1Mais plus cette classe est sublime , plus il est
difficile à l’homme de s’y maintenir ; il faut pour
l’atteindre , que tout ce qu’il y a de prestiges en lui >
dilparoifte & s’anéantisse , pour ne laisser briller
que son essence pure & réelle. Tout en conservant
cette intégrité indeftruftible de son Etre, les illusions qui le remplissent , doivent faire place à des
substances solides & vraies j comme ces tendres
végétaux qui dans la terre perdent leur mollesse ,
& reçoivent dans leurs canaux une matière durable , qui , sans changer leur forme , leur donne
une c-onfiftance à toute épreuve ; enfin , l’homme
joignant:
Naturel. 107
joignant la vie d’un autre Etre à la sienne propre , doit se renouveller perpétuellement sans cesser
d’être lui-même , & la vie de cet autre Etre est
celle de l’Infini.
Ne soyons donc pas surpris si xette classe a paru si
élevée à ceux qui l’ont connue , que depuis la chute
de l’homme , plusieurs d’entr’eux ont borné là leurs
adorations } & que c’ait été la première source de
l’Idolâtrie temporelle,
Il y a une classe inferieure à celle-ci ; quoiqu’elle
ne Toit qu’au troisieme rang , elle est la plus conforme
à l’état infirme & dégradé de l’homme ; elle est
mixte comme lui , elle renferme comme lui deux
bases considérables.
2La première de ces bases a pour objet les connoissances analogues à la véritable nature de
l’homme ; la leconde n’embrasse que la nature
sensible ; toutes deux sont pures , respectables ,
pleines de merveilles pour qui fait en suivre
les rapports , & n’y apporte qu’une intention
simple , tranquille , humble , & disposée plutôt
à contempler , à admirer ces beaux fpe&acles ,
qu’à régner sur eux , & à se glorifier d’y avoir
place.
Toutes deux sont les dépôts de ces emblèmes
hiéroglyphiques qui ont servi de germe aux symboles de la Fable ; toutes deux ont été connues
par
ïo8 Tableau
par plusieurs Sages anciens & modernes ; toutes
deux sont la source des différens Cultes qui s’exercent visiblement sur la Terre , parce qu’il n’en est
aucun qui n’en ait au moins des vestiges ; & quand
ces traces seroient encore plus altérées ^ les desirs
purs & confians de l’homme qui les parcourt dans
la {implicite de son cœur , peuvent leur faire recouvrer leur efficacité primitive.
Si la première de ces bases doit servir de
modèle à la fécondé , la fécondé doit soutenir la
premjere ? pour satisfaire à toutes les loix de notre
Etre , & pour mettre un équilibre parfait dans toutes
les facultés qui nous composent ; car si l’homme
aspirant à la J'cience intellectuelle , néglige les reffüurces que la Nature lui présente , il court
risque de ne faire que passer de l’ignorance à la
folie.
3En effet , si la Nature élémentaire nous est
nuisible , c’est lorsque nous nous laissons asservir
par elle , & non lorsque nous en pénétrons les
vertus. En un mot , ignorer la Nature , c’est ramper devant elle , c’est: se subordonner à elle , &
rester livré à son cours ténébreux ; la connoître ,
c’est la vaincre , & s’élever au dessus d’elle ; &
ceux qui s’occupent des objets vrais , reconnoissent si bien son utilité , que quand ils sont
fatigués par une trop grande abondance des
fruits de Uurs études 9 il leur suffit quelquefois
4%
Raturez.
àe fixer un objet physique pour se soulager
D ailleurs , si nous nous trouvons placés au
milieu de ces objets physiques , c’est une preuve
que l’Etre suprême veut que nous commencions à
le connoître de cette maniéré ; s’il nous a mis ce
livre devant les yeux , c’est pour que nous le lisions
préalablement aux livres que nous ne voyons point
encore. Enfin , c’est un des plus grands secrets
que 1 homme puisse connoître , que de ne pas aller
a Dieu tout de fuite , mais de s’occuper longtemps du chemin qui y mene.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.