1être exposé à ses attaques: & quoiqu’elle ne
puiss'e rien ni sur la Cause première , ni sur
l’essence de l'Univers, elle peut en combattre
les A gens , mettre obstacle aux résultats de leurs
aétes , & insinuer son aftion déréglée dans les
moindres dérangemens des êtres particuliers,
pour en augmenter encore le déiordre.
Enfin , si nous voulons prendre une idée des
choses temporelles , considérons notre atmosphere elle présente des phénomènes qui peuvent nous en retracer l’origine. Souvent , pendant une matinée entière , de sombres brouillards , ou une seule masse de vapeurs , également étendue dans les airs, semble s’élever
contre la lumière de l’astre du jour , & s’opposer
à sa clarté • mais bientôt le soleil jouissant de
toute sa force , rompt cette barrière , dissipe
l’obscurité , & sépare ces vapeurs en mille nuages , dont les plus purs & les plus légers sont
attirés par sa chaleur , tandis que les plus greffiers & les plus mal sains se précipitent sur la
surface terrestre , pour s’y attacher , & s’y mélanger avec diverses substances matérielles & confuses : ce tableau physique est propre à nous
instruire.
Il est essentiel d’examiner ici comment la
Cause inférieure peut être opposée à la Cause
28 Tableau
2supérieure & comment il se peut que le mal
existe en présence des choses divines , sans que
les choses divines y participent. La considération
des phénomènes matériels peut nous aider dans
cette recherche. Observons d’abord la différence qui est entre ces êtres matériels & les
productions intellectuelles de l’Infini.
L’Etre créateur produit sans cesse des Etres
hors de lui , comme les principes des corps produisent sans cesse hors d’eux leur action.
Il ne produit point des afifembîages , puisqu’il
est ÜN & simpîe dans son essence. Par co.nféquent, si, parmi les productions de ce premier
Principe il en est qui puissent se corrompre,
elles ne peuvent au moins se dissoudre ni s’anéantir , comme les productions corporelles &
ccmpofées. Voilà déjà une grande différence ,
quant à la nature de ces deux fortes d’Etres. Nous
en couverons une plus grande encore dans le
genre de corruption dont ils sont susceptibles.
La corruption , le dérangement, le mal enfin
des productions matérielles , est de cesser
d’être fous l’apparence de la forme qui leur est
propre. La corruption des productions immatérielles est de cesser d’être dans la loi qui les
constitue.
Cependant la destruction des productions
matérielles , lorlqu’elle arrive dans son temps &
Naturel. 29
3naturellement , n’est point un mal ; elle n’est
désordre , que dans les cas où elle est prématurée : &: même le mal est moins alors dans les
êtres livrés à la deftruéHon , que dans l'adtion
déréglée qui l’occasionne.
Les Etres immatériels, au contraire , n’étant
pas des assemblages , ne peuvent jamais être
pénétrés par aucune action étrangère • ils ne
peuvent en être décomposés , ni anéantis. Ainsi,
la corruption de ces Etres ne fauroit provenir de
la même source que celle des productions matérielles ; puisque la loi contraire , qui agit sur
elles , ne peut agir sur des Etres {impies.
A qui cette corruption doit - elle donc être attribuée? Car les produirions, soit matérielles, soit
immatérielles , puissant la vie dans une source
pure , chacune félon sa classe , ce seroit injurier
le Principe , que d’admettre la moindre fouiliure dans leur essence.
De la différence extrême qui cxifle entre les
produirions immatérielles & les produirions matérielles , il résulte que celles-ci érant passives ,
puisqu’elles sont composées , ne sont point les
agens de leur corruption elles n’en peuvent
donc être que le sujet , puisque ce désordre leur
vient nécessairement du dehors.
Au contraire , les productions immatérielles , en qualité d’Etres (impies y & dans leur état
3o Tableau
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.