1Mais en faisant dériver le culte de l’homme ,
de ses besoins , & de la nécessité de combattre
l’obstacle qui lui sert de barrière, je paroîtrois
admettre une multiplicité innombrable de diffe—
rens cultes ’, puisqu’en général l’homme étant
exposé à des besoins auisi différens , auisi variés
dans son Etre intellectuel que dans son Etre
corporel, vouloir prescrire une loi uniforme pour
çes différentes especes de besoins , ce seroit marcher contre l’ordre & contre la raison. Quelques
mots fuffirontpour faire disparoître cette difficulté.
Si l’unité d’un culte est une vérité incontefI
table , & fondée sur l’unité même de celui qui
doit en être l’objet , cette unité n’exclut pas la
multiplicité des moyens auxquels la variété infinie
de nos besoins nous oblige de recourir ; alors
ce culte pourroit recevoir des extensions sans
nombre dans les détails , & ne pas cesser pour
cela d’être parfaitement simple , & toujours un
dans son objet , qui est de rapprocher de nous
ce qui manque à notre Etre , & ce qui est nécessaire à son existence.
Aussi , quels (ont les Dieux de l’homme dans
son enfance & dans sa jeunesse? Ce sont les objets naturels & physiques ; ce sont ceux qui lui
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2en dévoilent la beauté ; ce sont ses pere &
mere ; ce sont ceux qui le guidant fit le soutenant dans tous ses pas, deviennent pour lui des
agens visibles de la Divinité , parce que n’ayant
point encore l’intelligence ouverte aux grandes
vérités , il ne peut en recevoir les notions que
par des lignes fit des agens corporels fit sensibles
comme lui.
Dans l’âge mûr , l’homme sage prenant des
idées plus justes sur la Divinité , ne tarde pas à
reconnoître que ceux qui ont été ses Dieux dans
sa jeunesse , lont ainsi que lui , infirmes St impurs,
qu’ils sont aussi dans la dépendante d’un Etre
intelligent St invisible , qui se démontre à lui
par la pensée , fit qui lui fait comprendre qu’il
n’a reçu la vie fit l’intelligence que pour manifester à son tour les titres de son véritable
Auteur.
Il conçoit alors qu’étant lui-même chargé de
son œuvre, c’est à ses propres efforts à la produire , à sa propre intel'igence à la diriger ; que
FEtre suprême étant pur fit sans tache , il doit
avoir des Minifircs purs fit incorruptibles , sur
lesquels la confiance de l’homme puilfe reposer
sans risque fit sans inquiétude.
Mais quoique * dans ces différents états , nous
voyions le culte de l’homme se diversifier , ou
plutôt s’étendre fit s’élever à proportion qu’il.
M a
s
ï8x Table a v
3découvre mieux l’étendue & la nature de se*
vrais besoins ; ce culte , tant qu’il est conforme à l’ordre naturel , est toujours un , puisqu’il tend continuellement au même but , qui
est de pourvoir aux besoins de l’homme y félon
les divers états où il passe , & de le faire par les
moyens les plus vrais & les plus naturels donc
;âl soit susceptible.
Car les voies de la Sagesse sont si fécondes
qu’elle se transforme à chaque instant pour se
proportionner à toutes nos situations ; & si par
la plénitude de ses facultés , elle embrasse tous
les Etres , tous les temps , tous les espaces , dans
quelque position que nous nous trouvions , elle
ne peut jamais laisser épuiser la source de ses
dons , & quelque multipliés qu’ils foient , ils
ont tous la même unité pour principe & pour
fin.
D’après cela , quelque supériorité qu’un culte
présente , il seroit imprudent de proscrire ceux
qui , ne l’ayant pas encore atteint , en exerce rcient de moins parfaits , parce que non seulement les loix de la réhabilitation des hommes
se combinant avec les loix des choses sensibles,
sont assujetties à des temps &*à .un ordre fuccelTif^ mais encore parce que nous ignorons
ne se trouve pas des lumières cachées &
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de secretes vertus fous des apparences peu impofautes.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.