape à ses pieds , pour le supplier de le défendre contre les Lombards , & d’avance , le
Prince avoit reçu le Sacre de sa main , en récorapenfe des services qu’il alloit lui rendre. Ce commerce bizarre ne tarda pas d’avoir les fuites .les
plus étranges. Ceux qui d’abord n’avoient fait que
joindre une cérémonie pieuse , aux droits politiques d’un Souverain , prétendirent bientôt lui avoir
donné ces mêmes droits , bientôt en être les dépositaires , bientôt enfin pouvoir , quand il leur plai—
roit , les retirer à ceux à qui ils se persuadoient de
les avoir donnés.
Aulfi le Fils de ce Charlemagne , dont le Pere
avoit vu le Pape à ses pieds , non-seulement fut
aux pieds du Pape , mais fut même , au milieu
d’une assemblée de ses propres Sujets , déposé par
l'Evêque Ebbon. Seconde époque , dans laquelle
les égaremens vinrent de la part des Chefs spirituels.
Dès que ce torrent eut rompu ses digues , il
n’elt
Naturel. 19 7
2n’elî point de désordres qu’on n’en vît naître :
l’ambition & le despotisme se couvrant alors du voile
de la Religion , firent couler plus de lang en dix
siecles que les hordes des Barbares n’en avoient répandu depuis la naissance du Chrifiianifine ; & pour
frémir d’horreur , il ne faut qu’ouvrir l’histoire des
Comnene à Constantinople , des Philippe en Fran-
•ce , des Frédéric en Allemagne , des Suinthila en
Espagne , des Henris & des Edouard en Angleterre. Cependant le moment arriva où les yeux dévoient commencer à s’ouvrir.
Quand les Chefs du Christianisme se furent confondus avec le Temple & le Tabernacle , tandis
qu’ils n’en dévoient être que les colonnes ; quand
ils voulurent fanêfifier leur ignorance ; quand ils
eurent perte l’extravagance jusqu’à lancer des décrets qui défendoient aux Souverains anathématifés
de remporter des vi&oires , & jusqu’à interdire aux
Anges par les mêmes décrets de recevoir les âmes
de ceux qu’ils avoient proferits; quand enfin il
s’éleva plusieurs prétendans à la Thiare , qu’on les
vit s’anathém3tisser réciproquement & se livrer des
batailles sanglantes jusques dans les Temples des
Chrétiens ; les Peuples étonnés se demanderont si
ces têtes pouvoient encore être sacrées , étant couvertes d’anatbêmes y & ils se permirent de laisser
reposer leur enthousiasme pour y substituer la réflexion.
( N 3 } Mais.
1$% Tableau
3Mais dans ce s temps malheureux où le sacré & le
profane étoient confondus , où la dispute étoit la
seule science du Cbriftianifme public , où les Clercs
rie- oient jugés dignes des fonctions de l’Autel , qu’apj fs avoir passé par les frivoles épreuves d’une
icholaftique barbare , les réflexions des Peuples
pou voient-elles être susceptibles de justesse &: de
maturité ?
Ces hommes grossiers , voyant les désordres de
ceux qui profeffoient les dogmes sacrés , ne se contentèrent pas de douter des Maîtres , ils portèrent
l’imprudence jusqu’à suspecter les dogmes mêmes,
Sc à force de les considérer dans cet e'prit de
défiance , ils crurent y voir des difficultés insolubles. Troisieme époque , dans laquelle les égaremens vinrent de la part des membres.
D -lù les différentes Sectes qu’on a vu naître ,
depuis crois ou quatre siecles , dans le sein du
Chriflianifine ; le quelles à leur tour servant de
prétexte à fambiti n , en ont été mutuellement les
infhumens & les viâi nés.
Mais des malheurs d’un autre çenre se sont mê"
lés à ces erreurs , d’autant qu’on a vu à la fois , la
croyance des choses vraies , & la crédulité criminelle
confondue? , & proferites par des sentences barbares , ce qui a enhardi les Ouvriers mauvais , .&
fait taire de plus en plus les Ouvriers légitimes.
Ainfl ceux des Chefs spirituels qui avoient
conservé
Naturel. i$<)
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.