1On voit ensuite un ennemi puissant environner
Tes murs , lui faire éprouver toutes les horreurs de
Ja guerre & de la disette ; & l’on reconnoît par ces
maux sans nombre, par ces fléaux terribles, l’accomplifïement des menaces , qui avoient été souvent réitérées au Peuple Hébreu , dans le cas où il
ne garderoit pas la Loi de son alliance ; jufqueslà que des malheureux époux nourris dans la délicatesse , se trouveroient tellement pressés par la
faim qu’ils s’arracheroient leur propre fruit , & qu’après l’avoir dévoré , ils se disputeroient encore cette
masse informe & dégoûtante à laquelle l’homme
est attaché dans le sein de sa mere. Image horrible
qui apprend à la fois à l’homme corporel & son
abominable origine , & la dure néceiïité où il est: de
dévorer journellement l'amertume & l’impureté
avec lesquelles le premier crime l’a confondu.
V
Bien-tôt le Sacrifice perpétuel s* interrompt faute
de vichmes , les monceaux de morts sont accumulés
autour de l’Autel , les Soldats armés & couverts du
fan g de leurs fireres s' établirent dans ce lieu redoutable , ou le grand prêtre fieul pouvait entrer une
seule fois l'année. C’est alors que subjugué par
le nombre & par la misere , ce Peuple tombe
dans une dispersion absolue. Il devient errant ,
sans Temple , sans S icrificateur , sans Autel ,
comme l’homme depuis sa chute rampe honteu-
( F 3 ) ssement
86 Tableau
2ssement dans la privation de Tes premiers droits ,
«5c des fonctions sublimes qu’il dévoie remplir dans
l’Univers.
Les Fasses des Hébreux , considérés dans cet
ensemble , & fous ce point de vue , nous presentent un miroir fîdeîe , où nous pouvons contempler l’histoire de l’homme. On ne peut s’empêcher
d’y reconnoitre aussi des traces d’une lumière &
d’une force supérieure , dont l’homme livré à luimême est: absolument incapable ,• je parle de ces
vertus qui ont dû apporter des secours visibles
jusques dans sa ténébreuse demeure , ou de ces
Agens , dont plusieurs sont annoncés dans les
Ecritures , comme ayant été sans Généalogie &
sans Ancêtres.
Enfin le nombre de ces Agens , les différentes
époques où ils se sont manifestés , désignent
cette subdivision des puissances divines , qui fait
ici-bas le tourment de l’homme , mais qu’il doit
subir avant de recouvrer son domaine , & dont
les tableaux ne peuvent se peindre à lui fous
des couleurs trop séveres , attendu que pour celui
dont le dernier sentiment a été le mépris de la vé »
rité , le premier doit être la terreur de cette même vérité.
Nous avons maintenant à fixer nos idées sur
les
Naturel. 87
les apparences de cruauté & d’injustice que nous
offrent les Traditions des Hébreux, & sur le choix
que la Sagesse a fait d’un Peuple qui a si mal répondu à les bienfaits.
3Arrêtons-nous d’abord à ces exécutions cruelles , à ces énormes effusions de sang opérées par la
main des Hébreux , malgré la Loi formelle qui
leur défendoit de le répandre' parlons de ces fléaux
lancés sur des E^ pies innocens pour l’expiation
des fautes de leurs Chefs ; parlons , dis-je , de
toutes ces souffrances dont plusieurs ont été les
victimes , non seulement pour les prévarications
de leurs Ancêtres , mais encore pour celles d’autres coupables , avec qui ils ne sembloient n’avoir
pas les mêmes rapports.
La première de ces difficultés se résoud par
la contradiction même. Plus la défense faite au
Peuple Hébreu de répandre le sang étoit précise ,
plus la Sagesse faisoit connoitre que le droit de
Justice lui étoit réservé à elle seule , & qu’ayant
pu seule donner la vie aux hommes , il n’y
avoit qu’elle qui eût le pouvoir légitime d’en
disposer.
Mais en se réservant le droit excluflf d’agir sur
l’homme , cette Sagesse ne perd pas le droit d’agir
par lui : ainsi de quelque maniéré qu’elle montre son action , elle ne change rien aux Loix qui
la constituent ; puisque c’est toujours elle qui
( F 4 ) opéré f
S8 Tableau
opéré 7 & puisqu’en employant la main de
l’homme , elle ne fait qu’exercer d’une maniéré
plus rapprochée de l’état grofîier des coupables ,
l'empire quelle exerce continuellement sur toute
la postérité de l’homme , comme sur tous les
Etres.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.