1vie corporelle , les uns errent comme des spectrès sur cette surface , pour y être sans cesse livrés
à des besoins , à des infirmités ; les autres n’y sont
déjà plus : ils ont été comme le seront leurs descendans , entraînés dans le torrent des siecles ;
leurs sédimens amoncelés , formant aujourd’ui le
sol de presque toute la Terre, l’on n’y peut faire
un pas sans fouler aux pieds les humilians vestiges
de leur destru&ion. L’homme est donc icibas semblable à ces criminels , que chez quelques
[Nations la Loi faisoit attacher vivans à des cadavres.
Portons-nous les yeux sur l’homme invisible?
Incertains sur les temps qui ont précédé notre
Etre , sur ceux qui le doivent suivre , & sur notre
Etre lui-même , tant que nous n’en sentons pas
les rapports, nous errons au milieu d’un sombre
désert, dont l’entrée & l’issue semblent également
fuir devant nous. Si des éclairs brillans & passagers filîonnent quelquefois dans nos ténèbres , ils
ne sont que nous les rendre plus affreuses , ou
nous avilir davantage , en nous laissant appercevoir ce que nous avons perdu ; & encore , s’ils y
pénètrent, ce n’est; qu’environnés de vapeurs nebuleuses & incertaines , parce que nos sens n’en
pourroient soutenir l’éclat, s’ils se montroient à
découvert. Enfin , l’homme est , par rapport aux
impressions de la vie supérieure , comme le ver
Naturel. 9?
qui ne peut soutenir l’air de notre atmosphere.
2Que dis-je , des animaux féroces nous environnent au milieu de ces ténèbres ; ils nous fatiguent de leurs cris irréguliers & lugubres; ils
s'élancent subitement sur nous , & nous dévorent
avant que nous les ayions apperçus. Des soufres
enflammés tonnent sur nos têtes , & par leurs éclats
imposans semblent prononcer mille fois sur nous
Y arrêt de mort. La Terre même est toujours prête
à frémir fous nos pieds ; & nous ne savons jamais
si dans l’infîant qui suivra celui où nous sommes,
elle ne s' enté 'ouvrira pas pour nous engloutir dans
ses abym.es.
Ce lieu seroit-il donc en effet le véritable séjour de l’homme , de cet Etre qui correspond au
centre de toutes les sciences & de toutes les félicités ? Celui qui par ses pensées , par les actes
sublimes qui émanent de lui , & par les proportions de sa forme corporelle , s’annonce comme
le représentant du Dieu vivant, seroit - il à sa
place dans un lieu qui n’est couvert que de lépreux & de cadavres* dans un lieu que l’ignorance & la nuit seules peuvent habiter ; enfin ,
dans un lieu où ce malheureux homme ne trouve
pas même 011 reposer sa tête ?
Non, dans l'érat a&uel de l’homme , les plus
vils i.nfecies sont au dessus de lui. Ils tiennent au
f)i Tableau
moins leur rang dans Pharmonie de la Nature ; ilss’y trouvent à leur place, & l’homme n’est point
à lafïenne.
3Tous les Etres de l’Univers sont dans une
continuelle action. Ils jouissent sans interruption
de la portion de droits qui est attribuée à chacun
d’eux , félonie cours & les loix de leur existence :
comme ils ne subsistent que par le mouvement,
tant qu’ils existent , le mouvement ne s’interrompt
jamais pour eux. Audi, les plantes , les animaux,
toutes les vertus de la Nature sont dans une activité qui ne cesse point ; car si elle cessoit un instant , toute la Nature seroit détruite.
Eh bien , parmi ces Etres , qui sont toujours
dans la jouissance& dans la vie , un Etre incomparablement plus noble , l’homme , la pensée de
l’homme , son intelligence , sont assujettis à des
intervalles, à des repos, à des fulpenfions , c’eftà-dire , à l’inaction & au néant.
Celions donc de croire que l’homme soit à
sa place ici -bas. ,, 11 est attaché sur la terre,
comme Promethée , pour y être comme lui
déchiré par le Vautour. ” Sa paix même n’ell pas
une jjuiflfance ; ce n’est qu’un intervalle entre
des tortures.
Na t u r e z.
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The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.