1lui-même dans Tes ouvrages, II ne ceffede multiplier sa propre image par la Peinture & la Sculpture , & dans mille productions des Arts les plus
frivoles : enfin , il donne aux édifices qu’il élève ,
des proportions relatives à celles de son corpsVérité profonde, qui pourra découvrir un espace
îmmense à des yeux intelligens ; car ce penchant
si actif à multiplier ainsi son image, & à ne trouver le beau que dans ce qui s’y rapporte , doit a
jamais distinguer l’homme de tous les Etres particuliers de cet Univers.
Lorsqu’on s’abuse jusqu’à vouloir attribuer tous
ces faits au jeu de nos organes matériels , on ne fait
pas attention qu’il faudroit supposer alors que l’espece humaine est invariable dans ses loix & dans
ses a&ions , comme le sont tous les animaux chacun félon leur classe. Car les différences individuelles , qui se rencontrent entre les animaux de
la même espece , n’empêchent pas qu’il n’y air
pour chacune un caraclere propre , 3c une maniéré
de vivre & d’agir uniforme 3c commune à tous les
individus qui la compoient , malgré la distance
des lieux , 3c 'les variétés op 'rées par la différence des climats sur tous les Etres sensibles &
matériels.
Au lieu de cette uniformité, l’homme n’offre
presque que des différences & des oppositions ; iî
Naturel. 49
2n’a, pour ainsî dire, de rapports avec aucun de
Tes semblables. Il différé d’eux par les moeurs,
par les goûts , par les usages , par les connoissances. Lorsqu’il eff abandonné à lui - même , il
les combat cous dans l’ambition , dans la cupidité , dans les possessions, dans les talens , dans
les dogmes ; chaque homme eff temblable à un
Souverain dans son Empire; chaque homme tend
même à une domination universelle.
Que dis-je ? non seulement l’homme différé
de ses semblables , mais à tout inffant encore il différé de lui-même. Ii veut & ne veut
pas; il hait & il aime ; il prend & rejette presque
en même temps le même objet ; presque en même
temps il en eff séduit & dégoûté. Bien plus , il
fuit quelquefois ce qui lui plaît ,• s’approche
de ce qui lui répugne; va au devant des maux,
des douleurs , &: même de la mort.
Si c’éto’t le jeu de ses organes ; si c’étoit toujours le même mobile qui dirigeât ses a&es ,
l’homme montreroit plus d’uniformité en luimême & avec les autres; il marcheront par une
loi confiante &paiffble; & quand il ne seroit pas
des cho es égales , il seroit au moins des choses
semblables, dedans lesquelles on reconnokroit toujours un seul prinripe. Comment est-on donc parvenu à enseigner que les sens règlent tout, qu’ils
enseignent tout ; puisqu’au contraire il eff évident
D
50 Tableau
que parmi les choses corporelles mêmes , ils ne
peuvent rien mesurer avec justesse ?
3Ainsî l’on peut dire que dans ses ténèbres 9
comme dans sa lumière , l’homme manifeste un
principe tout-à-fait différent de celui qui opéré
& entretient le jeu de ses organes : car , nous
1 avons déjà vu , l’un peut agir par délibération ,
& 1 autre ne le peut jamais que par impulfxon.
Les proportions du corps de l’homme démontrent le rapport de son Etre intellectuel avec un
Principe supérieur à la nature corporelle.
Si 1 ’on décrit un cercle , dont la hauteur de
l’homme soit le diamètre , la ligne de ses deux
bras étendus étant égale à sa hauteur , peut être
aussi regardée comme un diamètre de ce même
cercle : or demandons s’il est possible de tracer
deux diamètres dans un même cercle , sans les
faire palfer par le centre de ce cercle.
Notre corps } il est vrai , n’offre pas ces deux
diamètres passant par le centre d’un même
cercle , puisque le diamètre de sa hauteur n’est
pas coupé sur son corps en parties égales, par le
diamètre horizontal que forment ses bras étendus:
& par-là l’homme est , pour ainft dire , lié à
deux centres,* mais cette vérité ne prouve qu’une
tranfpofttion dans les vertus constitutives de
l’homme ; & non une altération dans l’essence
Naturel. ? i
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.