1Jl se présente ici une question importante ; savoir ,
quels sont les moyens sensibles que l’Agent universel
a dû employer pour présenter visiblement l’unité de
ses vertus à l'Univers , au milieu des temps & au
centre de toutes les immensités temporelles universelles & particulières.
Mais je dirai peu de chose sur cet objet ; car
on n’a pas oublié qu’aucune vertu supérieure , qu’aucune pensée ne vient auprès de l’homme sans se condenser > pour ainsi dire , & s’unir aux couleurs sensibles de la région que nous habitons ; observant
toutefois qu’elles suivent les Loix terrestres sans en
être commandées , qu'elles les dirigent & les perfectionnent , au lieu d’être liées & relTerrées par
leurs actions padives.
On n’a point oublié non plus quelle est la
dignité de la forme de l’homme ; ainsi il suffit de
savoir que cet Agent universel a dû suivre la loi
commune à tous les Agens qui se sont manifestés \
ajoutons cependant que de même que par la
Rature Divine il a ralfemblé en lui les vertus
intellectuelle$
NATUREL. 1J$
Intellectuelles de tous les Agens qui l’avoient précédé , de même sa forme corporelle a dû renfermer
toutes les vertus subdivisêes & contenues dans tous
les corps de l’Univers.
2Ajoutons encore que s'il est vrai , félon l’ouvrage
déjà cité , que le premier homme terrestre n’ait
point eu de mere , puis qu’avant ce premier homme
terrestre , nul corps humain materiel n’avoit existé ■
il falloit que celui qui pouvoit seul rendre la lumière à sa postérité , n’eût point de pere ; & cela
ne surprendra pas , ft l’on pénétré dans la connoissance du Principe qui forma primitivement ces
corps.
Enfin le premier homme ayant placé le mal à
cûté du bien , il falloit que l’Etre régénérateur
plaçât le bien à côté du mal , afin de balancer le poids
& laCHon du crime , & de compléter les termes de
la proportion.
Or la matière à laquelle l’homme s’est uni
criminellement , n’est - elle pas la source de l’erreur & des pâtimens qu’il éprouve ? ne le ticntelle pas comme enchaîné parmi des substances
qui lui présentent dans l’ordre sensible , tous
les signes de la réalité , tandis qu’elles n’en ont
aucune pour son Etre pensant ? Le Régénérateur universel , en s’unissant volontairement &
purement à une forme sensible , doit donc avoir
fait Je type opposé ; c’est-à-dire qu’il a dû présenter
174 Tableau
3Tenter aux yeux de la mntiere , tous les indices de la
défectuosité > de la fragilité dont elle est susceptible , sans qu’aucune des sources de cette corruption
ait pu atteindre jusqu'à lui. En un mot , si la matière
avoit charmé l’homme , & avok subjugué les yeux
de Ton esprit , il falloir que le Régénérateur universel charmât la matière , & qu’il en démontrât le
néant , en faisant régner devant elle le vrai , le
pur , l’ immuable.
Ainsi il ne s’est: montré sur la terre , conformément à ces loix , que pour peindre à l’homme la
propre ficuation , & pour lui tracer l’histoire entière
de son Etre; c’est- à-dire } que si le Régénérateur
a dû présenter à l’homme le tableau de son état
mixte & dégradé , il doit aussi lui avoir manifesté
celui de son état simple & glorieux ; & pour cet
effet il faut que la mort ait opéré en lui , devant
les hommes , une séparation visible des deux substances qui nous composent , afin que par cette
visible analyse , nous ne pussions douter que ce qui
forme aujourd’hui cet impur amalgame , est l’union
d’un Principe supérieur & sublime , à un Principe
terreffre & corruptible.
« En un mot , il falloit que l’hiéroglyphe s’effaçât pour que la langue parût ; car nous avons vu
que l’hiéroglyphe a été antérieur aux langues ;
& c’est: ce qui pourroit faire dire que tous les
Elus
Naturel. 17^
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.