1Mais , s’il arrivoit qu’il ne me comprît pas ,
je le prie pour son propre in érêt , de ne pas consulter sur ce que je lui confie , les Savans en
titre & en crédit dans l’opinion humaine : car ils
ont desseché la Science & n’en sont point substanté ; ils n’en ont que le squelette décharné,
& les sucs les plus nourrissans se scnt évaporés
devant eux , sans qu’ils aient eu la sagesse de les
saisir.
La Science est libre ; ils ont prétendu lui fixer des loix , & interdire au genre humain l’espoir
de la découvrir ailleurs que dans leurs décisions:
mais elle a fui devant eux , ils marchent dans un
vuide obscur. Elle est incompressible comme l’eau ;
ils ont voulu la comprimer : elle a brisé les entraves qu’ils lui avoient données , & ils sont restés
dans l’aridité.
Que le Lecteur n’aille donc pas à eux pour
lever
"Naturel- r^t
lever Tes doutes ; ils ne seroient que les augmenter , ou y substituer des mensonges. Si quelque
chose l’embarrasse dans ce qu’il va lire , qu’il se
replie sur lui-même ; qu’il essaie -par une activité
intérieure de se rendre Jimple & naturel : qu’il
ne s’irrite point si le succès se fait attendre ; les
suspensions qu’il éprouvera sont souvent les voies
mêmes qui le préparent secrétement , ôc qui doivent l’y conduire.
Les nombres sont les enveloppes invisibles des
Etres , comme les corps en sont les enveloppes
sensibles.
2On ne peut douter qu’il n’y ait pour tous les
Etres une enveloppe invisible , parce qu’ils ont
tous un Principe & une forme , & que ce Principe & cette forme étant aux deux extrêmes ,
sont à une trop grande distance l’un de l’autre
pour pouvoir s’unir & se correspondre sans intermède ; or c’est l’enveloppe invisible , ou le
nombre qui en tient lieu. C’est ainsi que dans les
çorps , la terre est l'enveloppe visible du feu , que
l’eau est celle de la terre , & l’air celle de l’eau
quoique cet ordre soit fort différent dans les élémens non corporisés.
On n’ignore pas que les loix & les propriétés,
des Etres sont écrites sur leurs enveloppes sensibles , puisque toutes les apparences par lesquel-
( I 2 ) les *
*3 i Tableau
les ils se communiquent à nos sens , ne sont au*
tre chose que l’expression & l’action même de ces
loix & de ces propriétés.
3On en peut dire autant de leurs enveloppes
invisibles ; elles doivent contenir & porter sur
elles , les loix & les propriétés invisibles des Etres ,
comme leurs enveloppes se tfibles indiquent leurs
propriétés sensibles. Si elles y sont écrites y
l’intelligence de l’homme doit donc pouvoir
les y lire , comme par les sens il lit ou éprouve les effets des propriétés sensibles tracées
sur les corps , & agissant par l’enveloppe fenfibie
des Etres : voilà ce que la connoissance des
nombres peut promettre à celui qui ne les prenant pas pour de simples expressions arithmétiques , fait les contempler félon leur ordre naturel , & ne voir en eux que des principes coéternels à la vérité .
Il faut savoir en outre que les Etres étant infinis , & que les propriétés de ces Etres étant de
plusieurs genres , il y a ausïï une infinité de
nombres.
Ainsi il y a des nombres pour la constitution
fondamentale des Etres ; il y en a pour leur action , pour leurs cours , de même que pour leur
commencement , & pour leur fin , quand ils sont
sujets à l’un- & à l’autre ; il y en a même pour les
différens degrés de la progression qui leur est fixée.
Et
N A T U R EL . 133
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.