1Il se flatta de trouver la lumière ailleurs que
dans l’Etre qui en est: le sanctuaire & le foyer, &
qui pouvoit seul l’y faire pénétrer : il crut pouvoir
l’obtenir par une autre voie que par elle-même :
il crut y en un mot , que des facultés réelles , fixes
& positives , pouvoient se rencontrer dans deux
Etres à la fois. Il cessa d’attacher la vue sur celui
en qui elles vivoient dans toute leur force & dans
tout leur éclat , pour la porter sur un autre Etre ,
dont il ofa croire qu’il recevroit les mêmes secours.
Cette erreur , ou plutôt ce crime insensé , air
Heu d’assurer à l’homme le séjour de la paix &
de la lumière , le précipita dans l’abyme de là
confusion & des ténèbres : & cela sans qu’il fût
nécessaire que le Principe éternel de la vie fît le
moindre usage de ses puissances , pour ajouter à ce
désastre. Etant la félicité par essence , & l’unique
source du bonheur de tous les Etres , il agiroit
contre sa propre loi , s’il les éloignoit d’un état
propre à les rendre heureux. Enfin , ne pouvant
être , par sa nature , que bien , paix & jouissance , s’il envoyoit lui - même les maux le
désordre & les privations y il produiroit des choses que l’Etre parfait ne doit point connoître ;
N A T V R S t!
ce qui démontre qu’il n’est & ne peut être Pau-;
teur de nos souffrances.
2Nous verrons , au contraire , dans la fuite de
cet ouvrage , qu’il n’est aucune des Puijfances de
cette main bienfaisante , qu’elle n’ait employée
& qu’elle n’emploie pour nous soulager. Nous
apprendrons, dis-je , à connoître que si les vertus
de cet Agent suprême combattent sans cesse depuis l’origine des choses , c’est pour nous , & non
pas contre nous.
Nous verrons quelle est la différence de ceî
Etre à nous , puisque quand nous faisons le mal ,
c’est nous qui en fournies les auteurs , & que
nous avons quelquefois l’injustice de le lui imputer ; au lieu que quand nous faisons le bien , c’est
lui qui le fait en nous & pour nous , & qu’après
l’ajroir fait en nous & pour nous , il nous en récompense encore , comme si nous l’eussions fait
nous-mêmes.
Nous verrons enfin que si l’homme donnoit, à
satisfaire ses vrais besoins, l’attention qu’il donne
à ses besoins imaginaires } il obtiendroit bien
plutôt l’objet de ses desirs ; ,, & s’il m’est permis
d’en dire la raison , c’est que le Bien & le Mal
nous poursuivent à la vérité ; mais le premier
nous pourfwit avec quatre forces , & le fécond ne
nous poursuit qu’avec deux ; or l’homme devant
avoir aussi quatre forces , on voit quelle ferait la
#© Tableau
célérité de la jon&ion , s'il marchoit sans s’arrêter vers celui qui a le même nombre
3Puisque l’Etre divin est le seul Principe de la
lumière & de la vérité ; puisqu’il possede seul
les facultés fixes & positives , dans lesquelles réside exclusivement la vie réelle & par essence :
dès que l’homme a cherché ces facultés dans un
autre Etre , il a dû de toute nécessité les perdre
de vue , & ne rencontrer que le sîmulacre de
toutes ces vertus.
Ainfx l’homme ayant cessé de lire dans la vérité , il n’a pu trouver autour de lui que l'incertitude & l’erreur. Ayant abandonné le seul séjour de ce qui est fixe &réel, isa dû entrer dans
line région nouvelle *qui , par ses illusions & son
néant , fût toute opposée à celle qu’il venoit de
quitter. Il a fallu que cette région nouvelle , par
la multiplicité de ses loix & de ses adfions ,
lui montrât en apparence une autre unité que
celle de l’Etre simple y & d’autres vérités que la
sienne. Enfin , il a fallu que le nouvel appui sur
lequel il s’étoit reposé , lui présentât un tableau
fidfifde toutes les facultés, de toutes les propiiétés de cet Etre simple & cependant qu’il n’en
eût aucune.
,, Et ici se trouve déjà une explication des nombres quatre & neuf } qui ont pu embarrasser dans
l’Ouvrage
Naturel.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.